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La dolce vita, Bach et Morandi : les voix mysterieuses des entrailles de la terre


  • Subject: La dolce vita, Bach et Morandi : les voix mysterieuses des entrailles de la terre
  • From: amberthoux@wanadoo.fr (Andre-Michel BERTHOUX)
  • Date: 13 Oct 2002 20:40:02 GMT
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Dans le film de FELLINI,"La dolce vita" (ITALIE - 1960), l'un des
personnages, Steiner (Alain CUNY), est un ami de Marcello (Marcello
MASTROIANI).
	La maison de Steiner est comme un refuge rempli de poésie, de
musique, de douceur et d'amour. C'est le monde dans lequel souhaite
pénétrer Marcello, journaliste dans des revues à scandales. Il désire
changer sa vie, écrire autre chose que des potins, quitter ce monde
superficiel où tout n'est que représentations et tromperies,
abandonner les fêtes nocturnes qui durent jusqu'à l'aube, cet univers
où tout semble lui échappé, l'amour, la force d'écrire son livre, la
véritable image de son père.
	Cette vie désordonnée, sans ambitions et décadente n'est-elle pas "la
farce à mener par tous" comme le dit Rimbaud. Le jugement de Steiner
est sans appel : "La vie la plus misérable vaut mieux qu'une existence
protégée par une société organisée où tout est prévu, parfait".
L'obscurité et la tranquillité deviennent alors pesantes. La paix fait
peur et n'est qu'une apparence qui cache l'enfer. Il faudrait vivre,
nous dit-il, en dehors des passions, des sentiments, dans l'harmonie
d'une oeuvre d'art réussie, dans cet ordre magique, puisqu'à tout
moment une sonnerie de téléphone peut annoncer la fin de tout; idée
reprise par TARKOVSKI, dans son dernier film, "Sacrifice" (FRANCE /
SUÈDE - 1986). L'amour n'est possible que si l'on vit détaché du
temps, "distaccato". Le monde de Steiner et celui de Marcello ne sont
donc que des apparences. Qu'est-ce que la réalité, et comment
atteindre cet ordre magique, ce monde harmonieux dans lequel seul
l'amour est possible ? Le temps est sorti de ses gongs, mais à la
différence de Hamlet, Steiner ne se sent pas capable de lutter contre
les forces du chaos. Il tuera, avant de se donner la mort, ses deux
enfants.
	Entre chaos et monde des apparences ne subsisterait que l'oeuvre
d'art. Les premières mesures de la Toccata et fugue de Bach résonnent
comme des voix sorties des entrailles de la terre pour affronter et
combattre les puissances de la destruction. La peinture de Morandi est
décrite par Steiner : "Les objets sont baignés dans une lumière de
rêve, et pourtant,  ils sont peints avec une matière, une précision,
une rigueur qui les rend presque tangibles. C'est un art où rien
n'arrive par hasard". Entre le rêve et le tangible il n'y a pas de
place pour le hasard. Tout exprime une volonté de l'artiste, un choix
que l'être humain est incapable de faire dans le monde des apparences.
Dominé ou apeuré par le monde qui l'entoure il ne peut que fuir dans
la mort ou renoncer à toute ambition. Marcello n'entend ni ne
reconnaît la jeune fille rencontrée quelques temps auparavant dans un
restaurant. Jeune adolescente dont le profil lui rappelle les anges
peints dans les églises de l'Ombrie. En perdant ce regard innocent,
l'homme entre en lutte avec lui-même et devient un être misérable en
proie à ses désirs futiles. Mais Fellini nous demande de ne pas le
juger; laissons-le alors danser, déambuler sur la plage et
s'émerveiller à la vue d'un gros poisson pris dans des filets.
	La jeune fille lui sourit ...

André-Michel BERTHOUX

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