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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Critique : Le Pianiste de Roman Polanski 2002]
Scénario : Ronald Harwood, d'après le livre de Wladyslaw Szpilman. Image : Pawel Edelman. Musique : Wojciech Kilar. Avec : Adrien Brody (Wladyslaw Szpilman), Emilia Fox (Dorota), Michal Zebrowski (Jurek), Frank Finlay (le père), Maureen Lipman (la mère). Prod. : Roman Polanski, Alain Sarde, Robert Benmussa, Daniel Champagnon. Distr. : Bac Distribution 2h30mn REVELATIONS Après La Neuvième porte, excellent film au demeurant, Roman Polanski se tourne vers un sujet plus ambitieux sans quitter d'ailleurs l'un de ses thèmes favoris, le mal qu'il n'a cessé d'autopsier avec une grande lucidité tout au long de son oeuvre. Quand un auteur aborde un point aussi sensible de son histoire personnelle (l'auteur de Cul-de-sac ayant vécu personnellement la tragédie du ghetto de Varsovie), on peut craindre qu'il verse dans une confession sentimentaliste et qu'il devienne "personnel" au pire sens du mot. Comme Roman Polanski le disait à la conférence de presse de Cannes, même s'il a puisé dans ses souvenirs personnels pour réaliser le film, ce texte lui a permis de ne pas parler de lui. Qu'on ne cherche donc pas ici de film "personnel" au travers du vécu intime de l'auteur. Au contraire, Polanski en grand cinéaste qu'il est, et ce avec une humilité qui force l'admiration, s'efface derrière son sujet pour mieux lui donner toute son ampleur, et ce que certains critiques lui reprochent, en fait au contraire sa très grande force, réussissant là où d'ailleurs Spielberg avait lamentablement échoué. D'un autre côté, en choisissant de se lancer dans l'adaptation du récit écrit en 1945, sobre et émouvant de Wladyslaw Szpilman (ce qui n'était pas chose facile et on se demande souvent à la lecture comment peut-on retranscrire certaines scènes particulièrement pénibles), on comprend celui-ci ait pu attirer le cinéaste : un homme au destin hors du commun qui va être acculé, traqué et isolé (que l'on va suivre presque pas à pas) et qui va devenir le témoin tout particulier de cette époque. On retrouve là un parallèle avec certains personnages des oeuvres précédentes de Roman Polanski (Répulsion, Rosemary's baby, Le Locataire, Tess) qui tentaient de se débattre vainement dans un monde hostile et l'on comprend peut-être mieux l'angle d'attaque que le cinéaste cherchait pour raconter une telle histoire. Le Pianiste est un film intime et pudique sur cette période tragique et c'est cette intimité et cette pudeur qui nous permettent de saisir et de comprendre ce qui s'est passé hors de toute réaction sentimentaliste qui jettera toujours un voile mensonger sur la réalité des évènements. Wladyslaw Szpilman (remarquablement interprété par Adrien Brody) est donc un pianiste célèbre de 28 ans jusqu'au jour où la guerre se déclare. A partir de ce moment-là, tout bascule. La première scène qui ouvre le film résume à elle seule la résistance têtue et dérisoire du personnage : Wladyslaw joue le Nocturne en ut dièse mineur de Chopin dans le studio de Radio-Pologne quand des bombardements éclatent. La Wehrmacht est aux portes de la ville. Les ingénieurs du son décident de s'enfuir mais Wladyslaw continue de jouer jusqu'à ce qu'une autre explosion l'en empêche physiquement. Toute la première partie, fidèle au récit, retrace avec minutie et sobriété, tous les épisodes tragiques qui ont jeté toute une ville dans la terreur, d'autant plus terrifiante si je peux dire qu'elle s'est installée tranquillement pour devenir d'une absurde et étrange quotidienneté. Nous voyons les nazis occuper Varsovie, opérer des rafles, infliger d'insoutenables humiliations (scène où l'un d'eux oblige le père de Wladyslaw à marcher dans le caniveau), les lois anti-juives prendre place, le ghetto se construire (novembre 1940, un seul plan) et les familles juives (y compris bien entendu celle de Wladyslaw composée de ses parents, de son frère Henryk et de ses deux soeurs) être déplacées et parquées dans ce même ghetto. Certains de ces épisodes ont tellement été rabâchés par la télévision que nous croyons les connaître, comme si en quelque sorte, ils nous étaient devenus familiers. La tâche d'un metteur en scène devient alors redoutable quand il doit aborder ensuite ce genre d'évènements par rapport à ce déjà-vu et prétendument connu. C'est là que l'angle d'attaque de Polanski est pertinent dans sa simplicité et sa limpidité même. Il passe d'ailleurs assez rapidement sur les nazis qui occupent Varsovie ou les lois anti-juives prendre place ou le mur ghetto se construire. Ce qui l'intéresse bien plus, c'est l'impact existentiel de ces événements sur les individus, notamment par le fait évidemment qu'ils sont vécus par le personnage principal, c'est-à-dire de l'intérieur, échappant ainsi au film purement et banalement historisant. Quand des mesures sont décrétées, on en fait la lecture à toute la famille et quand il est fait obligation de porter l'étoile juive (que les juifs doivent eux-mêmes confectionner), on s'indigne et on refuse d'obtempérer. Il est en de même quand il est annoncé que les juifs ne doivent garder que 2000 zlotys, ce qui nous vaut un débat quelque peu houleux quand il faut en cacher le surplus. C'est encore plus évidemment dans les événements vécus au dehors (la valse macabre de la rue Chlodna, le vieil homme qui se jette dans la boue pour manger de la soupe, ou encore celle où Wladyslaw tente d'extirper un petit contrebandier d'un drain fait dans le mur tandis que de l'autre côté, un policier allemand lui brise les reins à coup de matraques, le petit garçon mourra dans les bras de Wladyslaw). Polanski tente de donner à tout cela une matérialité concrète, d'insuffler une substance palpable qui n'échappera plus maintenant à notre mémoire. Il nous les fait habiter au lieu de les rendre habituelles. L'une des scènes les plus étonnantes par sa concrétude est celle où Wladyslaw qui gagne sa vie dans le café Nowoczesna (fréquenté par des richards) doit s'arrêter de jouer du piano car un client fait sonner sur la table des pièces de 20 dollars-or qu'on vient de lui vendre. Quand le film nous aborde un point de l'histoire connu que l'on ne peut pas passer sous silence bien évidemment, c'est par l'intermédiaire d'une histoire sentimentale qu'il le fait (elle ne fait que débuter et n'aura pas de suite), celle entre Wladyslaw et la violoncelliste Dorota (superbe Emilia Fox). Ils veulent aller dans un café mais un écriteau indique : "Interdit aux juifs". Dorota s'en émeut mais Wladyslaw ne s'indigne pas. Il est bien plus préoccupé par la belle jeune femme qu'il a en face de lui, d'être avec elle plutôt que d'être obsédé par l'ignominie de cet écriteau qui l'empêcherait de continuer à vivre sa propre vie d'homme. Ici, Polanski aborde subtilement la situation et cette première partie montre bien comment le mal peut gagner en quelque sorte "paisiblement" une ville, infiltrer le tissu social et aboutir au final à une situation tragique. Rien n'arrive par un déchaînement brutal et soudain. Au contraire, les mesures d'exclusion s'insinuent dans la vie quotidienne, sont admises et deviennent surréelles. Si elles peuvent provoquer une colère, il n'y a guère moyen de lutter contre elles. Personne n'est dupe mais en même temps, l'impuissance est grande si l'on tient compte qu'une partie de la ville ferme les yeux, une autre collabore et une autre se soumet faute de mieux. La seule chose qui reste si l'on peut dire est de se conformer à ces mesures afin d'être irréprochable et de rester avec ceux qu'on aime. En un mot, le problème semble insoluble d'autant que le but de tout cela, l'extermination dans les chambres à gaz, paraît incroyable, de l'ordre de l'irréprésentable. Toute la grande force du film n'est donc pas de jouer dans la reconstitution grandiose, éblouissante et démonstrative mais de faire dans l'allusion sobre et significative. Plutôt que les grands évènements historiques rabachées, les petits faits quotidiens méconnus ou mésestimés. Polanski ne joue jamais d'emphase, de dramatisation mais déploie sa lenteur méticuleuse et son sens aigu du concret. Il gomme tout ce qui peut faire "cinéma" et "spectacle" pour nous restituer la réalité existentielle de ce qui s'est véritablement passé et de comment tout cela a été vécu. Si l'on assiste à la brutalité des nazis (la jeune juive qu'un officier tue d'une balle dans la tête parce qu'elle a osé poser une question), le film ne joue pas de surenchère : plans brefs, aucune musique, aucun pathos venant souligner l'horrible drame qui vient de se jouer. En jouer, par des effets racoleurs nous indiquant ce qu'il faut penser et ressentir, démontrerait une intervention intempestive et déplacée du cinéaste dans la narration et un manque de confiance dans ce qu'il nous montre. La scène la plus exemplaire à cet égard (et l'une des plus terribles du film et qui était loin d'être facile à mettre en scène) est celle où des nazis investissent un immeuble en pleine nuit. Toute la famille de Wladyslaw qui habite juste en face va assister de leur fenêtre à l'horrible carnage. Les nazis pénètrent dans un appartement, font lever leurs occupants en train de dîner et comme l'un d'eux n'obtempère pas, ils le poussent jusqu'à la fenêtre et le balancent dans le vide... avec son fauteuil d'handicapé. Les nazis font ensuite sortir les locataires dehors, les abattent et repartent en voiture, écrasant au passage les cadavres étendus sur la chaussée dans un bruit caractéristique (détail rarement montré et entendu). Le traitement cinématographique de cette scène est remarquable et c'est ce qui fait du Pianiste, entre autres, un très grand film. Nous n'assistons donc pas à cette descente de l'intérieur, ce qui aurait été trop direct. L'événement est vu par la famille de Wladyslaw qui regarde par la fenêtre, c'est-à-dire de l'extérieur et de loin. Habituellement, on passerait pour "voyeur" d'observer ainsi ce qui se passe chez des voisins mais là, la scène prend une toute autre résonance. Si ce point de vue particulier permet à Polanski de créer une distance juste entre l'événement dramatique et la manière dont il la filme évitant toute complaisance malsaine, il joue pourtant d'une position malaisée dans le fait d'assister à de tels brutalités en "spectateurs". L'on comprend d'autant mieux ce que peut être précisément une violation de l'intimité (suivies ici d'exécutions sommaires) et aussi ce que peut être la peur, ce moment où le réel bascule dans l'innomable. Un plan de coupe est évident : quand l'homme est jeté par la fenêtre, la caméra ne s'attarde pas sur le fait qu'il s'écrase sur le trottoir, c'est la réaction de la famille qui nous est montrée. Ce dispositif distancée à l'intérieur de cet épisode même est significatif de toute la mise en scène qu'a adopté Polanski pour ce film (on pourrait dire que cela est représentatif de toute son oeuvre même). Cette première partie va se clore logiquement sur la déportation des familles juives et donc aussi de celle de Wladyslaw. Là encore le film parvient à traiter le moment où le père de Wladyslaw achète un caramel 20 zlotys et le découpe en six parts avec une remarquable retenue qui évite tout ridicule et tout misérabilisme. Il en est de même quand les familles montent dans le train pour être emportées à jamais dans un camp d'extermination. Il y a un mouvement de panique, et les portes sont refermées brutalement. La scène est sèche et terrible. Un réalisateur quelconque aurait sombré dans le pathétisme le plus gluant et versé dans la mécanique lacrymale pour nous impressionner banalement. Au contraire, ici, on réalise concrètement ce qu'est le mal et l'horrible engrenage qui l'accompagne. Juste avant, Wladyslaw Szpilman sera sauvé in extremis par un policier juif. Il tentera de rejoindre sa famille mais quand il s'entendra dire qu'on vient de lui sauver la peau, il décidera de s'enfuir. Là commence la seconde partie film qui nous montre Wladyslaw se retrouvant seul au point où ce mot n'a plus guère de sens. Quel destin quand on y pense ! Wladyslaw Szpilman échappe à tout et souvent par hasard. Il aurait pu être choisi par un officier allemand et être exécuté sommairement. Non, cela tombe sur un autre : un certain nombre de travailleurs sont sommés de se coucher sur le sol et sont exécutés froidement d'une balle dans la tête. L'officier d'ailleurs est obligé de recharger son pistolet, faisait croire à l'homme qui est à terre qu'on lui accorde un sursis. Il n'en est rien bien sûr. Rien n'arrive simplement, tout paraît s'emboîter absurdement. Entretemps, s'est dessiné subtilement tout au long du film un univers où tout a basculé et où les comportements ont été fort changeants quand il s'est agi de sauver sa peau. Comme dans le récit, le film trace une carte complexe des comportements humains : aucun manichéisme ici et que peu de films de ce genre avaient montré. On voit des juifs devenir des policiers à la botte des nazis (Wladyslaw, dans son récit, évoque qu'ils pouvaient être pire que les nazis eux-mêmes), c'est l'un d'eux, rappelons-le, qui sauvera pourtant Wladyslaw au dernier moment. On voit effectivement des nazis brutaux, des polonais qui cachent des juifs, d'autres prêts à les dénoncer, des nazis en sauver, des juifs qui profitent de la situation (l' "ami " qui récolte des fonds sur le nom de Wladyslaw et qui devait lui donner à manger). C'est dire si les illusions humaines, illusions que l'homme se fait complaisamment sur lui-même et sur le monde, sont friables. On pouvait se croire à l'abri et se rassurer en se croyant du bon côté et voilà qu'à la faveur d'évènements, les certitudes basculent et les faits révèlent tout autre chose. Polanski touche là du doigt une question cruciale et que l'on retrouve dans tout son cinéma, la question de l'identité. Wladyslaw Szpilman est lui-même tiraillé et incertain quant à ce qu'il doit faire. Tout est devenu flou et indécis. Il n'est que pianiste et dans ce contexte à peu près inutile et pourtant son statut d'artiste lui vaut une certaine complaisance dans ce monde dévasté. Il aimerait bien être résistant, faire quelque chose mais visiblement, cela n'est pas dans son tempérament. Il ne fait que fuir, d'aller de cachette en cachette, attend, reclus, que le temps passe, tombe malade, apprend que certains de ses amis ont été tué, assiste en témoin impuissant (et de loin encore) d'une fenêtre d'un appartement à des massacres et à des actes de résistance. Qui est-il vraiment ? Wladyslaw avouera lui-même, alors qu'il a trouvé refuge dans un appartement en zone allemande, juste en face d'un hôpital, ne plus savoir de quel côté du mur il se trouve. Questionnement terrible pour ce pianiste juif. A ce doute sur son inaction, sa passivité et par ricochets, sur son identité, répond en écho aussi une interrogation plus vaste et plus grinçante. Que reste-t-il d'humain quand on a poussé un homme aux dernières extrémités, quand on a méticuleusement d'une manière ou d'une autre, exterminé sa famille, qu'on l'affamé, traqué, isolé, en un mot humilié ? Jean Clair nous rappelle dans La barbarie ordinaire la substance de ce mot : " Le radical, la " racine " du mot homme, porte son origine terrestre, mais de deux façons différentes : c'est l'humilité et c'est l'humiliation. Rappeler que l'homme est humble, c'est rappeler qu'il est né de l'humus. Humilier autrui, c'est en revanche non seulement le ramener à l'humus, à le réduire à l'humilité de la poussière, des feuilles, du fumier, mais c'est le traiter " plus bas que terre ", l'enfoncer dans cette couche primitive où le sol est pourriture et décomposition et dont la vie l'a dégagé. C'est réduire l'être humain à ce qui n'est pas de l'ordre du vivant mais de l'inerte et de l'inanimé, le dépouiller de sa forme et de sa contenance, c'est le mortifier, lui faire sentir les affres de la mort alors qu'il est encore en vie. "( p73-74) Que reste-t-il de son moi ? Où est la frontière derrière laquelle un "moi" cesse d'être un moi ? a dit un romancier. Et cette situation n'est pas exclusive à la seconde guerre mondiale. Il est difficile à ce moment-là de ne pas songer à La Métamorphose de Kafka en voyant Wladyslaw, transformé en une silhouette cherchant désespérément à manger, le regard exorbité, la barbe lui mangeant le visage, ses cheveux ayant poussés démesurément. C'était là le sens de la métaphore de Kafka. Le plan qui évoque toute cette "absurdité" et qui élève le film sur un plan on dira philosophique, est bien entendu celui, où s'échappant de l'hôpital, Wladyslaw grimpe sur une palissade et s'engage seul dans une allée bordée de chaque côté, à l'infini ou presque, d'un champ de ruines, de bâtiments dévastés, plan simple et bouleversant d'une très grande beauté. Ayant trouvé refuge, un de plus, dans une de ses ruines, c'est là pour la première fois, essayant de percer une boite de conserve, qu'il se retrouve face à face avec ce qu'il a fui sans arrêt, avec un officier allemand, Wilm Hosenfeld qui le sauvera, lui apportera à manger avant de l'abandonner quand la débâcle nazie arrive enfin. Cet officier, apprenant que Wladyslaw est pianiste, lui demandera de jouer un morceau. La scène est étonnante dans ce contexte car elle surgit comme un inattendu et singulier moment de beauté dans un monde que le mal a saccagé sans retenue. Peut-être même faut-il avoir subi ne serait-ce qu'une fois dans sa vie l'humiliation, avoir touché l'humus de la terre, pour connaître non seulement un réel moment de beauté mais pour savoir ce qu'est réellement la beauté. Car il faut noter que c'est dans ce moment précis et ô combien étrange que Wladyslaw retrouve ce qu'il est et a toujours été : celui d'être un pianiste. Cette scène me fait songer à Tess qui se retrouve dans une situation similaire, toutes choses étant égales par ailleurs : après avoir perdu son enfant, le pasteur ayant refusé de l'enterrer chrétiennement, l'héroïne se réfugie et s'apprête à dormir dans la forêt avec pour humble matelas un tapis de feuilles. Songeant à sa situation présente et à son destin qui s'est emballé à cause d'un hasard malencontreux, elle lâche un émouvant : " Tout est vanité ! " Elle se couche, entend du bruit, se redresse et aperçoit un cerf à ses pieds. Le réel est toujours surprenant, paradoxal et rien ne va de soi. En partant, l'officier offre son manteau à Wladyslaw. Certains diront qu'on s'attend à ce qu'ensuite, Wladyslaw soit pris pour un nazi au moment de la libération . Ce qui passe pour inessentiel est au contraire ce qui est l'essentiel. Aussi grotesque soit-il par ailleurs : un manteau, un vêtement. Ce qui est important, c'est que dans son existence pauvre et dérisoire, il n'y pense même pas (il a froid et grelotte) et que cet homme, ce juif qui a tout subi ou presque, soit pris pour un allemand. Outre l'ironie de la situation, n'oublions pas au passage que l'action se situe à Varsovie et qu'il y fait très froid en hiver. Deux cris semblent se répondre en écho dans le film : celui de la femme qui crie "un Juif ! quand Wladyslaw s'enfuit après avoir fait dégringolé toute la vaisselle (rappelons-nous, c'est la même qui jouait du piano ! et que Wladyslaw écoutait amoureusement ayant lui-même été privé d'en jouer pendant si longtemps) et "Un Allemand !" quand il sort de sa cachette. Et pourtant, il s'agit du même homme... Cette scène conclut logiquement toutes les interrogations que le film a soulevé. Et à un homme qui a tout subi au point d'avoir été dépouillé jusqu'à son être même, le générique lui rend son identité, son moi, celui d'être un pianiste. L'art, cette petite chose qui sait nous rendre digne d'être homme et que certains aimeraient bien mettre au banc des vieilleries. Polanski, avec ce beau film, est ce qu'il sait être : un cinéaste. Wladyslaw Szpilman est mort à Varsovie en juillet 2000. -- Yannick Rolandeau http://yrol.free.fr/ "Un homme qui n'est jamais idiot n'est pas tout à fait humain." Gonzalo Torrente Ballester -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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