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[Date Prev][Date Next][Date Index] Villette Numerique : Nouvelles images, nouveaux talents
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion.] "Villette Numérique : Nouvelles images, nouveaux talents" Du 24 au 29 septembre avait lieu à la Cité des Sciences et de l'industrie le cycle "Nouvelles images, nouveaux talents" [1], l'occasion de voir ce qui se fait de mieux actuellement en images de synthèse. Samedi dernier, j'ai pu assister à deux projections, des rediffusions de courts métrages présentés aux Siggraph 2001 et 2002, dans le cadre de l'"Electronic theater". Les projections duraient environ 1h40 chacune, présentant chacune une trentaine de courts, allant de la pub de 40 secondes, à l'oeuvre plus recherchée et à l'histoire plus fouillée, en passant par le clip ou la présentation scientifique. Article cross-posté sur fr.comp.graphisme.postprod-3d et sur fr.rec.cinema.discussion, follow up to fr.rec.cinema.discussion. Que dire, sinon que j'ai été ébloui tout du long, à en pleurer presque ? La plupart des films ravalaient "Monsters, Inc." [2] au rang d'amateurisme, tant au niveau de l'image (textures, lumière, richesse), que de la musique, de l'animation, de l'ambiance ou du scénario. Dans la suite du post je ne m'attarde pas sur tous les films, seulement sur ceux qui m'ont le plus marqué (j'ai mis l'ensemble du programme à la fin). Il y aura quelques révélations, mais de toute manière ce n'est pas ce qui est important dans ce genre de cinéma (d'animation de synthèse), et nous verrons comment technique et art se mêlent pour produire de pures merveilles. Electronic Theater 2001 [3] Aucune production française pour cette première partie... Première partie d'une grande variété: on a pu y voir des présentations plus ou moins scientifiques (Rendering Translucent Materials - Stanford University, Woodrow Wilson Bridge Project - URS/Creative Imaging Group, Rule Based Dynamic Simulation for ''Wave of Death'' - CA Scanline Production) D'autres courts misaient plutôt sur l'humour, profitant ainsi de possibilités offertes par l'image de synthèse. Par exemple, Kenichiro Tanaka et ses images d'été/automne/hiver/printemps, qui fait chanter toujours le même tube ringard à des animaux incrustés dans un décor réel. L'illusion est parfaite, et les 4 (très courts) films n'en sont que plus drôles. L'image de synthèse permet la mise en scène de personnages improbables : une mouche, un cafard et une mite qui se retrouvent dans le désert autour d'une pompe à essence (Hessi James [4]). Humour décapant une fois de plus, à la Woody Allen presque, avec une mise en scène intéressante qui joue avec la lumière, le soleil venant ricocher sur les surfaces ou encore sur la tête du cafard - rendu très réussi, mais artificiel bien sûr. Distrust Of Romantica [5] joue la carte de l'absurde. Dans une sorte d'arène de cirque, des cubes se cognent et s'ouvrent, révélant des lèvres qui rient aux éclats. Troublant, presque triste malgré les éclats de rire, c'est pourtant l'un des courts métrages qui bénéficie du rendu le plus réaliste. Le grain est travaillé, l'image désaturée, la lumière parfaite. On se prend vite au jeu et on rit avec ces cubes improbables. Parlons maintenant du film qui m'a le plus impressionné : Pipe Dream, d'Animusic [6]. C'est plus un clip qu'un court métrage (cela met en image une musique électronique), mais la richesse de l'image est telle qu'on ne peut dissocier le morceau musical de sa visualisation. Dans une sorte de coin de laboratoire, des billes sortent d'on ne sait pas trop où et viennent frapper cordes, xylophones, et autres cymbales. D'abord chaotiques, les rebonds produisent bientôt une mélodie monstrueusement polyphonique. Ça sautille et ça rebondit dans tous les coins, véritable plaisir visuel et auditif. La complexité de la scène devient vite telle qu'on imagine sans peine l'impossibilité physique (réelle) d'une entreprise pareille. Les billes fusent de plus en plus vite, et le tout s'achève dans un véritable délire. Les musiciens (surtout les percussionnistes) ne resteront pas insensibles. D'un point de vue technique, l'animation est impressionnante. Le nombre de billes en même temps présentes à l'écran donne un indice du temps passé à animer le tout. Tout est d'ailleurs positionné au millimètre, les billes semblent réellement produire la musique, et non pas danser au rythme de celle-ci. Bref, hallucinant. Autre grand moment de cette première partie : F8 [7], court métrage d'un peu plus de 10 minutes, au scénario alambiqué mais qui réussit, malgré une esthétique très métallique, à produire une poésie rare, le tout baigné dans une ambiance légèrement floue, douce et lumineuse. Le héros, au visage grotesque inoubliable, se balade dans un monde bizarre aux rencontres surprenantes. Sa chute dans une sorte de champ de blé, puis son entrée dans un gros ovule gluant, montrent une fois de plus les prouesses visuelles dont sont capables les images de synthèse. Electronic Theater 2002 [8] Après une courte pose, revenons pour l'année 2002. Encore une très grande variété de films, avec cette fois la présence marquée de courts métrages français. Je ne vais pas m'attarder sur les pubs, clips, bandes annonces de films, et présentations scientifiques (bien que techniquement parlant ce soit souvent plus impressionnant que des oeuvres plus artistiques.) Beaucoup de films faisaient preuve d'un humour burlesque qui grâce aux images numériques se permet bien des choses. Quelques oeuvres qui m'ont marqué par leur finition et leur richesse: The Cathedrale [9], très lent et très joli, bénéficie d'une histoire à la fois triste et belle. Le travail sur la lumière est étonnant. La musique joue d'ailleurs avec la lumière - ou plutôt elles sont indissociables. C'est le soleil qui tourne et qui se cache, qui produit la musique envoûtante. L'animation du héros est soignée, et devient vite irréelle (mais néanmoins naturelle) quand les branches d'arbres viennent se mêler aux personnages. C'est un bon exemple d'un mariage réussi entre images numériques et poésie. (D'ailleurs pour ceux que ça intéresse, on peut acheter des posters sur zazzle.) Recycle bein' [10] mise sur l'action. Les animations font très cartoon, le paysage est très riche et les détails immensément nombreux. Mais l'histoire reste malheureusement sans grand intérêt, et c'est dommage quand on voit la qualité du design des personnages, des animaux et des textures... Sarah [11], autre court français, est très drôle et mignon. Il raconte l'histoire d'une fillette qui construit une locomotive sphérique pour échapper à l'usine de trains qui ronge peu à peu l'île où elle demeure. La fillette Sarah est parfaite, elle se meut de manière guillerette et naturelle. L'animation est rapide et fluide, le rendu aquarelle très original. L'image de synthèse permet là aussi des plans difficiles sans, comme les vues subjectives depuis les trains dévalant les montagnes russes. Les rails viennent se croiser, s'enrouler comme des spirales autour de Sarah. Nous arrivons maintenant au clou de la projection : "Le déserteur" [12], réalisé par une équipe de Supinfocom. Le film dure 7 minutes et raconte la drôle d'histoire d'un déserteur qui, caché dans un placard, s'évade en suivant le vol d'un oiseau grâce à une curieuse machine. L'image est très travaillée, à la manière des impressionnistes, et fait totalement oublier que ce que l'on voit est une création numérique. Le travail sur la lumière est remarquable, notamment le moment où le déserteur ouvre le placard où il était caché [12]. La lumière joue sur son visage, l'éclaire progressivement, l'éblouit et vient ricocher sur les parties de son visage encore dans l'ombre. Un effet pas toujours facile à rendre (pour ceux qui ont déjà tâté de l'image de synthèse)... Les outils numériques permettent d'ailleurs des choses très intéressantes : le morphing est au service de l'histoire, quand par exemple les barrières se changent en barbelés, ou quand les croix des tombes deviennent des avions. De même pour les longues séquences de vol de l'oiseau, impossibles sans images de synthèse. Le film fait très bucolique, surtout vers la fin - les paysages de campagne sont magnifiques, et font définitivement plus penser à un tableau impressionniste qu'à un film de synthèse. Et n'oublions pas la géniale conclusion : l'enfant qui vient se fondre avec le soldat... On pourra regretter l'animation (notamment du déserteur) parfois un peu saccadée. Mais c'est compréhensible de la part d'une équipe aussi jeune. Conclusion J'espère avoir réussi à montrer que les images de synthèse savaient se faire discrètes derrière l'histoire et la poésie, et qu'on pouvait faire de très jolies choses avec elles. Pour ceux qui ne les auraient pas vus, je vous conseille la vision de tous les courts que je décris. Même si on peut être moins enthousiaste que moi, ça vaut le coup d'oeil. A bientôt Quelques liens : [1] "Nouvelles images, nouveaux talents" http://www.villette-numerique.com/main.php?pg=20&lang=fr&vr=f&id=138&cat=7 [2] "Monsters, Inc." (Pixar) http://us.imdb.com/Title?0198781 [3] Electronic Theater 2001 http://www.siggraph.org/publications/video-review/sig2001/138.html [4] "Hessi James" (Hohannes Weiland) http://www.hessi-themovie.de/ [5] "Distrust Of Romantica" (Hitochi Suenago) http://www.cafa.com.cn/japanshow/pic2/images/distrust_of_romantica_jpg.jpg [6] "Pipe Dream" (Animusic) http://www.animusic.com/pipe-dream.html [7] "F8" (Jason Wen) http://www.f8movie.com/htm/main.htm [8] Electronic Theater 2002 http://www.siggraph.org/publications/video-review/sig2002/141.html [9] "The Cathedral" (Tomek Baginski) http://www.platige.com/katedra/eng_/strona_glowna.html [10] "Recycle Bein'" http://www.pixelcreation.fr/news/01-12/valenciennes_recyclebein.htm [11] "Sarah" http://www.pixelcreation.fr/news/01-12/valenciennes_sarah.htm [12] "Le déserteur" http://perso.wanadoo.fr/deserteur/index.htm -- Julien Gourdon "C'est véritablement utile puisque c'est joli." Le Petit Prince Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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