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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Les Diables (Christophe Ruggia - 2002)
Les Diables Réalisateur : Christophe Ruggia Acteurs : Vincent Rottiers, Adèle Haenel, Jacques Bonnaffé Sortie en salles : 11 septembre 2002 HISTOIRE Deux enfants sont en fugue d'un orphelinat à la recherche de leur maison. Il semblerait que la petite fille, autiste, ait le pouvoir de la retrouver... CRITIQUE Attention, Les Diables, malgré son affiche et ses personnages principaux joués par des enfants, n'est pas un film pour enfants. Loin de là, même. L'interdiction de moins de 12 ans est là pour le rappeler (le film ayant frôlé l'interdiction au moins de 16 ans, malgré son prix à Cannes Junior). Les Diables est moins un film violent qu'un film coup de poing, sans compromis et peut-être même sans espoir. Si l'on sort du film totalement abasourdi, ce n'est pas en raison d'une succession de scènes provocatrices et perverses comme cela peut-être le cas dans un film comme Irréversible. Non, si le film touche et dérange autant, c'est qu'il est profondément juste, réussissant à réveiller des choses profondes de l'enfance : sa capacité de violence, sa demande inextinguible d'amour, etc. Quiconque est dans cette problématique d'une enfance douloureuse ou bien fragile (et qui ne l'est pas) ne saura rester insensible. Mais surtout le film réussit à ne jamais tomber dans l'excès ni la complaisance. Il réussit à atteindre cet équilibre et à s'y maintenir durant 1h40 ! Le scénario n'est pourtant pas extraordinaire. Du moins apparemment. On pourrait même dire qu'il est assez banal, sorte de mélange entre Rain Man et L'Incompris de Comencini. Seulement, derrière cette apparente simplicité, se cache un travail sur les personnages tout à fait fin et malin. On rentre dans la salle avec un a priori sans doute voulu : " on va voir un film sur une autiste qui va s'ouvrir à la vie ". Seulement, peu à peu, on découvre une autre facette de cette ouverture : la fermeture à la vie qui s'opère dans le personnage de Joseph. Car, et c'est là la force du film, c'est lui, Joseph, le personnage principal. Il est certes moins spectaculaire que Chloé, mais toute l'émotion vient de lui, toute la tragédie aussi. D'un côté, la réalité terrible et désespérée qu'incarne Joseph. De l'autre l'espoir et le rêve que symbolise Chloé. La fin du film est d'ailleurs très belle, avec cette question sans réponse concernant l'avenir de Chloé : est-ce que demain sera meilleur qu'hier ? Est-ce que Chloé aura un autre destin que Joseph ? Si on sent de l'admiration du réalisateur envers sa comédienne et son personnage féminin, c'est toutefois avec Joseph qu'il semble partager ses émotions et son vécu affectif. C'est sur lui aussi que se concrétisent toute sa vision et toutes ses critiques sociales. Mais attention, ces critiques ne sont pas assénées d'une manière didactique et manichéenne. Si à chaque fois Joseph bute contre un monde d'enfermement (commissariat, orphelinat, prison, etc), si les institutions sont responsabilisées de la déviance et la perditition des diables, des sauvageons, et autres racailles, Christophe Ruggia évite toujours de montrer un " méchant flic ", un " méchant éducateur " ou un " méchant maton ". Tous les adultes sont... gentils, remplis de bonne volonté. Mais finalement c'est pire (et sans doute plus vrai) : les gens peuvent être remplis de bonne volonté, quand ils sont dans un système inefficace, ils ne peuvent rien faire... Or, nous sommes dans un système inefficace. Et on le sera tant qu'à la perdition, on répondra par l'enfermement et l'isolement et non pas par le rapport humain, direct. La seule réponse proposée dans le film à cet état de fait, c'est l'amour. Quand un enfant est paumé, le seul moyen de le sauver, c'est d'instaurer avec lui une relation humaine, directe, compréhensive pour l'aider à passer le cap de l'adolescence et l'aider à s'insérer dans une société dans laquelle il se retrouve. Un mur de pierre et de préjugés n'a jamais sauvé quiconque. Quant à la réalisation, elle n'est pas non plus spectaculaire. Aucun exploit physique de mise en scène, pas de plans-séquences à la louma ou au steady époustouflants et dignes d'entrer dans le livres des records. Elle n'est pas spéctaculaire mais elle est d'une grande efficacité. La caméra est toujours là où il faut, avec les personnages, avec leur esprit du moment : que ce soit lors des enfermements ou bien lors des quelques moments d'explosions de vie (la fuite de l'orphelinat, l'évasion par la bande d'enfants digne de Pink Floyd The Wall, ou bien encore la danse. A cet égard aussi de sobriété, le film est une leçon... Pour finir d'une manière plus légère, on remarquera ici ou là des clins-d'oeil cinématographiques de Christophe Ruggia : l'adresse des parents est Rue des Lucioles en hommage au sublime Tombeau des lucioles ou bien encore la contine chantée durant le générique qui est celle de La Nuit du chasseur, son film préféré... Avec de tels références, comment ne pas être bien insipiré ! Film rare, film donc à voir de toute urgence ! Interview de C. Ruggia : http://www.avoir-alire.com/spip/article.php3?id_article=1330 Critique écrite par Dumbledore, et disponible à l'adresse http://dvdtoile.com/CritiqueCine?titre=Diables%2C+Les -- Spontex/DvdToile.com http://dvdtoile.com -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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