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[AVIS] Les Diables (Christophe Ruggia - 2002)


  • Subject: [AVIS] Les Diables (Christophe Ruggia - 2002)
  • From: Spontex <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: 20 Sep 2002 12:15:06 GMT
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Les Diables

Réalisateur : Christophe Ruggia
Acteurs : Vincent Rottiers, Adèle Haenel, Jacques Bonnaffé
Sortie en salles : 11 septembre 2002

HISTOIRE

Deux enfants sont en fugue d'un orphelinat à la recherche de leur
maison. Il semblerait que la petite fille, autiste, ait le pouvoir de la
retrouver...


CRITIQUE

Attention, Les Diables, malgré son affiche et ses personnages principaux
joués par des enfants, n'est pas un film pour enfants. Loin de là, même.
L'interdiction de moins de 12 ans est là pour le rappeler (le film ayant
frôlé l'interdiction au moins de 16 ans, malgré son prix à Cannes Junior).
Les Diables est moins un film violent qu'un film coup de poing, sans
compromis et peut-être même sans espoir. Si l'on sort du film totalement
abasourdi, ce n'est pas en raison d'une succession de scènes
provocatrices et perverses comme cela peut-être le cas dans un film
comme Irréversible. Non, si le film touche et dérange autant, c'est
qu'il est profondément juste, réussissant à réveiller des choses
profondes de l'enfance : sa capacité de violence, sa demande
inextinguible d'amour, etc. Quiconque est dans cette problématique d'une
enfance douloureuse ou bien fragile (et qui ne l'est pas) ne saura
rester insensible. Mais surtout le film réussit à ne jamais tomber dans
l'excès ni la complaisance. Il réussit à atteindre cet équilibre et à
s'y maintenir durant 1h40 !
Le scénario n'est pourtant pas extraordinaire. Du moins apparemment. On
pourrait même dire qu'il est assez banal, sorte de mélange entre Rain
Man et L'Incompris de Comencini. Seulement, derrière cette apparente
simplicité, se cache un travail sur les personnages tout à fait fin et
malin. On rentre dans la salle avec un a priori sans doute voulu : " on
va voir un film sur une autiste qui va s'ouvrir à la vie ". Seulement,
peu à peu, on découvre une autre facette de cette ouverture : la
fermeture à la vie qui s'opère dans le personnage de Joseph. Car, et
c'est là la force du film, c'est lui, Joseph, le personnage principal.
Il est certes moins spectaculaire que Chloé, mais toute l'émotion vient
de lui, toute la tragédie aussi. D'un côté, la réalité terrible et
désespérée qu'incarne Joseph. De l'autre l'espoir et le rêve que
symbolise Chloé. La fin du film est d'ailleurs très belle, avec cette
question sans réponse concernant l'avenir de Chloé : est-ce que demain
sera meilleur qu'hier ? Est-ce que Chloé aura un autre destin que Joseph
? Si on sent de l'admiration du réalisateur envers sa comédienne et son
personnage féminin, c'est toutefois avec Joseph qu'il semble partager
ses émotions et son vécu affectif. C'est sur lui aussi que se
concrétisent toute sa vision et toutes ses critiques sociales.
Mais attention, ces critiques ne sont pas assénées d'une manière
didactique et manichéenne. Si à chaque fois Joseph bute contre un monde
d'enfermement (commissariat, orphelinat, prison, etc), si les
institutions sont responsabilisées de la déviance et la perditition des
diables, des sauvageons, et autres racailles, Christophe Ruggia évite
toujours de montrer un " méchant flic ", un " méchant éducateur " ou un
" méchant maton ". Tous les adultes sont... gentils, remplis de bonne
volonté. Mais finalement c'est pire (et sans doute plus vrai) : les gens
peuvent être remplis de bonne volonté, quand ils sont dans un système
inefficace, ils ne peuvent rien faire... Or, nous sommes dans un système
inefficace. Et on le sera tant qu'à la perdition, on répondra par
l'enfermement et l'isolement et non pas par le rapport humain, direct.
La seule réponse proposée dans le film à cet état de fait, c'est
l'amour. Quand un enfant est paumé, le seul moyen de le sauver, c'est
d'instaurer avec lui une relation humaine, directe, compréhensive pour
l'aider à passer le cap de l'adolescence et l'aider à s'insérer dans une
société dans laquelle il se retrouve. Un mur de pierre et de préjugés
n'a jamais sauvé quiconque.
Quant à la réalisation, elle n'est pas non plus spectaculaire. Aucun
exploit physique de mise en scène, pas de plans-séquences à la louma ou
au steady époustouflants et dignes d'entrer dans le livres des records.
Elle n'est pas spéctaculaire mais elle est d'une grande efficacité. La
caméra est toujours là où il faut, avec les personnages, avec leur
esprit du moment : que ce soit lors des enfermements ou bien lors des
quelques moments d'explosions de vie (la fuite de l'orphelinat,
l'évasion par la bande d'enfants digne de Pink Floyd The Wall, ou bien
encore la danse. A cet égard aussi de sobriété, le film est une leçon...
Pour finir d'une manière plus légère, on remarquera ici ou là des
clins-d'oeil cinématographiques de Christophe Ruggia : l'adresse des
parents est Rue des Lucioles en hommage au sublime Tombeau des lucioles
ou bien encore la contine chantée durant le générique qui est celle de
La Nuit du chasseur, son film préféré... Avec de tels références,
comment ne pas être bien insipiré !
Film rare, film donc à voir de toute urgence !


Interview de C. Ruggia :
http://www.avoir-alire.com/spip/article.php3?id_article=1330


Critique écrite par Dumbledore, et disponible à l'adresse
http://dvdtoile.com/CritiqueCine?titre=Diables%2C+Les

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