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[AVIS] Intervention divine (Elia Suleiman - 2001)


  • Subject: [AVIS] Intervention divine (Elia Suleiman - 2001)
  • From: Spontex <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: 20 Sep 2002 12:15:04 GMT
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Intervention divine

Titre original : Yadon ilaheyya
Réalisateur : Elia Suleiman
Acteurs : Elia Suleiman, Manal Khader
Sortie en salles : 2 octobre
Année de conception : 2001


HISTOIRE

Alors que son père se meurt, E.S vit une histoire d'amour avec une jeune
femme qui ne peut franchir un barrage qui sépare la ville. Face à cette
réalité, il se met à rêver... Il rêve notamment qu'à elle seule, cette
femme pourrait détruire l'armée israëlienne.


CRITIQUE

Le Père Noël court dans les collines. Des enfants le poursuivent.
Etrangement, ils ne sont pas intéressés par les cadeaux qui tombent de
sa hotte. Non, ce qu'ils veulent, c'est tout simplement tuer le Père
Noël. Le poignarder. Pas étonnant, nous sommes à Nazareth, et ça fait au
moins 60 ans, là-bas, qu'on ne croit plus au Père Noël.
Voilà donc comment débute le deuxième long métrage d'Elia Suleiman,
Intervention Divine, longtemps intitulé Chronique d'amour et de
souffrance. Chronique était mieux choisi car il indiquait bien qu'il ne
faut pas s'attendre à une histoire dans ce film. Elia Suleiman fuit
d'ailleurs, autant que faire se peut, toute forme de narration classique
pour, tel un Tati, décrire des situations qui se répètent encore et
encore, apparemment tout le temps les mêmes, apparemment seulement car
les axes de visions, eux changent, et avec ces changement naissent
humour et ironie.
Le film est divisé en deux parties : Nazareth et Jerusalem. Dans la
première partie, on assiste à une vie de village, c'est-à-dire à des
histoires de voisinages. La présence et la pression israéliennes sont
quasi-inexistantes, ou du moins poussées dans l'arrière-plan. Mais la
violence, elle, est présente, toujours, mais toujours aussi montrée avec
humour. Tous ces villageois se comportent comme des enfants munis du
pouvoir des adultes : le vieux qui rassemble des bouteilles de bières
vides pour les lancer sur les patrouilles qui passent ou qui s'amusent à
détruire une route pour gêner toutes les voitures, ou bien encore deux
vieux qui prennent plaisir à regarder -tels les deux vieux du Muppet
Show- le spectacle de la ville, ou bien encore un type qui, chaque
matin, lance ses poubelles dans le jardin de sa voisine... Ses soucis de
voisinage, drôles, petits et sans conséquences, ne sont là que pour
suggérer et préfigurer un autre souci de voisinage, plus dramatique
celui-là et surtout nettement moins drôle. Celui que l'on retrouve
exposé dans la seconde partie.
Jerusalem. Si l'humour est toujours présent sous sa forme " tatiesque ",
un autre humour apparaît, plus spéctaculaire : celui du fantasme. E.S,
le personnage principal, apparaît en mangeant un abricot. Il lance le
noyau par la fenêtre de sa voiture et explose un tank. Ces fantasmes
vont grandissants et deviennent comme vitaux pour ce personnage témoin
de la violence de l'occupation, de la violence de l'agonie de son père
et de la violence de son histoire d'amour qui ne marche pas. Seulement,
il ne peut pas réagir " normalement " à cette violence. Il ne peut rien
dire (il ne dit d'ailleurs pas un mot durant tout le film), il ne peut
rien faire, et surtout pas répondre à ces provocations calculées et
voulues. Alors il rêve, et ces rêves deviennent de plus en plus violents
pour être de moins en moins drôles, et culminent dans une scène ninja où
la femme qu'il aime défait un commando israélien. Etrangement, la scène
comporte nombre de gags qui fonctionnent sur le papier mais qui ne
marchent pas à l'image. La violence à d'ores-et-déjà pris le dessus sur
l'humour. Cette incapacité à réagir " normalement " face aux pressions
de toutes sortes est le thème du film qui a été tourné avant l'explosion
de la seconde Intifada.
Le film d'ailleurs se finit sur ce danger d'explosion. E.S et sa mère
regardent une cocotte-minute en train de siffler. La mère lui dit qu'il
serait temps maintenant d'éteindre le feu... Et le film se finit avant
qu'on sache si le feu a été éteint ou non...
Elia Suleiman prouve définitivement avec ce film qu'il est un cinéaste à
part entière, avec son univers visuel qui lui est proche (même s'il est
inspiré de Tati, mais aussi de Kitano et de Buster Keaton pour ce qui
est de son pesonnage impassible et qui ne cligne jamais des yeux), et
une narration très particulière. Elle n'est d'ailleurs pas sans rappeler
Kundera dans le sens où l'histoire (si on doit en trouver une)
d'Intervention Divine est finalement celle de Elia Suleiman qui essaye
d'écrire le scénario de Intervention Divine mais qui a du mal à y
réussir à cause de son père mourant, de sa fiancée qu'il ne peut voir
qu'à un barrage et des " événements " dans leur globalité... On est
proche, avec cette construction en abîme, de ce que fait Kundera donc,
dans un livre comme la Lenteur (pour n'en citer qu'un).


Critique écrite par Dumbledore, et disponible à l'adresse
http://www.dvdtoile.com/CritiqueCine?titre=Intervention+divine

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Spontex/DvdToile.com
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