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[AVIS] Ten (Abbas Kiarostami - 2002)


  • Subject: [AVIS] Ten (Abbas Kiarostami - 2002)
  • From: Spontex <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: 20 Sep 2002 12:15:02 GMT
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Ten

Réalisateur : Abbas Kiarostami
Acteurs : Mania Akbari, Amin Maher
Sortie en salles : 18 septembre 2002


HISTOIRE

Dix séquences de la vie privée de six femmes.


CRITIQUE

Abbas Kiarostami est un cinéaste passionnant car il ne cesse de
chercher, chercher des nouvelles formes cinématographiques, des
nouvelles formes de narration et de mise en scène. Pour Ten, il s'est
servi des capacités de la DV pour partir à la recherche du degré zéro de
mise en scène, tout en (paradoxe !) restant dans le cadre de la narrativité.
Ainsi, à quelques rares exceptions près (notamment le point de vue sur
la prostituée qui s'éloigne), les deux caméras du film sont posées à
l'avant de la voiture (unique décor du film), l'une tournée vers le
passager, l'autre vers la conductrice. Pas de lumière rajoutée, pas
d'équipe technique autour et surtout : pas de présence du réalisateur
qui ne découvre le résultat qu'après la ballade de plusieurs dizaines de
minutes de la voiture.
La direction des comédiens est elle aussi réduite au minimum. Les deux
comédiens reçoivent des indications (séparément et à l'insu l'un de
l'autre) très sommaires sur leur personnage, sur quelques dialogues à
dire, et c'est tout. Tout le reste est improvisation. Dans le même souci
de réduire au maximum la mise en scène, Abbas Kiarostami ne fait pas de
seconde prise juste après la première. Il attend plusieurs semaines pour
faire rejouer la scène, afin de retrouver la fraicheur et le naturel de
ses comédiens.
Le résultat est sidérant. Certes, le film est long, il faut fournir un
effort pour y entrer et y adhérer. Le réalisateur semble d'ailleurs le
savoir, car il agrémente le film d'un compte à rebours (qui permet de
nous rappeler qu'on approche de la fin et qu'il faut encore s'accrocher)
et les parties, elles aussi, sont de plus en plus courtes. Mais une fois
qu'on entre dans cet univers, on assiste à une expérience (voire une
expérimentation) de cinéma. On sent l'absence de mise en scène, on sait
qu'il n'y a pas d'histoire à proprement parler, seulement à partir d'un
moment, un thème majeur apparaît, s'extrait de tout ce flot de paroles :
les femmes dans la société irannienne.
Il y a l'héroïne bien sûr, celle qui tente de mener sa barque (ici sa
voiture) au milieu de la ville, qui est divorcée, qui travaille, qui n'a
pas la garde de son enfant. Elle représente bien évidemment la
modernité. Ensuite il y a les amies qui représentent la tradition :
celle, par exemple, qui s'est mise à prier, non par croyance en Dieu,
mais parce qu'elle aimerait bien que certains de ses rêves
s'accomplissent. Il y a aussi celle qui est hors de la société (du moins
apparemment) ; une prostituée... Seul non-femme : le fils. Personnage
finalement terrible et qui incarne la vision pessimiste du réalisateur :
on sent qu'il deviendra finalement comme son père, qu'il souhaitera
avoir une femme à la maison, qui ne travaille pas et qui passera son
temps à lui préparer à manger...
Mais le plus fort, c'est que toute cette histoire n'est pas visible
d'une manière frontale. Le spectateur doit fournir un effort pour isoler
les thèmes et découvrir ce que tout cela veut dire. Il fait un peu une
auto-psychanalyse : qu'est-ce que je vois, qu'est-ce que je ressens, et
finalement, qu'est-ce que tout cela veut dire. Pas de violence
dramatique dans le film, pas de retournement de situation ou autres "
violences " créées finalement par la main du dieu Réalisateur. Non, rien
de tel. Ce serait plutôt la lenteur et la douceur d'une photo qui se
révèle dans le bain du photographe...
Etonnant.


Critique écrite par Dumbledore, et disponible à l'adresse
http://www.dvdtoile.com/CritiqueCine?titre=Ten

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Spontex/DvdToile.com
http://dvdtoile.com

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