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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] 11'09"01 - September 11
Difficile de faire plus conceptuel : onze courts-métrages sur le thème du 11 septembre, réalisés par onze réalisateurs de onze cultures différentes. Chacun fait 11 minutes et 9 secondes, et ils sont sortis le 11 septembre 2002. Il faut voir ces films. Pas tellement pour leur valeur cinématographique : seuls Ken Loach et Idrissa Ouedraogo réussissent à aller au-delà du pur message en offrant l'un une élégie, l'autre une comédie. L'intérêt de ces films est surtout documentaire. Ils offrent un miroir de la manière dont les événements du 11 septembre ont été perçus à travers le monde. Certains journaux américains présentent ces films comme "anti-américains". A quoi le New York Times répond avec raison qu'ils ne sont pas anti-américains, mais "non-américains". Le trait le plus frappant de ces films, ce par quoi ils sont irrémédiablement non-américains, c'est qu'ils désacralisent le 11 septembre. Ces attentats sont un acte insensé, un de plus. Une tragédie terrifiante, une de plus. Samira Makhmalbaf montre que le sujet préoccupe peu les enfants afghans, dans un pays où on n'est guère informé sur le monde : l'institutrice elle-même croit que les Américains vont utiliser la bombe atomique sur l'Afghanistan. Idrissa Ouedraogo ose montrer Ben Laden dans une fiction, qui plus est dans une histoire légère à la Club des Cinq ; ce film fait rire à Paris, j'imagine qu'il choquerait considérablement à New York. A l'inverse, Ken Loach joue sur la provocation en consacrant son film au 11 septembre 1973, jour du renversement d'Allende ; à un discours de Bush sur les ennemis de la liberté succèdent des images d'Américains aidant Pinochet à mettre à bas cette même liberté dans un autre pays, à une autre époque. C'est un film émouvant, qu'on peut apprécier même si on hésite à accepter la comparaison. Chahine, de son côté, fait du Chahine, c'est à dire un petit film théâtral, surréaliste et assez ridicule, qui tout d'un coup lâche une diatribe très violente contre les Etats-Unis. Au fur et à mesure que les films se succèdent, on comprend quel est l'enjeu majeur que doivent relever les réalisateurs : quel que soit leur point de vue, leur film paraît anecdotique s'il intègre les attentats à une fiction classique sans essayer de montrer leur impact sur la collectivité. Deux d'entre eux font cette erreur. Lelouch est un bon raconteur d'histoires sentimentales ; il sait très bien intéresser le spectateur au destin de quelques individus. Le problème, ici, est qu'il faut montrer un phénomène dont les conséquences portent sur toute une ville, voire sur le monde entier. Lelouch signe un film sans intérêt, centré sur une histoire personnelle dans laquelle la catastrophe n'apparaît qu'à titre annexe. Le second est Sean Penn. Dans ce groupe de réalisateurs si éloignés des Etats-Unis, j'attendais d'un Américain un point de vue sur le traumatisme qu'ont causé les attentats aux Etats-Unis, traumatisme dont nous sous-estimons l'étendue de ce côté-ci de l'Atlantique. Or, dans le film de Penn, seul le traitement de l'image est américain : soigné et sophistiqué, en un mot hollywoodien. Penn raconte une histoire très mièvre (avec Ernest Borgnine, le gros dur des westerns d'autrefois ! Il vaut mieux voir ça qu'être sourd !). Pire, il ne retient de la chute du World Trade Center que son aspect esthétique. Pourtant, si le cinéma américain a une vertu, c'est bien de savoir exprimer les réactions collectives d'un peuple, l'esprit d'une nation et d'une époque. Spielberg, Coppola auraient pu faire beaucoup mieux. Même un film de Michael Bay aurait été plus intéressant, sur le plan documentaire, que ce court-métrage maniériste et insignifiant. De tous ces films se distingue celui du Mexicain Inarritu : contrairement aux autres, il n'a pas essayé de traiter le sujet au second degré via son impact sur des individus ou sur un pays. Inarritu a réalisé un montage d'images et surtout de sons, dont on ne sait s'il poursuivra sa carrière comme générique d'émission radio ou dans une installation d'art vidéo à Beaubourg. Lui seul s'approche au plus près de l'événement, et tente d'en montrer la brutalité absolue à travers les bruits lancinants des corps qui tombent de 90 étages. 11'09"01 - September 11, par Samira Makhmalbaf, Claude Lelouch, Youssef Chahine, Danis Tanovic, Idrissa Ouedraogo, Ken Loach, Alejandro Gonzalez Inarritu, Amos Gitaï, Mira Nair, Sean Penn, Shohei Imamura (2002) -- Thierry Bézecourt http://www.thbz.org -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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