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[Date Prev][Date Next][Date Index] [BREVE THEMATIQUE] Spider-Man et le 11 septembre
Justicier volant et seule contre-puissance face à un ennemi qui avionne
dangereusement entre les tours de New-York (numériquement amputées des deux
jumelles), Spider-man est condamné, post-tournage et bien malgré lui, à se
positionner dans l'interprétation fictionnelle du "ground zero". Or
Spider-Man, c'est l'Amérique elle-même : juché sur un gratte-ciel dans la
dernière séquence, il scrute l'horizon, drapé dans une immnense bannière
étoilée. "J'ai reçu un grand pouvoir, et une grande responsabilité" : la
leçon élémentaire sur le rôle géopolitique de son pays se double d'un doute
: "peut-être aussi une malédiction" ("a curse").
L'adolescent-araignée touche alors du doigt un fantasme de l'Amérique :
celui d'une mystérieuse malédiction qui sanctionnerait sa puissance, idée
infatigablement exorcisée par des auto-proclamations de bénédiction ("God
bless America", "the Land of God"...). L'interprétation "patriotique" du 11
septembre s'attache à le dépeindre comme un pur sacrilège, qui appelle une
juste vengeance et l'expiation des coupables. On ne veut surtout pas y voir
la manifestation d'une incompréhensible vulnérabilité, qui démentirait la
bénédiction : c'est pourquoi l'iconographie diffusée du "ground zero" est
axée sur le spectaculaire (effondrements, survivants hagards et
empoussiérés) et bannit le visage trop humain des vraies victimes, mortes ou
vivantes.
Philippe de Saussure, Genève, 5 août 2002
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