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[AVIS] "Hollywood Ending" (2002 - Woody Allen)


  • Subject: [AVIS] "Hollywood Ending" (2002 - Woody Allen)
  • From: kartoch_@hotmail.com (Kartoch)
  • Date: 12 Jun 2002 07:29:25 GMT
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Je spoile, tu spoiles, il spoile, nous spoilons --

La sortie d'un nouveau Woody, c'est un peu comme l'arrivé du
beaujolais nouveau. Il débarque régulièrement chaque année pour le
plus grand plaisir des initiés. On se retrouve alors entre habitués et
l'on s'enivre des charmes distillés par la dégustation de ce nouveau
nectar. Le cerveau embrumé par les vapeurs « spirituelles », on
énumère entre connaisseurs avisés les défauts de cette nouvelle cuvée
tout en complimentant la tenue légendaire du breuvage qui ne s'est
toujours pas altérée malgré le nombre de récoltes. La soirée finit
chez l'un ou l'autre dans des discussions œnologiques sur les plus
belles cuvées, les milleniums du passé. On débouche alors une vieille
bouteille sortie de derrière les fagots. L'on déguste ensemble et en
silence cette saveur du passé avec les yeux pleins de larmes
nostalgiques et nous portons un toast aux fruits anciens.

Val Waxman, réalisateur oscarisé du passé, est réduit à tourner des
publicités pour déodorants dans le blizzard canadien. Il est vrai que
son caractère irascible, névrotique et hypocondriaque l'a rendu assez
impopulaire dans les studios. L'ex-femme de Val est sur le point
d'être mariée à un important producteur d'Hollywood. Elle réussit à
convaincre ce dernier de laisser Val diriger un film sur Manhattan.
Malheureusement, peu avant le début du tournage, Val devient aveugle.
Avec l'aide de son agent, il tente de dissimuler cette infirmité pour
pouvoir terminer le film.

Woody sort de l'apathie qui émergeait dans ses derniers films. Il
retrouve un bon souffle, surtout avec l'aide de dialogues bien rythmés
qui donne au film une cadence soutenue. Woody, lui, ne change pas: il
joue-- Woody. Il enfile son rôle mainte fois joué, mélange de malade
imaginaire et de névrosé de la vie, avec son style inimitable de
répliques dévastatrices (« one-like joke »). Même si ce costume est
élimé par endroit, Woody est encore fringant. Il retrouve aussi le
personnage réalisateur qu'il affectionne tant (Manhattan, Stardust
Memories), perdu dans le monde du spectacle (Brodway Danny Rose).
Woody circule en aveugle dans ce terrain conquis et en profite pour
survoler un comique physique de situation. Il joue sur l'activité
débordante de la production par rapport à son incapacité de gérer le
film pour présenter mésententes et quiproquos. Tout autour de lui, on
retrouve une galerie de personnages directement inspirée de sa
filmographie récente : l'ex-femme pour laquelle il éprouve encore des
sentiments (véritable constante dans ses films) et qu'il va tenter de
reconquérir,  l'agent qui apporte la touche juive, la petite amie
ingénue, sa ville favorite comme décor de son film dans le film, ses
intellectuels new-yorkais--

Woody dépeint l'univers hollywoodien moderne. Il jette un coup d'œil
sur ce qu'est devenu le cinéma américain. Il est clair que la
métaphore de la cécité représente la position du réalisateur à
Hollywood : « L'auteur » n'a aucun pouvoir sur la réalisation du film,
il est simple exécutant au ordre d'un producteur hostile aux
tentatives de personnalisation du produit film. Aveugle, le
réalisateur ne comprend pas ce qui se passe, ou ne peut rien faire.
Woody ne peut développer un regard d'auteur, surveillé par l'âme
damnée du producteur qui s'interroge sur chaque excentricité, comme la
sélection du cameraman chinois (« il a tourné les chœurs de l'armée
rouge »).

La pirouette finale du vieux clown fera grincer des dents une partie
de la salle, agacée par cette vision populaire et stéréotypé du film
d'auteur. L'autre partie de la salle s'esclaffera aux éclats, ravie de
cette vision critique du cinéma français. Quelques personnes, en
minorité, y verront une réflexion sur la part de chance dans l'œuvre
d'un artiste, aveugle tâtonnant dans l'obscurité  et présentant la
lumière à mesure de ses découvertes. Mais Woody joue simplement
l'incompris dans son propre monde et, à l'aide de cette boutade et sa
fuite vers la France, révèle le désespoir de son œuvre maudite dans
son pays. Woody Allen ne va pas plus loin dans sa critique. Il regarde
juste le mécanisme implacable des grandes majors dans le cinéma actuel
puis s'en va, béret sur la tête, vers un amour qu'il croyait perdu.

Qu'il est bon de retrouver Woody, surtout au vu de ses précédentes
réalisations. Allons-y gaiement, ce n'est pas Manathan mais que ne
ferait-on pas pour un tête-à-tête avec Woody, les yeux dans les yeux
et une bouteille de Bordeaux sur la table (et hop, la boucle est
bouclée avec mes analogies vinicoles).

La cerise sur le gâteau, c'est la sortie du second coffret DVD Woody
Allen. Il contient Alice, Radio Days, Ombres et brouillard, September,
La Rose pourpre du Caire et Broadway Danny Rose. Plus d'œuvres
intéressantes par rapport au premier coffret mais toujours ce petit
défaut de son un peu faible par rapport à la normale. Vu que ses
derniers films sont distribués par TF1 vidéo (à noter l'existence d'un
coffret regroupant Harry dans tout ses états, Tout le monde dit I love
you et Celebrity chez cet éditeur),  on peut donc calculer qu'il reste
environ 2 coffrets pour découvrir les 10 films restants avec quelques
joyaux tel que  Interiors, Zelig, A Midsummer Night's Sex Comedy, 
Hannah and Her Sisters, Another Woman, Manhattan Murder Mystery ou
Husbands and Wives.

-- 
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