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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] "Hollywood Ending" (2002 - Woody Allen)
Je spoile, tu spoiles, il spoile, nous spoilons -- La sortie d'un nouveau Woody, c'est un peu comme l'arrivé du beaujolais nouveau. Il débarque régulièrement chaque année pour le plus grand plaisir des initiés. On se retrouve alors entre habitués et l'on s'enivre des charmes distillés par la dégustation de ce nouveau nectar. Le cerveau embrumé par les vapeurs « spirituelles », on énumère entre connaisseurs avisés les défauts de cette nouvelle cuvée tout en complimentant la tenue légendaire du breuvage qui ne s'est toujours pas altérée malgré le nombre de récoltes. La soirée finit chez l'un ou l'autre dans des discussions œnologiques sur les plus belles cuvées, les milleniums du passé. On débouche alors une vieille bouteille sortie de derrière les fagots. L'on déguste ensemble et en silence cette saveur du passé avec les yeux pleins de larmes nostalgiques et nous portons un toast aux fruits anciens. Val Waxman, réalisateur oscarisé du passé, est réduit à tourner des publicités pour déodorants dans le blizzard canadien. Il est vrai que son caractère irascible, névrotique et hypocondriaque l'a rendu assez impopulaire dans les studios. L'ex-femme de Val est sur le point d'être mariée à un important producteur d'Hollywood. Elle réussit à convaincre ce dernier de laisser Val diriger un film sur Manhattan. Malheureusement, peu avant le début du tournage, Val devient aveugle. Avec l'aide de son agent, il tente de dissimuler cette infirmité pour pouvoir terminer le film. Woody sort de l'apathie qui émergeait dans ses derniers films. Il retrouve un bon souffle, surtout avec l'aide de dialogues bien rythmés qui donne au film une cadence soutenue. Woody, lui, ne change pas: il joue-- Woody. Il enfile son rôle mainte fois joué, mélange de malade imaginaire et de névrosé de la vie, avec son style inimitable de répliques dévastatrices (« one-like joke »). Même si ce costume est élimé par endroit, Woody est encore fringant. Il retrouve aussi le personnage réalisateur qu'il affectionne tant (Manhattan, Stardust Memories), perdu dans le monde du spectacle (Brodway Danny Rose). Woody circule en aveugle dans ce terrain conquis et en profite pour survoler un comique physique de situation. Il joue sur l'activité débordante de la production par rapport à son incapacité de gérer le film pour présenter mésententes et quiproquos. Tout autour de lui, on retrouve une galerie de personnages directement inspirée de sa filmographie récente : l'ex-femme pour laquelle il éprouve encore des sentiments (véritable constante dans ses films) et qu'il va tenter de reconquérir, l'agent qui apporte la touche juive, la petite amie ingénue, sa ville favorite comme décor de son film dans le film, ses intellectuels new-yorkais-- Woody dépeint l'univers hollywoodien moderne. Il jette un coup d'œil sur ce qu'est devenu le cinéma américain. Il est clair que la métaphore de la cécité représente la position du réalisateur à Hollywood : « L'auteur » n'a aucun pouvoir sur la réalisation du film, il est simple exécutant au ordre d'un producteur hostile aux tentatives de personnalisation du produit film. Aveugle, le réalisateur ne comprend pas ce qui se passe, ou ne peut rien faire. Woody ne peut développer un regard d'auteur, surveillé par l'âme damnée du producteur qui s'interroge sur chaque excentricité, comme la sélection du cameraman chinois (« il a tourné les chœurs de l'armée rouge »). La pirouette finale du vieux clown fera grincer des dents une partie de la salle, agacée par cette vision populaire et stéréotypé du film d'auteur. L'autre partie de la salle s'esclaffera aux éclats, ravie de cette vision critique du cinéma français. Quelques personnes, en minorité, y verront une réflexion sur la part de chance dans l'œuvre d'un artiste, aveugle tâtonnant dans l'obscurité et présentant la lumière à mesure de ses découvertes. Mais Woody joue simplement l'incompris dans son propre monde et, à l'aide de cette boutade et sa fuite vers la France, révèle le désespoir de son œuvre maudite dans son pays. Woody Allen ne va pas plus loin dans sa critique. Il regarde juste le mécanisme implacable des grandes majors dans le cinéma actuel puis s'en va, béret sur la tête, vers un amour qu'il croyait perdu. Qu'il est bon de retrouver Woody, surtout au vu de ses précédentes réalisations. Allons-y gaiement, ce n'est pas Manathan mais que ne ferait-on pas pour un tête-à-tête avec Woody, les yeux dans les yeux et une bouteille de Bordeaux sur la table (et hop, la boucle est bouclée avec mes analogies vinicoles). La cerise sur le gâteau, c'est la sortie du second coffret DVD Woody Allen. Il contient Alice, Radio Days, Ombres et brouillard, September, La Rose pourpre du Caire et Broadway Danny Rose. Plus d'œuvres intéressantes par rapport au premier coffret mais toujours ce petit défaut de son un peu faible par rapport à la normale. Vu que ses derniers films sont distribués par TF1 vidéo (à noter l'existence d'un coffret regroupant Harry dans tout ses états, Tout le monde dit I love you et Celebrity chez cet éditeur), on peut donc calculer qu'il reste environ 2 coffrets pour découvrir les 10 films restants avec quelques joyaux tel que Interiors, Zelig, A Midsummer Night's Sex Comedy, Hannah and Her Sisters, Another Woman, Manhattan Murder Mystery ou Husbands and Wives. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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