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[CRITIQUE] Irreversible (Gaspard Noe - 2002)


  • Subject: [CRITIQUE] Irreversible (Gaspard Noe - 2002)
  • From: "Spontex/DvdToile.com" <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: 28 May 2002 16:45:03 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Centre d'Etudes de la Navigation Aérienne
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Irréversible

Réalisateur : Gaspard Noé
Acteurs : Vincent Cassel, Albert Dupontel, Monica Bellucci
Sortie en salles : 24 mai


HISTOIRE
Une jeune femme quitte une soirée un peu trop tôt, emprunte un passage
souterrain et se fait violer. Son amant et un ami se lance à la
poursuite du responsable avec l'intention de se venger.


CRITIQUE
Après le déjà polémique Seul contre tous, Gaspard Noé revient avec
Irréversible. Présenté à Cannes en sélection officielle, il était
précédé d'un parfum de scandale, annoncé comme un film très violent. La
violence est bien au rendez-vous avec deux scènes très fortes, un
meurtre à la bonbonne de gaz et un viol en plan séquence de 9 minutes.
Au sortir du film, on ne peut pas le nier, Gaspard Noé a un réel talent
de metteur en scène. Le visuel qu'il développe, ainsi que la narration
en retour en arrière, allègrement pompée sur Memento, en témoignent.
Le visuel consiste en une caméra très flottante, très libre, qui ne se
soucie pas de cadrer joliment, mais se baladant sans cesse, quelques
fois avec légèreté, souvent avec violence. Mais le plus intéressant,
c'est que cette mise en scène évolue à mesure que le film avance
(c'est-à-dire que l'histoire recule). Très folle au début, elle retrouve
une sérénité progressive à mesure que l'on s'éloigne du drame final,
pour terminer sur un plan à la grue, très posé, très « propre ». Une
mise en image qui colle à l'histoire développée est suffisamment rare
pour être notée et appréciée. Dans un autre registre, E.T. développait
la même chose (Cf. la critique :
http://www.dvdtoile.com/CritiqueCine.php?titre=E.T.+l%27extra-terrestre
)...
Quant à la narration en retour en arrière systématique, elle réussit là
où elle échouait dans Memento : elle ne devient pas ennuyeuse. Dans
Memento, très vite on comprenait le principe qui devenait lourd à gérer
pour l'histoire et finalement plombait la narration au point de la
rendre inintéressante. Ici rien de tel. Etonnamment même, on a deux
parties qui se divisent très nettement. Celle qui tourne autour de la
vengeance, avec comme personnage principal Vincent Cassel, et celle qui
tourne autour du viol à venir et de Bellucci.
Seulement, Irreversible fait partie de ces films qui se dissipent sur le
chemin qui mène à la sortie du cinéma. Une simple réflexion, un début
d'analyse, réduisent très vite le film à une baudruche qui se vide, car
le film lui-même est vide. Certes, la mise en scène est réussie. Certes,
Albert Dupontel est totalement bluffant dans le rôle du meilleur pote,
toujours juste malgré un rôle difficile, (alors que Vincent Cassel
surjoue un peu et que la belle Bellucci prouve, s'il était besoin, que
ce n'est pas une grande comédienne !). Certes, il y a des références à
Kubrick, non pas seulement l'affiche de 2001, l'odyssée de l'espace,
mais aussi toute la scène de l'appartement qui rappelle Eyes Wide
Shut... Seulement, le scénario ne tient pas et les propos sont, comme
souvent chez Noé, très limite facho. L'histoire est franchement basique
et d'un cliché on ne peut plus usé. Que ce soit la vengeance (que le
personnage d'Albert Dupontel reconnaît lui-même comme série B), ou la
découverte que la jeune femme violée était en réalité enceinte !! Ou
bien encore la réflexion philosophique stupide sur les rêves
prémonitoires ! Aucune surprise dans l'histoire. Rien. Cela correspond
exactement à ce à quoi on s'attendait, c'est-à-dire à ce qu'on peut voir
dans des centaines de téléfilms...
Quant à la thématique, elle est une nouvelle fois limite. D'abord, c'est
Philippe Nahon, qui incarne le même rôle que dans Seul contre tous, qui
détient la morale de l'histoire, dite bien évidemment au tout début du
film (c'est-à-dire à la fin de l'histoire) : rien n'est fait pour durer,
comprenez : aucun bonheur n'est possible (dans notre société). En allant
plus loin (et cela correspond au parcours du personnage de Bellucci),
nous sommes dans une société dans laquelle le pire de vos fantasmes
(elle joue une femme frigide, refusant la sodomie par l'homme qu'elle
aime) va finir par arriver. Bien évidemment aussi, pour compléter le
portrait de cette société front-nationalisée, deux mondes s'opposent,
celui du jour avec plein de Blancs super sympas, et celui de la nuit
avec des Chinois pas agréables, des pédés tous pervers et des mafieux de
pays de l'est qui nous violent nos femmes. Evidemment, la police est
dotée de bons sentiments, mais comme elle n'a aucun moyen de rendre
justice, il faut la faire soi-même ! Donner au personnage facho de Seul
contre tous le privilège d'offrir la morale de l'histoire invite aussi à
revoir Seul contre tous. Et si Gaspard Noé, qui a réalisé quasiment tout
seul, monté tout seul son film n'était pas lui aussi « seul contre tous
» ? Est-ce que Philippe Nahon ne serait pas tout simplement un portrait
du réalisateur ? Lui, qui rêve de choquer les gens, non pas en leur
offrant un message social ou humain, mais uniquement pour choquer,
provocateur pervers sans message ?...
Il y avait 5 films français en sélection officielle à Cannes. Il était
normal que le FN soit représenté à hauteur de 20% dans le cinéma
français, non ?

Critique écrite par Dumbledore, et publiée à l'origine sur le site
http://dvdtoile.com



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