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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Irreversible (Gaspard Noe - 2002)
Irréversible Réalisateur : Gaspard Noé Acteurs : Vincent Cassel, Albert Dupontel, Monica Bellucci Sortie en salles : 24 mai HISTOIRE Une jeune femme quitte une soirée un peu trop tôt, emprunte un passage souterrain et se fait violer. Son amant et un ami se lance à la poursuite du responsable avec l'intention de se venger. CRITIQUE Après le déjà polémique Seul contre tous, Gaspard Noé revient avec Irréversible. Présenté à Cannes en sélection officielle, il était précédé d'un parfum de scandale, annoncé comme un film très violent. La violence est bien au rendez-vous avec deux scènes très fortes, un meurtre à la bonbonne de gaz et un viol en plan séquence de 9 minutes. Au sortir du film, on ne peut pas le nier, Gaspard Noé a un réel talent de metteur en scène. Le visuel qu'il développe, ainsi que la narration en retour en arrière, allègrement pompée sur Memento, en témoignent. Le visuel consiste en une caméra très flottante, très libre, qui ne se soucie pas de cadrer joliment, mais se baladant sans cesse, quelques fois avec légèreté, souvent avec violence. Mais le plus intéressant, c'est que cette mise en scène évolue à mesure que le film avance (c'est-à-dire que l'histoire recule). Très folle au début, elle retrouve une sérénité progressive à mesure que l'on s'éloigne du drame final, pour terminer sur un plan à la grue, très posé, très « propre ». Une mise en image qui colle à l'histoire développée est suffisamment rare pour être notée et appréciée. Dans un autre registre, E.T. développait la même chose (Cf. la critique : http://www.dvdtoile.com/CritiqueCine.php?titre=E.T.+l%27extra-terrestre )... Quant à la narration en retour en arrière systématique, elle réussit là où elle échouait dans Memento : elle ne devient pas ennuyeuse. Dans Memento, très vite on comprenait le principe qui devenait lourd à gérer pour l'histoire et finalement plombait la narration au point de la rendre inintéressante. Ici rien de tel. Etonnamment même, on a deux parties qui se divisent très nettement. Celle qui tourne autour de la vengeance, avec comme personnage principal Vincent Cassel, et celle qui tourne autour du viol à venir et de Bellucci. Seulement, Irreversible fait partie de ces films qui se dissipent sur le chemin qui mène à la sortie du cinéma. Une simple réflexion, un début d'analyse, réduisent très vite le film à une baudruche qui se vide, car le film lui-même est vide. Certes, la mise en scène est réussie. Certes, Albert Dupontel est totalement bluffant dans le rôle du meilleur pote, toujours juste malgré un rôle difficile, (alors que Vincent Cassel surjoue un peu et que la belle Bellucci prouve, s'il était besoin, que ce n'est pas une grande comédienne !). Certes, il y a des références à Kubrick, non pas seulement l'affiche de 2001, l'odyssée de l'espace, mais aussi toute la scène de l'appartement qui rappelle Eyes Wide Shut... Seulement, le scénario ne tient pas et les propos sont, comme souvent chez Noé, très limite facho. L'histoire est franchement basique et d'un cliché on ne peut plus usé. Que ce soit la vengeance (que le personnage d'Albert Dupontel reconnaît lui-même comme série B), ou la découverte que la jeune femme violée était en réalité enceinte !! Ou bien encore la réflexion philosophique stupide sur les rêves prémonitoires ! Aucune surprise dans l'histoire. Rien. Cela correspond exactement à ce à quoi on s'attendait, c'est-à-dire à ce qu'on peut voir dans des centaines de téléfilms... Quant à la thématique, elle est une nouvelle fois limite. D'abord, c'est Philippe Nahon, qui incarne le même rôle que dans Seul contre tous, qui détient la morale de l'histoire, dite bien évidemment au tout début du film (c'est-à-dire à la fin de l'histoire) : rien n'est fait pour durer, comprenez : aucun bonheur n'est possible (dans notre société). En allant plus loin (et cela correspond au parcours du personnage de Bellucci), nous sommes dans une société dans laquelle le pire de vos fantasmes (elle joue une femme frigide, refusant la sodomie par l'homme qu'elle aime) va finir par arriver. Bien évidemment aussi, pour compléter le portrait de cette société front-nationalisée, deux mondes s'opposent, celui du jour avec plein de Blancs super sympas, et celui de la nuit avec des Chinois pas agréables, des pédés tous pervers et des mafieux de pays de l'est qui nous violent nos femmes. Evidemment, la police est dotée de bons sentiments, mais comme elle n'a aucun moyen de rendre justice, il faut la faire soi-même ! Donner au personnage facho de Seul contre tous le privilège d'offrir la morale de l'histoire invite aussi à revoir Seul contre tous. Et si Gaspard Noé, qui a réalisé quasiment tout seul, monté tout seul son film n'était pas lui aussi « seul contre tous » ? Est-ce que Philippe Nahon ne serait pas tout simplement un portrait du réalisateur ? Lui, qui rêve de choquer les gens, non pas en leur offrant un message social ou humain, mais uniquement pour choquer, provocateur pervers sans message ?... Il y avait 5 films français en sélection officielle à Cannes. Il était normal que le FN soit représenté à hauteur de 20% dans le cinéma français, non ? Critique écrite par Dumbledore, et publiée à l'origine sur le site http://dvdtoile.com -- spontex@dvdtoile.com www.dvdtoile.com : Tout sur les sorties au Cinéma et en DVD. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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