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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Note] Stavisky, d'Alain Resnais (1974)
(Ca parle en ce moment un peu de Resnais, simple coïncidence) Voici la dernière partie de la vie de Stavisky, petit voyou devenu escroc flambeur, dont les activités touchèrent à des domaines variés et eurent des conséquences énormes. Film à base historique tempérée de liberté fictionnelle, comme les auteurs le rappellent - inutilement, pour une telle évidence - en exergue. On reste centré sur le personnage de Stavisky, car c'est lui qui constitue le vrai problème, l'énigme de l'affaire, le noeud serré de chaînes d'événements indépendantes de l'extérieur. C'est le mystère traditionnel de l'homme dont les actions extrêmes ont fait parler, et qui par conséquent intrigue naturellement : manipulations ou distractions, sérieux ou désinvolture, fantaisie ou mégalomanie ? Un peu de tout. Stavisky séduit et arnaque encore de simples individus, tout en élaborant à plusgrande échelle des stratégies complexes et instables pour conserver sa position et son train de vie : corruptions, mensonges et fraudes diverses ; il se désintéresse de la politique dont les mouvements ne sont à ses yeux qu'autant d'opportunités. Comme toute promesse d'approche d'un mystère, le sujet est séduisant, mais il est assez rapidement éventé. Stavisky est finalement présenté comme un fou, comme un problème clinique. On pourra objecter que justement c'est l'avis le plus confortable, celui qu'adoptent facilement les médecinset/ou proches, mais Stavisky lui-même en montre manifestement les symptômes (réponse sur le Tour eiffel, fin du film) dont on prenait auparavant dans la bouche des docteurs les descriptions pour une mise en évidence des raccourcis tentants face à l'obscurité d'un être humain. Point trop d'obscurité, donc. Stavisky lui-même a de l'épaisseur. La tronche et la gouaille de Belmondo donnent d'emblée au personnage une consistance, d'autant que les autres ne sont guère que de pâles figures éthérées. On touche ici au gros problème de la froideur du film, qui n'est pas la conséquence d'une prise de distance au service du sujet mais d'un glacis artificiel qui recouvre chaque scène. C'est le givre du nouveau roman, de la destructuration (répétitions de faux raccords avec rupture brusque du fond musical, strates temporelles), de l'emboîtement des récits (articulation pseudo-naturelle du passé avec le moment présent du récit) et des intrigues (en parallèle est évoqué l'exil de Trotsky, sur lequel les actions de Stavisky auront une influence possible, mais qui surtout lui oppose une autre figure, vraiment historique celle-là ; l'allemande approchée par Stavisky en restera lointaine alors qu'elle cherche à s'approcher de l'homme politique ; évocation de l'échec de l'escroc Stavisky mais aussi de l'impuissance de la vraie figure emblématique Trotsky). Cette forme paralysée et robbegrilletesque s'éloigne du vrai mystère pour lui préférer la fausse ambiguïté d'un puzzle, dont l'image serait de surcroit un portrait compassé, rigide, sans vie. Borelli, le second de Stavisky, serait le seul à mériter un tel traitement, puisqu'il est censé agir discrètement, être une ombre, mais cet effet est gâché par une plusieurs paroles malvenues. Le Baron est une caricature, et la femme de Stavisky une photo de mode glacée qui n'évoque rien et n'est qu'une des excuses à la montée sentimentalistes de certaines scènes, effet qui est en quelque sorte la soupape logique de l'étouffement de l'humain dans le reste du film ; et leur juxtaposition y adjoint une valeur et une profondeur qu'ils n'ont pas. Les policiers ne sont guère que des mannequins, qui alignent également les regards et répliques sentencieuses. L'opacité des êtres est surtout une pose et une hypothèse a priori. La mise en scène, en dehors de ces raccords et enchaînements, est également assez appuyée, avec des montées/descentes répétées lors d'entrées/sorties d'immeubles, quelques effets gratuits (répétition du travelling hirizontal suivant de l'extérieur un personnage passant dans un bâtiment devant des fenêtres), des mouvements malvenus (rotation de caméra centrée sur un élément proche, comme un visage, ce qui fait défiler le fond très rapidement et rompt inutilement un rythme), le résultat étant ici encore surtout une impression de jeu du réalisateur avec un matériau auquel il ne croit pas et qu'il torture à loisir. Le mouvement devient maniérisme, l'immobilité de la paralysie. On ne répètera jamais assez à quel point l'abstraction de la chair même d'un récit au profit de la forme qu'on veut lui donner à pu aboutir à des produits presque inhumains, presque robotisés, qui n'endorment pas uniquement parce qu'ils ne réveillent rien, et à l'intérieur desquels cette apparence d'épure donne à la moindre trace de sentiment, si convenu soit-il, des airs lyriques et un aspect de mythe qui constituent par la suite la principale caution du film. Ici, seul l'ancrage de la trame dans un contexte historique, une intrigue policière et Belmondo garantissent quelques parcelles de vie ça et là. On reste sinon dans un beau jeu, une grande construction. Resnais a ici la même position que son inspecteur Boni : sa démarche semble faire croire qu'il veut trouver quelque chose, mais en fait seul l'intéresse ce que lui permettent d'obtenir parallèlement les moyens qu'il a employés. Tout comme son enquête, le sujet du film est un voile, un prétexte à un positionnement de plus, une escroquerie de plus. On n'est tout de même plus dans la pure gratuité de Muriel, mais il reste encore bien des traces. Qui était Stavisky ? On n'en sait rien, on n'en sait à la limite encore moins que si le film ne s'était pas penché sur la question. Je suis en fait un peu dur, puisqu'est tout de même effleurée la mise en évidence des causes puériles et capricieuses qui peuvent sous-tendre les grands événements. Mais le mystère qui reste est surtout dû au credo de l'auteur qui semble avoir été dès le début qu'on ne saurait rien, donc autant simplifier les choses, ou les imbriquer ici, ou les figer là, ou les exagérer là-bas, ça ne sera pas pire, et puis vive le récit qui s'amuse de et avec lui-même. Le formel au détriment du reste. Un film à disséquer tranquillement en cours de cinéma pour avoir l'impression que c'est ici que l'histoire du septième art s'est prolongée. Ma foi, ça passe le temps. -- Cédric -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?NMCOTe6cvv> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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