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[CRITIQUE] Star Wars : Episode I - La menace fantome (George Lucas - 1997)


  • Subject: [CRITIQUE] Star Wars : Episode I - La menace fantome (George Lucas - 1997)
  • From: Spontex/DvdToile <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: Sun, 19 May 2002 22:30:26 +0200
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  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.arts.sf.starwars
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <3CE65C65.7040609@dvdtoile.com>
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion -- Attention, la suite est positionnée
vers fr.rec.cinema.discussion.]

HISTOIRE
La petite planète Naboo est menacée par un blocus mené par la Fédération 
du Commerce. Deux Jedi sont envoyés sur place pour tenter de débloquer 
la situation.

CRITIQUE

LES PREMICES
Le film étant en trois parties, a dit George Lucas, il faut attendre que 
sorte le troisième opus pour pouvoir le critiquer. La formule est un peu 
présomptueuse, on peut la prendre pour du dédain, et pourtant, elle a sa 
part de vérité. Ce qui nous est offert ici, c'est le premier acte d'une 
pièce classique. Une mise en place des pièces sur l'échiquier. Oui, il 
faut prendre le film comme tel.
Si le pari de George Lucas est ambitieux, sa marge de manoeuvre est 
réduite. Il doit réussir à recréer un choc visuel similaire à la 
première trilogie, accrocher une nouvelle génération de spectateurs, et 
raconter une histoire digne de respect par rapport à l'univers déjà 
installé, mais surtout une histoire avec des enjeux actuels, 
intéressants. Mais il a encore un autre pari à relever, bien plus 
périlleux, sans doute, c'est la gestion des fans qui attendent depuis 
plus de quinze ans la suite des aventures des Jedi.
De toute évidence, George Lucas savait que ceux-ci seraient déçus comme 
ils l'ont en effet été. La phrase que nous avons citée en entrée de jeu 
le montre. La mise en scène de son film aussi. Dans sa biographie éditée 
au moment de la sortie du Retour du Jedi, George Lucas expliquait que le 
plus important, dans un film, c'est les cinq premières minutes et les 
quinze dernières. Les quinze dernières pour pouvoir sortir du cinéma les 
yeux bien remplis et les cinq premières pour permettre au spectateur 
d'entrer dans l'univers et dans la force du film. Or que fait-il pour 
commencer Star Wars: Episode I ? L'inverse. Il prend cinq minutes pour 
faire sortir le public du film qu'il croyait voir en entrant en salle et 
le fait entrer ailleurs, dans le film que lui veut raconter. Pendant les 
cinq premières minutes du film, on voit deux Jedi arriver dans une 
station spatiale et... prendre le thé ! Ils prennent le thé alors qu'a 
lieu une discussion politique !!

Le mot est dit, « politique ». Star Wars: Episode I est un film 
politique, un film plus adulte, moins ludique. Là résident les enjeux 
thématiques du film et sans doute de la trilogie.
George Lucas a 33 ans quand Star Wars sort. Il en a maintenant 47. La 
première trilogie était le parcours d'un jeune adolescent naïf vers le 
monde adulte suivant le principe de la quête arthurienne. Elle était 
pleine d'espoir, d'ouverture, de positivité, comme l'était Lucas 
conquérant Hollywood. Elle montrait qu'un (jeune) homme pouvait changer 
le monde, qu'un seul homme sans fortune ni pouvoir, pouvait, par son 
seul talent, abattre un empereur. Cette nouvelle trilogie, de part du 
fait aussi qu'elle se situe avant la première trilogie, tire son 
inspiration non plus de l'univers arthurien mais de la structure 
narrative des tragédies grecques. L'affiche teaser de l'ombre de 
l'enfant se projetant en Dark Vador sur le mur le montre clairement 
Cette trilogie sera plus noire, plus conradienne (comment un enfant si 
pur va devenir le diable). Elle développe aussi et surtout le regard 
d'un adulte mûr sur un monde qu'il voit différent que lors de sa jeunesse.
Dans la trilogie des années 80, on avait le méchant dictateur d'un côté 
et les gentils résistants de l'autre. Le film était un plaidoyer contre 
le fascime. Cela correspondait à une vision du monde d'avant la chute du 
mur de Berlin, un monde lui-même divisé en deux blocs. Vision simpliste, 
certes, mais dont le message par contre était déjà plus intelligent, 
plus humain et surtout moins manichéen : le vrai danger ce n'est pas de 
perdre, c'est de passer dans l'autre camp, sans s'en rendre compte ! 
Autrement dit, comment gérer le pouvoir une fois qu'on l'a, comment ne 
pas céder à sa face noire qui est l'abus de pouvoir...

Avec cette nouvelle trilogie, les méchants c'est... le monde du 
commerce, avec ses lois, avec ses intérêts inhumains qui menacent de 
faire écrouler la République. C'est une ôde à la démocratie qui est 
proposée.
Oui, Star Wars: Episode I est un film politique et surtout un film 
actuel, dénonçant la menace que constitue le profit sur la vie des gens, 
le capitalisme, bref une critique du mode de vie, du mode de pensée même 
des Etats-Unis !! Le capitalisme et la démocratie ne peuvent vivre 
ensemble, car ils poursuivent des buts opposés. L'un veut imposer une 
mainmise pour confier le pouvoir à un groupe priviligié. L'autre veut 
partager au contraire le pouvoir... Star Wars: Episode I, film 
révolutionnaire ? Un film anti-mondialisation ? Oui. C'est une vision 
pessimiste du monde dans lequel nous vivons qui est présentée, une 
vision aussi négative sur... Hollywood !

George Lucas est un personnage étonnant, mal vu, mal aimé et surtout mal 
compris. Il s'apparente à plusieurs égards à Kubrick, dont il est très 
proche (même indépendance, même maîtrise de tout ce qui se passe sur 
leur film, même fou de cinéma et même constructeur d'une oeuvre). On 
s'est moqué de lui quand il a répété à plusieurs reprises que les effets 
speciaux ne sont pas une fin en soi, mais juste un moyen, rien de plus ! 
Lui, le créateur d'effets speciaux, semblait cracher dans la soupe. On 
s'est moqué de lui quand il s'est défini comme un artiste indépendant, 
alors qu'il a gagné des milliards de dollars.
Et bien encore une fois, il y a une vérité là-dedans. Le parcours de 
Luke Skywalker, c'est le parcours de l'intuition, de l'idée pure qui 
doit réussir à se réaliser tout en gardant sa pureté. Il ne doit pas se 
corrompre. Quiconque s'est frotté à Hollywood peut savoir quel parcours 
de Jedi c'est que de mener à bien un film sans basculer dans le côté 
obscur de la force et du compromis ! Luke/Lucas, c'est le personnage, à 
la fin de Star Wars qui éteint l'ordinateur avant de lancer le missile. 
Hollywood, c'est un monde de machines, une dictature de l'idée unique 
qui ne peut tolérer le particularisme...
Ce thème Hollywood/Auteur est encore présent dans cette première partie 
de la nouvelle trilogie, notamment dans l'univers mis en place. On 
retrouve ainsi trois planètes, très différentes les unes des autres.
- Naboo, cité d'eau, une planète très belle, avec une architecture très 
stylisée, des costumes d'un goût très fin, évoquant sans conteste, 
l'Italie et derrière elle, la culture, le monde civilisé.
- Coruscant, cité de l'air, rappelant Blade Runner et sa pâle copie 
Cinquième élément, très peuplée, très moderne, mais un peu étouffante. 
C'est là que se trouvent les institutions politiques de la République.
- Tatooine, cité de sable où l'architecture se réduit à des cases, où 
règne l'esclavagisme, le brigandage, où se trouve le pire des voleurs, 
mais aussi où se trouve l'espoir (Anakin). Elle symbolise le peuple dans 
sa diversité, sa mulplicité.
L'axe dramatique du film raconte comment la Fédération du 
Commerce/Hollywood veut s'emparer de Naboo/Artiste, lui imposer sa 
manière de voir, et pouvoir ainsi renverser Coruscant/Pouvoir. Oui, le 
film est politique, car le cinéma est avant tout une arme politique. En 
changeant les images du monde, on peut effectivement changer le monde...

Reste l'aspect visuel du film. George Lucas veut que cette trilogie 
puisse précéder l'ancienne et que l'on puisse voir les 6 films à la 
suite, et que le tout soit homogène. Il est donc obligé d'avoir une mise 
en scène cohérente. On retrouve, ainsi, des effets peut-être dépassés 
mais nécessaires pour cette cohérence : les volets, les fondus et cette 
narration en parallèle. Les cadres, le découpage sont eux aussi très 
classiques. Trop ? Sans doute pas. Ce classicisme permet de faire avaler 
tout un pan moins classique : ce qu'il y a à l'intérieur des plans.
Les effets speciaux sont tout bonnement magnifiques. Jamais tape à 
l'oeil, mais toujours esclaves de l'histoire, ou de l'univers développé. 
Le mot que l'on a à la bouche en sortant du film, c'est « Beau ». On est 
clairement du côté du beau, du généreux. « J'ai dépensé sans compter » 
disait Hammond dans Jurassic Park, autre film sur Hollywood. C'est la 
même chose ici. Lucas est un homme de spectacle, il sait et aime offrir 
du spectaculaire et on le remercie pour ça.
Quant la révolution technique qu'annonçait Lucas, elle est en marche 
mais invisible. Il s'agit du numérique. Une scène a été tournée en 
numérique, cachée (pour montrer que le numérique était aussi performant 
que l'argentique) et enfin révélée. Il s'agit du moment où Liam Neeson 
envoie le relevé du sang d'Anakin à ObiWan.
Alors ? Star Wars: Episode I pur héritier de la première trilogie ? Oui, 
mais à condition de lui offrir le bénéfice du temps. Star Wars: Episode 
I , un grand film ? Oui, mais à condition de regarder un peu plus loin 
que le bout de son nez.

LIENS
Scénario : 
http://home.online.no/~bhundlan/scripts/Star-Wars-Episode-I.txt 
(Shooting Script)
Site officiel : http:www.starwars.com (US)

Critique écrite par Dumbledore, et publiée sur le site http://dvdtoile.com

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