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[AVIS] Monster Inc. (2002)


  • Subject: [AVIS] Monster Inc. (2002)
  • From: Kartoch <KartochNOSPAM@wanadoo.fr>
  • Date: 01 Apr 2002 19:50:03 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Wanadoo, l'internet avec France Telecom
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: news.free.fr fr.rec.cinema.discussion:147862 fr.rec.cinema.selection:679

Zut, je voulais faire un avis sur le superbe "Gosford Park" de Robert
Altman mais une charogne m'a précédé. Tant pis, voyons voir.... il reste
bien celui-là...

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Après le monde des jouets de Toy Story et l'insectarium Bug'slife, Pixar
présente sa dernière production : Monster Inc.

Dans un monde parallèle se trouve une ville peuplée de monstres
bizarroïdes de formes variées (gélatineux, poilus, transparents...).
L'énergie électrique de cette cité est générée par les cris de terreur
des enfants de notre bonne vieille terre. Pour cette opération, des
connexions vers le monde terrestre sont ouvertes. Ce sont des portes
dimensionnelles reliées aux placards des chambres d'enfants. Il suffit
alors qu'un monstre d'élite se charge de jouer
l'horrible-bestiole-cachée-dans-le-placard pour récupérer les hurlements
du mioche apeuré. Sulli (grosse bébête à poils) et Mike (croisement
entre un globule et un cyclope) forment une équipe très efficace dans ce
rôle de créatures de cauchemar. Mais une nuit, une petite fille parvient
à rentrer dans le monde des monstres. Elle va engendrer une pagaille
dans la cité et la vie bien organisée des deux compères.

Techniquement, le savoir de Pixar s'affirme. Toujours avec un train
d'avance sur ses concurrents, ils réussissent encore à améliorer leurs
rendus avec quelques détails de plus sur les textures ou un peu plus
d'aisance dans le mouvement des personnages. La vraie nouveauté
graphique, c'est la gestion des poils et fourrures. Cet apport donne à
l'un des deux héros un relief sans pareil. Il faut voir son pelage
s'animer sous le vent ou onduler avec ses déplacements.

Les progrès sont aussi visibles au niveau de l'humanisation des
bestioles de synthèse. Une scène est vraiment révélatrice de la nouvelle
capacité de ces héros virtuels d'obtenir de nouveaux faciès. Durant une
courte séquence, Sulli, le monstre bleu, montre son attitude terrifiante
de travail « bouh-je-suis-un-monstre ». La gamine quitte alors son
masque de poupon. Elle laisse tomber des larmes, effrayée par ce monstre
avec lequel elle s'était liée d'amitié. D'un coup, les rôles s'inversent
et les personnages révèlent un nouveau panel d'émotions.

Les scénaristes ont offert un film visible par un large public. L'un des
pivots est simple : l'inversion des rôles, la fillette passe du rôle de
victime à celui de tortionnaire plutôt amusé par ce monde. A l'opposé,
les monstres la fuient par peur d'une contamination biologique alors que
leur travail quotidien consiste à l'effrayer (finalement, c'est un film
sur la méconnaissance de l'autre, la peur primitive et instinctive entre
deux individus différents). A un premier degré on retrouve les
ingrédients classiques de ce genre de production: l'amitié naissante
entre ce gosse (baptisé « Bouh ») et Sulli, les différents retournements
de situation, des courses poursuites et tutti quanti. Quelques séquences
sont vraiment originales, comme celle à l'intérieur de l'entrepôt des
portes : une gigantesque poursuite alternant trains de portes et
raccourcis utilisant des portes menant aux chambres d'enfants.

Se trouve aussi un second degré permanent basé sur un humour décalé. Le
film recycle une collection incroyable de clichés. Avec de nombreux
clins d'oeil (E.T., X-Files, Matrix) mais aussi des références au
stéréotypes reçus sur l'industrie américaine (avec les meilleurs
employés du mois), la télévision (l'usine organisée comme un gigantesque
plateau) et aux différents visions sécuritaires de l'industrie de
l'énergie (les consignes de sécurités délirantes ou les employés
gouvernementaux chargés d'éviter l'intrusion d'enfants). Ironique
coïncidence, cette entreprise spécialisée dans les ressources
énergétiques et victime de troubles internes n'est pas sans rappeler le
scandale Enron. Par ailleurs, Le film se risque même dans un humour
non-sens, posant alors la question de l'héritage Tex Avrery. A ce
propos, le générique est une véritable référence aux dessins animés des
années 60 avec des traits brouillons et des perspectives exagérées. Ce
style est apparu dans les dessins animés de Hanna et Barbara lors de la
simplification des décors dans le but de réduire les coûts.

Ce genre de spectacle ravira les mioches. Ils seront étonnés de
découvrir la vie des monstres du placard qui les effrayent tant, les
voir aller au boulot avec leur gamelle à sandwichs. Peut-être que les
plus petits auront sûrement du mal à suivre le rythme soutenu mais se
consoleront à voir ces bébêtes en train de s'affoler sur l'écran. Vous
aurez même la surprise de découvrir que la majorité du public est
adulte. Ces parents ne se cachent plus pour aller voir ces
divertissements, laissant les gamins devant la télévision avec une boite
de croquettes pour qu'il se tienne tranquille et une jeune cousine pour
les surveiller.

Pour les petits détails, signalons le petit court hilarant juste avant
le film (une histoire d'oiseaux se disputant sur un fil électrique). De
plus, si vous êtes accompagné par des gamins anglophones, essayer de
choisir la VO. Les voix et les jeux de mots de Billy Crystal, John
Goodman et Steve Buscemi sont nettement meilleurs que les pitoyables
répliques de la version française.

Dans cette quête du réalisme, il est intéressant de constater que le
monde des monstres est artificiel (dans le sens où il est composé
d'objets basiques, simplifiés). Pour Pixar, l'harmonie et l'homogénéité
de leurs petits mondes sont plus importantes que le souci du détail. Ils
conservent une imagerie bien particulière, là où d'autres essayent de
créer un univers de fantaisie en conservant une image plus proche de la
réalité (Shreck par Dreamwork). Certes, on peut leur reprocher l'aspect
plastique (comparé au pétard mouillé Final Fantasy par exemple). Mais
depuis le début, Pixar s'intéresse à des micro-univers de toutes sortes
(animal, jouets). La liberté qu'offre un monde créé par eux-mêmes semble
bien plus stimulante que courir derrière la perfection humaine.

Même sous la tutelle de la souris Disney, il est plaisant de voir que
Pixar conserve sa touche farfelue. D'ailleurs, cet état d'esprit est
partagé par les autres producteurs de pixels (Dreamwork avec Shrek par
exemple). Ces nouveaux mondes virtuels cinématographiques semblent être
destinés à la dérision, à l'humour et à une forme d'aventure
désacralisée (exception faite de Final Fantasy, plombé par son héritage
du jeu vidéo). Cette tendance contraste avec le sérieux obstiné et
éducoloré du dessin animé. En effet, ce genre semble se prendre trop au
sérieux, ne serais qu'avec l'obstination de représenter surtout des
personnages humains (Atlantide pour Disney, le prince d'Egypte ou la
route d'eldorado pour Dreamwork). Pour sa défense, le dessin animé
possède un héritage trop lourd : il conserve cette image de production
pour les enfants. Mais il y a quelques exceptions récentes qui
permettent d'espérer un renouveau du genre: Kuzco (Disney dopé à
l'hormone Tex Avery) ou le géant de fer. Ce dernier, passé injustement
inaperçu à sa sortie, est une merveille de cinéma pour toutes les
générations : une histoire d'amitié entre un robot géant et un jeune
garçon sous fond d'allusion à la guerre froide, la menace atomique et
bardé de références à la science-fiction des année 50.

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