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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Monster Inc. (2002)
Zut, je voulais faire un avis sur le superbe "Gosford Park" de Robert Altman mais une charogne m'a précédé. Tant pis, voyons voir.... il reste bien celui-là... ------------------------------------------------------------------------ Après le monde des jouets de Toy Story et l'insectarium Bug'slife, Pixar présente sa dernière production : Monster Inc. Dans un monde parallèle se trouve une ville peuplée de monstres bizarroïdes de formes variées (gélatineux, poilus, transparents...). L'énergie électrique de cette cité est générée par les cris de terreur des enfants de notre bonne vieille terre. Pour cette opération, des connexions vers le monde terrestre sont ouvertes. Ce sont des portes dimensionnelles reliées aux placards des chambres d'enfants. Il suffit alors qu'un monstre d'élite se charge de jouer l'horrible-bestiole-cachée-dans-le-placard pour récupérer les hurlements du mioche apeuré. Sulli (grosse bébête à poils) et Mike (croisement entre un globule et un cyclope) forment une équipe très efficace dans ce rôle de créatures de cauchemar. Mais une nuit, une petite fille parvient à rentrer dans le monde des monstres. Elle va engendrer une pagaille dans la cité et la vie bien organisée des deux compères. Techniquement, le savoir de Pixar s'affirme. Toujours avec un train d'avance sur ses concurrents, ils réussissent encore à améliorer leurs rendus avec quelques détails de plus sur les textures ou un peu plus d'aisance dans le mouvement des personnages. La vraie nouveauté graphique, c'est la gestion des poils et fourrures. Cet apport donne à l'un des deux héros un relief sans pareil. Il faut voir son pelage s'animer sous le vent ou onduler avec ses déplacements. Les progrès sont aussi visibles au niveau de l'humanisation des bestioles de synthèse. Une scène est vraiment révélatrice de la nouvelle capacité de ces héros virtuels d'obtenir de nouveaux faciès. Durant une courte séquence, Sulli, le monstre bleu, montre son attitude terrifiante de travail « bouh-je-suis-un-monstre ». La gamine quitte alors son masque de poupon. Elle laisse tomber des larmes, effrayée par ce monstre avec lequel elle s'était liée d'amitié. D'un coup, les rôles s'inversent et les personnages révèlent un nouveau panel d'émotions. Les scénaristes ont offert un film visible par un large public. L'un des pivots est simple : l'inversion des rôles, la fillette passe du rôle de victime à celui de tortionnaire plutôt amusé par ce monde. A l'opposé, les monstres la fuient par peur d'une contamination biologique alors que leur travail quotidien consiste à l'effrayer (finalement, c'est un film sur la méconnaissance de l'autre, la peur primitive et instinctive entre deux individus différents). A un premier degré on retrouve les ingrédients classiques de ce genre de production: l'amitié naissante entre ce gosse (baptisé « Bouh ») et Sulli, les différents retournements de situation, des courses poursuites et tutti quanti. Quelques séquences sont vraiment originales, comme celle à l'intérieur de l'entrepôt des portes : une gigantesque poursuite alternant trains de portes et raccourcis utilisant des portes menant aux chambres d'enfants. Se trouve aussi un second degré permanent basé sur un humour décalé. Le film recycle une collection incroyable de clichés. Avec de nombreux clins d'oeil (E.T., X-Files, Matrix) mais aussi des références au stéréotypes reçus sur l'industrie américaine (avec les meilleurs employés du mois), la télévision (l'usine organisée comme un gigantesque plateau) et aux différents visions sécuritaires de l'industrie de l'énergie (les consignes de sécurités délirantes ou les employés gouvernementaux chargés d'éviter l'intrusion d'enfants). Ironique coïncidence, cette entreprise spécialisée dans les ressources énergétiques et victime de troubles internes n'est pas sans rappeler le scandale Enron. Par ailleurs, Le film se risque même dans un humour non-sens, posant alors la question de l'héritage Tex Avrery. A ce propos, le générique est une véritable référence aux dessins animés des années 60 avec des traits brouillons et des perspectives exagérées. Ce style est apparu dans les dessins animés de Hanna et Barbara lors de la simplification des décors dans le but de réduire les coûts. Ce genre de spectacle ravira les mioches. Ils seront étonnés de découvrir la vie des monstres du placard qui les effrayent tant, les voir aller au boulot avec leur gamelle à sandwichs. Peut-être que les plus petits auront sûrement du mal à suivre le rythme soutenu mais se consoleront à voir ces bébêtes en train de s'affoler sur l'écran. Vous aurez même la surprise de découvrir que la majorité du public est adulte. Ces parents ne se cachent plus pour aller voir ces divertissements, laissant les gamins devant la télévision avec une boite de croquettes pour qu'il se tienne tranquille et une jeune cousine pour les surveiller. Pour les petits détails, signalons le petit court hilarant juste avant le film (une histoire d'oiseaux se disputant sur un fil électrique). De plus, si vous êtes accompagné par des gamins anglophones, essayer de choisir la VO. Les voix et les jeux de mots de Billy Crystal, John Goodman et Steve Buscemi sont nettement meilleurs que les pitoyables répliques de la version française. Dans cette quête du réalisme, il est intéressant de constater que le monde des monstres est artificiel (dans le sens où il est composé d'objets basiques, simplifiés). Pour Pixar, l'harmonie et l'homogénéité de leurs petits mondes sont plus importantes que le souci du détail. Ils conservent une imagerie bien particulière, là où d'autres essayent de créer un univers de fantaisie en conservant une image plus proche de la réalité (Shreck par Dreamwork). Certes, on peut leur reprocher l'aspect plastique (comparé au pétard mouillé Final Fantasy par exemple). Mais depuis le début, Pixar s'intéresse à des micro-univers de toutes sortes (animal, jouets). La liberté qu'offre un monde créé par eux-mêmes semble bien plus stimulante que courir derrière la perfection humaine. Même sous la tutelle de la souris Disney, il est plaisant de voir que Pixar conserve sa touche farfelue. D'ailleurs, cet état d'esprit est partagé par les autres producteurs de pixels (Dreamwork avec Shrek par exemple). Ces nouveaux mondes virtuels cinématographiques semblent être destinés à la dérision, à l'humour et à une forme d'aventure désacralisée (exception faite de Final Fantasy, plombé par son héritage du jeu vidéo). Cette tendance contraste avec le sérieux obstiné et éducoloré du dessin animé. En effet, ce genre semble se prendre trop au sérieux, ne serais qu'avec l'obstination de représenter surtout des personnages humains (Atlantide pour Disney, le prince d'Egypte ou la route d'eldorado pour Dreamwork). Pour sa défense, le dessin animé possède un héritage trop lourd : il conserve cette image de production pour les enfants. Mais il y a quelques exceptions récentes qui permettent d'espérer un renouveau du genre: Kuzco (Disney dopé à l'hormone Tex Avery) ou le géant de fer. Ce dernier, passé injustement inaperçu à sa sortie, est une merveille de cinéma pour toutes les générations : une histoire d'amitié entre un robot géant et un jeune garçon sous fond d'allusion à la guerre froide, la menace atomique et bardé de références à la science-fiction des année 50. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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