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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] Lundi matin de Otar Iosseliani
Lundi matin Film français, italien (2001), réalisé par Otar Iosseliani. Durée : 2h 02mn. Avec Jacques Bidou, Anne Kravz-Tarnavsky, Narda Blanchet, Radslav Kinski, Dato Tarielashvili... L'histoire : Vincent, peintre du dimanche et soudeur dans une usine chimique du lundi au vendredi, rompt avec son quotidien et quitte femme et enfants le temps d'un voyage prétexte à la rencontre. Il commence par Venise, où un pickpocket lui dérobe son portefeuille... Avis : Dans "Lundi matin", Iosseliani s'empare du quotidien pour en montrer une suite fantasque et ludique dans sa mise en scène. Ainsi quand Vincent se réveille le lundi matin, il tombe de son lit pour enfiler ses sabots, s'installe nonchalamment devant son petit-déjeuner puis quitte sa maison et ôte ses sabots devant la portière de sa voiture et démarre. Le soir, en rentrant, il arrête sa voiture devant ses sabots. Il les enfile. Et rentre chez lui. Dans les trajets, un objet, un personnage, une idée se poursuit et justifie le découpage du film : outre les sabots, une cigarette s'éteint, un ouvrier se devine derrière les fumées d'usine, une cigarette se rallume, un voyant clignote, un interdit se révèle, puisqu' il est interdit de fumer, un autre se lève, un danger survient : c'est une fumée suspecte. Une journée est un parcours maniaque et non sans images surréalistes. Pourtant l'incongruité du quotidien n'est jamais coïncidence, sinon surprise pour le spectateur. Du rythme pittoresque Vincent ne voit que la monotonie. Et l'exposition d'une mécanique, dont les attributs de la modernité sont les effets les plus comiques, ne manque pas d'évoquer le cinéma de Jacques Tati, surtout Trafic (Iosseliani récupère aussi son facteur François et l'ambiance villageoise de Jour de Fête). A cette situation, l'aliénation de nos gestes à leurs habitudes, Vincent décide d'échapper. Sans révolte, il est d'une placidité touchante, et sans prévenir, il prend le train pour Venise et là attend la rencontre. Celle-ci tient à un doigt de whisky ou un énième verre de vin, l'échange n'est pas dans la parole (comme chez Tati, encore, le son ne se veut pas intelligible, mais signifiant pourtant, dans la survenue des mots et des sons) mais dans la sincérité du sourire et du geste, de la nécessité de ne pas faire d'un masque une autre habitude quotidienne. Ainsi, aussi loin de son village, Vincent rencontre son semblable mais découvre un autre quotidien, soudainement exotique et dont il s'amuse à relever ressemblances et contraires (le touriste confronte son moi à d'autres cultures, dans un jeu des comparaisons : "En France, on ne marche pas sur les châteaux de sable des enfants"). De cette opposition trompeuse des séquences françaises et italiennes, nous comprenons encore que les hommes ne vivent pas les moments mais que des moments font vivre des hommes, dans une mécanique universelle des comportements. L'exotisme des scènes n'est que dans le déplacement de l'observateur, non dans la réalité de celles-ci. Alors nous pouvons nous interroger sur la poésie de notre quotidien, celle que nous ne savons plus voir, faute d'habitudes et d'une impossible observation hors-champs de nos actes cadrés. Et du moment, il ne reste rien sitôt fané. De retour dans ses sabots, Vincent répond seulement à sa femme "que c'était comme un voyage". Pourtant, outre l'intense jubilation de l'instant spectateur, il reste de la découverte la sensation que "Lundi matin" n'est pas juste un film mais une formidable évocation de la connivence et des petits partages, ceux sans légende des dessins de Sempé, et qui justifient une amitié. Si la volonté d'échapper à sa propre aliénation quotidienne, par l'évocation d'un ailleurs idéalisé, n'est juste que dans la pensée du voyage, non dans son moment, pourtant, filmé par Iosseliani, le moment est un bonheur à voir. Et une oeuvre remarquable dans sa construction, sa dérision, sa poésie et ce qu'il en reste, paradoxalement, après coup . l'indécile (lundi soir) _______________________________________ "En tête à tête, en société, en public, ne jamais parler de cinéma. Jamais. C'est une faute de goût, une terrible faute de goût." Louis Skorecki Mais sur le net... : http://smartgroups.wanadoo.fr/groups/cinephile -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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