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[Avis] Lundi matin de Otar Iosseliani


  • Subject: [Avis] Lundi matin de Otar Iosseliani
  • From: "l'indécile" <indecile@wanadoo.fr>
  • Date: 26 Mar 2002 07:30:02 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
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Lundi matin
Film français, italien (2001), réalisé par Otar Iosseliani. Durée : 2h 02mn.
Avec Jacques Bidou, Anne Kravz-Tarnavsky, Narda Blanchet, Radslav Kinski,
Dato Tarielashvili...

L'histoire :
Vincent, peintre du dimanche et soudeur dans une usine chimique du lundi au
vendredi, rompt avec son quotidien et quitte femme et enfants le temps d'un
voyage prétexte à la rencontre. Il commence par Venise, où un pickpocket lui
dérobe son portefeuille...

Avis :

Dans "Lundi matin", Iosseliani s'empare du quotidien pour en montrer une
suite fantasque et ludique dans sa mise en scène. Ainsi quand Vincent se
réveille le lundi matin, il tombe de son lit pour enfiler ses sabots,
s'installe nonchalamment devant son petit-déjeuner puis quitte sa maison et
ôte ses sabots devant la portière de sa voiture et démarre. Le soir, en
rentrant, il arrête sa voiture devant ses sabots. Il les enfile. Et rentre
chez lui. Dans les trajets, un objet, un personnage, une idée se poursuit et
justifie le découpage du film : outre les sabots, une cigarette s'éteint, un
ouvrier se devine derrière les fumées d'usine, une cigarette se rallume, un
voyant clignote, un interdit se révèle, puisqu' il est interdit de fumer, un
autre se lève, un danger survient : c'est une fumée suspecte. Une journée
est un parcours maniaque et non sans images surréalistes.

Pourtant l'incongruité du quotidien n'est jamais coïncidence, sinon surprise
pour le spectateur. Du rythme pittoresque Vincent ne voit que la monotonie.
Et l'exposition d'une mécanique, dont les attributs de la modernité sont les
effets les plus comiques, ne manque pas d'évoquer le cinéma de Jacques Tati,
surtout Trafic (Iosseliani récupère aussi son facteur François et l'ambiance
villageoise de Jour de Fête). A cette situation, l'aliénation de nos gestes
à leurs habitudes, Vincent décide d'échapper. Sans révolte, il est d'une
placidité touchante, et sans prévenir, il prend le train pour Venise et là
attend la rencontre.
Celle-ci tient à un doigt de whisky ou un énième verre de vin, l'échange
n'est pas dans la parole (comme chez Tati, encore, le son ne se veut pas
intelligible, mais signifiant pourtant, dans la survenue des mots et des
sons) mais dans la sincérité du sourire et du geste, de la nécessité de ne
pas faire d'un masque une autre habitude quotidienne. Ainsi, aussi loin de
son village, Vincent rencontre son semblable mais découvre un autre
quotidien, soudainement exotique et dont il s'amuse à relever ressemblances
et contraires (le touriste confronte son moi à d'autres cultures, dans un
jeu des comparaisons : "En France, on ne marche pas sur les châteaux de
sable des enfants"). De cette opposition trompeuse des séquences françaises
et italiennes, nous comprenons encore que les hommes ne vivent pas les
moments mais que des moments font vivre des hommes, dans une mécanique
universelle des comportements. L'exotisme des scènes n'est que dans le
déplacement de l'observateur, non dans la réalité de celles-ci. Alors nous
pouvons nous interroger sur la poésie de notre quotidien, celle que nous ne
savons plus voir, faute d'habitudes et d'une impossible observation
hors-champs de nos actes cadrés.

Et du moment, il ne reste rien sitôt fané. De retour dans ses sabots,
Vincent répond seulement à sa femme "que c'était comme un voyage". Pourtant,
outre l'intense jubilation de l'instant spectateur, il reste de la
découverte la sensation que "Lundi matin" n'est pas juste un film mais une
formidable évocation de la connivence et des petits partages, ceux sans
légende des dessins de Sempé, et qui justifient une amitié. Si la volonté
d'échapper à sa propre aliénation quotidienne, par l'évocation d'un ailleurs
idéalisé, n'est juste que dans la pensée du voyage, non dans son moment,
pourtant, filmé par Iosseliani, le moment est un bonheur à voir. Et une
oeuvre remarquable dans sa construction, sa dérision, sa poésie et ce qu'il
en reste, paradoxalement, après coup .

l'indécile (lundi soir)


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"En tête à tête, en société, en public, ne jamais parler de cinéma. Jamais.
C'est une faute de goût, une terrible faute de goût." Louis Skorecki
Mais sur le net... : http://smartgroups.wanadoo.fr/groups/cinephile

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