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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Lundi Matin, de Otar Iosselliani
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Après "Adieu Plancher des vaches", Otar Iosselliani continue de vouloir nous montrer que même si le bonheur n'existe pas, il faut faire de son mieux pour essayer de s'en approcher dès que l'on peut. Le fil de l'histoire est d'une simplicité rare : Vincent travaille dans une raffinerie à Lyon et s'ennuie profondément au sein de sa famille, méprisé par ses enfants et harcelé domestiquement par sa femme. Sa seule fuite du réel réside dans la peinture et le peu de temps où il a la paix pour peindre tranquille. Un matin, à la grille de l'usine, il décide de ne pas aller travailler et de partir en vadrouille, vadrouille qui le mènera à Venise. La mise en place de l'environnement familial et professionnel de Vincent puis de ses déambulations est l'occasion pour Iosselliani de faire défiler une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres au fil de nombreuses saynètes qui s'enchaînent dans un rythme paradoxalement soutenu et nonchalant. Le réalisateur lui-même s'est gardé l'interprétation du personnage le plus burlesque de tout le film, pianiste mythomane et mégalomane, aristocrate sur le retour oublié de tous au fond de sa demeure vénitienne. Sa confrontation avec Vincent donne lieu à une scène d'anthologie. Cependant, le film ne se limite pas à une galerie de portraits ; l'aliénation de l'homme au quotidien est montrée sous la lumière féroce de la dérision : les automatismes du réveil programmé, des transports en commun à prendre, de la dernière cigarette (telle celle du condamné ?) avant de commencer la journée à l'usine en sont les témoignages. Mais la poésie et l'espoir y ont toujours leur place, entre un sandwich partagé, une cigarette volée au règlement ou une fleur de métal offerte à une camarade... Contre cette aliénation, un remède possible est le départ vers l'inconnu. Cette notion de liberté est très présente dans une très belle scène, toute simple, où l'on voit Vincent, juste après avoir décidé de ne plus aller travailler, grimper sur une colline et faire la sieste, une cigarette à la bouche, tandis que se dessine en contrebas les cheminéessordides de la raffinerie. En un plan, tout est dit. Vincent ira à Venise où il pense la vie plus douce. Il croisera la route d'autres personnages loufoques mais finira par se rendre à l'évidence : l'aliénation y est la même et si ses éphémères compagnons trouvent le bonheur, c'est davantage le résultat d'une quête intérieure que la poursuite d'hypothétiques trésors cachés dans le lointain mystérieux. Finalement, Vincent reviendra en ayant compris que l'évasion et la liberté peuvent être cachées sous l'épais vernis de la médiocrité et du banal. Le propos de "Lundi matin" se situe dans la pleine continuité de "Adieu, plancher des vaches", la nostalgie en moins, avec parfois quelques longueurs, mais les épicuriens savent bien que le premier plaisir est de savourer le temps qui passe... Evan -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?eAVl0sEkkI> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://minilien.com/?Y1XQG35qgJ>
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