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[AVIS] Lundi Matin, de Otar Iosselliani


  • Subject: [AVIS] Lundi Matin, de Otar Iosselliani
  • From: Evan Lustaf <evan_lustaf@yahoo.fr>
  • Date: Thu, 21 Mar 2002 18:49:25 +0100
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <jlcq8uc281b24doeq4sl3o62b30abiak9r@4ax.com>
  • Xref: news.free.fr fr.rec.cinema.selection:673

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Après "Adieu Plancher des vaches", Otar Iosselliani continue de
vouloir nous montrer que même si le bonheur n'existe pas, il faut
faire de son mieux pour essayer de s'en approcher dès que l'on peut.
Le fil de l'histoire est d'une simplicité rare : Vincent travaille
dans une raffinerie à Lyon et s'ennuie profondément au sein de sa
famille, méprisé par ses enfants et harcelé domestiquement par sa
femme. Sa seule fuite du réel réside dans la peinture et le peu de
temps où il a la paix pour peindre tranquille. Un matin, à la grille
de l'usine, il décide de ne pas aller travailler et de partir en
vadrouille, vadrouille qui le mènera à Venise. 

La mise en place de l'environnement familial et professionnel de
Vincent puis de ses déambulations est l'occasion pour Iosselliani de
faire défiler une galerie de personnages tous plus loufoques les uns
que les autres au fil de nombreuses saynètes qui s'enchaînent dans un
rythme paradoxalement soutenu et nonchalant. Le réalisateur lui-même
s'est gardé l'interprétation du personnage le plus burlesque de tout
le film, pianiste mythomane et mégalomane, aristocrate sur le retour
oublié de tous au fond de sa demeure vénitienne. Sa confrontation avec
Vincent donne lieu à une scène d'anthologie.

Cependant, le film ne se limite pas à une galerie de portraits ;
l'aliénation de l'homme au quotidien est montrée sous la lumière
féroce de la dérision : les automatismes du réveil programmé, des
transports en commun à prendre, de la dernière cigarette (telle celle
du condamné ?) avant de commencer la journée à l'usine en sont les
témoignages. Mais la poésie et l'espoir y ont toujours leur place,
entre un sandwich partagé, une cigarette volée au règlement ou une
fleur de métal offerte à une camarade...

Contre cette aliénation, un remède possible est le départ vers
l'inconnu. Cette notion de liberté est très présente dans une très
belle scène, toute simple, où l'on voit Vincent, juste après avoir
décidé de ne plus aller travailler, grimper sur une colline et faire
la sieste, une cigarette à la bouche, tandis que se dessine en
contrebas les cheminéessordides de la raffinerie. En un plan, tout est
dit.

Vincent ira à Venise où il pense la vie plus douce. Il croisera la
route d'autres personnages loufoques mais finira par se rendre à
l'évidence : l'aliénation y est la même et si ses éphémères compagnons
trouvent le bonheur, c'est davantage le résultat d'une quête
intérieure que la poursuite d'hypothétiques trésors cachés dans le
lointain mystérieux. Finalement, Vincent reviendra en ayant compris
que l'évasion et la liberté peuvent être cachées sous l'épais vernis
de la médiocrité et du banal.

Le propos de "Lundi matin" se situe dans la pleine continuité de
"Adieu, plancher des vaches", la nostalgie en moins, avec parfois
quelques longueurs, mais les épicuriens savent bien que le premier
plaisir est de savourer le temps qui passe...

Evan

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