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-Amelie Poulain- : Ultimate Baroud From Beyond Space...


  • Subject: -Amelie Poulain- : Ultimate Baroud From Beyond Space...
  • From: "Juanitox" <juanitox@free.fr>
  • Date: 19 Feb 2002 16:20:01 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Guest of ProXad - France
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: news.free.fr fr.rec.cinema.discussion:143113 fr.rec.cinema.selection:655

Et voila.
Presque une année après la splendide et tonitruante affaire améliesque, l'
inévitable arrive évidemment, la Poulain envahit les chaumières tranquilles.
Et en même temps, comme tout bien orchestré par un plan marketing
extraterrestre, le film croule sous les prix, les nominations, et les
récompenses, octroyés par un peu tout les organismes de satisfecit
cinématographiques en tout genres, qui ne peuvent bien sur pas se retenir de
baiser servilement les pieds d'un public qui se sent du coup conforté et
légitimé dans ses goûts, par une "intelligentsia" internationale vendue, qui
n'est que le relais des marchands dont le message est simplement "C'est bien
public adoré, tu remets ça quand tu veux.".
Enfin bref, et donc, pour tout les coeur-de-pierres congelés et
méta-cérébraux (à peine représentés sur ce forum douillet qu'est frcd.) qui
avaient réussi (comme moi...) à éviter la honte d'être vu dans une salle ou
était projeté la chose, voilà une superbe occasion de s'en rendre
sournoisement compte pour de vrai, à l'abris bien planqué au fond de son
sofa perso à soi tout seul.
Pour ma part, j'ai donc chopé et ramené Amélie à la maison, et je me la suis
faite recta.
Je suis donc aujourd'hui irréprochable, car je peux (enfin) en causer en
pleine connaissance de cause, et la première chose qui m'apparaît, c'est que
quand j'en causais sans l'avoir vu, à l'époque, j'étais encore bien en deçà
de la réalité.
Quand on dit que certains films sont transparents.
Certains se plaindront, évidemment, que la plaie à peine cicatrisée et
encore sensible, voire purulente, il est particulièrement malvenue d'y
pisser dessus une citerne de super-avec-plomb suivit du briquet.
Mais bon, moi, quand j'ai gros-pipi, faut que ça sorte.

Néanmoins, et avant tout, pour tenter de rétablir un minimum de véracité,
juste un mot sur "l'affaire Kaganski".
Rappelons donc, si besoin est, que la fameuse polémique contre Amélie
Poulain n'avait pas exactement été initiée exclusivement par le fulmineux
Kaganski-lui-même et ses articles incendiaires, mais à la base-de-base par
deux zouaves de Libération dont j'ai oublié les noms (les archives de Libé
étant payantes, j'ai pas d'url à refiler.), qui quelques jours avant le
lynchage kaganskien, se sont fendu dans Libé, donc, d'un article (dans la
rubrique -Rebonds-, je crois.) ou ils s'en prenaient à la truelle, à une
prétendue cabale des élites intellectuelles contre -Amélie Poulain-, et
selon eux, le film n'aurait qu'un seul tort aux yeux de ces élites, c'est de
regarder le peuple, les classes populaires, avec empathies et espérance, d'
avoir un regard bon enfant compatissant et réconfortant.
Il faut savoir alors, qu'à l'époque (printemps 2001) de cet article
paranoïaque, et depuis que le film était sorti, celui-ci avait déjà fait un
paquet d'entrées (environ 4,5 millions), et avait bénéficié d'un nombre
faramineux d'articles de presse écrite, de reportages à la téloche, à la
radio, de couvertures de magazines, d'éloges quasiment unanimes partout et
ailleurs, bref, tout le monde s'était exclamé en qualifiant ce film de
chef-d'oeuvre de poésie, le voyant comme un film d'auteur qui relevait le
cinéma français à la fois artistiquement et commercialement, et le succès
aidant, la plupart des médias étaient revenus sur le film avec des articles
à la une, qui s'interrogeaient sur le succès (et qui aidaient aussi à vendre
le papier et la pub, toujours pris dans cet espèce de cercle vicieux de la
facilité mercantile : les médias parlent beaucoup d'un film qui est présenté
avant sa sortie comme un événement, comme un futur succès, et effectivement
le film a du succès, et du coup les médias en remettent une couche, et plus
un film a du succès, plus ils en rajoutent jusqu'à l'écoeurement, et c'est
alors l'overdose plan-médias, couplée avec un plébiscite public généralisé
irrationnel et monstrueux, dénué de tout discernement critique).
Et la dessus, donc, l'article des deux zouaves prenant la défense d'un film
qui n'avait pas été spécialement attaqué (à peine quelques grimaces isolées
ici ou la...), en jouant le sempiternel refrain contre d'éventuels
intellectualistes notoires empêcheur du peuple de rêver en rond, comme s'ils
avaient voulu raisonner par anticipation (quoique de la part de neuneux, c'
est plutôt improbable.), en pré-contrecarrant d'éventuelles attaques contre
le succès immaculé d'-Amélie Poulain-.
Le tort du père Kaganski est alors d'avoir succombé à l'élan hormonal
primaire et réactionnaire au sens propre, induit par l'évidente fatuité de
cette vraie-fausse défense paranoïaque.
En fait, Kaganski s'est soulagé en balançant un énorme troll éditorial, qui
comme tout bon troll, contenait emmêlés le vrai et l'estramassé, et dont il
faut faire soi-même le discernement, au risque sinon de s'emplafonner au
fond, ce que n'ont pas manqué de faire une majorité de ses lecteurs.
Qu'ils en soient remerciés.

Maintenant, à propos du film lui-même.
Sur le plan purement visuel, c'est un film qui relève de l'esthétique
publicitaire lisse-glacée, l'image est totalement contrôlée, parfaitement
figée, tout doit être vue sur l'écran de manière visible et évidente,
flagrante, explicite, il n'y a plus du tout de zone d'ombre, de hors-champs,
d'inconscient, de suggéré, de tout ces éléments induits qui font tout le
pouvoir spécifique d'une évocation cinématographique réussie, puissante, et
touchante.
Tout est exclusivement (dé)monstratif.
Le traitement des personnages est très simpliste, ils n'ont aucune épaisseur
ni complexité, et sont tous réductibles à un ou deux traits de caractère,
les relations entre eux sont tout à fait schématiques et mécaniques, et
derrière tout ça, se construit une espèce de représentation idéalisée d'un
communauté française totalement nettoyée, expurgé de tout ce qui peut
égratigner, accrocher.
Jeunet fait tout pour que l'on sache quoi penser des personnages
immédiatement, dans l'instant ou ils apparaissent, puis n'évoluent plus
après.
Aucune ambiguïté, le mode d'emploi est affiché, on est rassuré, on peut donc
se gausser tranquillement des mésaventures "méritées" de l'épicer vachard Co
lignon.
De plus, les personnages sont présentés par une voix-off assez suave et
enjôleuse, donc séduisante, et surtout au travers de ces petites manies
ponctuelles qui n'auront aucune importance ni signifiance plus tard dans le
film, et qui n'ont ici pour fonction que de schématiser les personnages.
Jeunet les définit par leurs manies, leurs tics, et surtout pas par une
psychologie même pas ébauchée.
On est en plein dans l'icônisation réductrice et simpliste, dans une
francité idéalisée et aseptisée, bref dans un populisme culturel des plus
rudimentaires.
Le film est d'autant plus bancal qu'il s'inscrit volontairement dans une
contemporaneité explicite, mais donne à contrario une image de Montmartre
complètement rétro et passéiste, flirtant avec l'imagerie des Prevert-Carné,
qui était valable à leur époque parce qu'alors contemporaine, mais qui
aujourd'hui est totalement obsolète.
Certes, le film part tambour battant, et ce qui saute aux yeux d'entré, c'
est la profusion des détails, qui ne font pas sens de part leurs nombres,
mais qui produisent de fait et néanmoins, une richesse picturale
difficilement contestable.
Mais ensuite, le rythme baisse quelque peu, et le déroulement devient vite
longuet et systématique.
Tout le film va ensuite se construire sur ces petits riens de la vie
quotidienne des personnages, sans qu'à aucun moment Jeunet ne prenne du
recul pour faire un commentaire sur son sujet, conceptualise un minimum les
choses.
Il n'y a pas de pensée un tantinet analytique qui commande tous ça et
prendrait de la perspective.
Jeunet aurait très bien pu partir de la, de cet attention aux détails
multiples de la vie, pour ensuite s'élever vers un discours plus sophistiqué
sur la teneur de l'existence quotidienne, par exemple, sans pour autant
délaisser son histoire ce base.
Amélie est en fait un film de pure connivence gratuite avec le spectateur,
car Jeunet, en bon publiciste, montre des choses qui correspondent aux plus
petits dénominateurs communs qui rassemblent les gens, sur des petits riens
qu'on vit tous tout les jours et dans lesquels n'importe qui peut se
reconnaître.
C'est la une manière bien trop facile et putassière de conquérir l'adhésion
générale du public, en le draguant par ces élémentaires détails triviaux de
la vie quotidienne, ces "valeurs" communes qui n'en sont pas.
Par exemple, les insupportables regards-caméra d'Amélie qui racolent les
spectateur odieusement...
Car cette connivence, c'est l'essence même de la télévision, c'est l'entrée
en interaction de certains personnages qui sont sur le plateau télé, avec le
téléspectateur, et ce contre d'autres personnages qui sont aussi, mais
ailleurs, sur le plateau télé.
C'est la exactement le principe fondateur du fonctionnement de la pub, qui
vise à créer une complicité entre le produit présenté et le téléspectateur
en vue de susciter l'achat, et d'ostraciser les benêts qui n'auront pas le
produit.
Et le film de Jeunet, c'est aussi exactement ça : on est en connivence avec
Amélie et les gentils, contre les méchants, les bouc-émissaires, et on
achète automatiquement les "valeurs" prônées par l'héroïne.
Car on voit toujours les personnages sortir de l'écran et dire au public "Z'
avez vu comme il est laid et pas beau ?!.", "Il mérite ce qui va lui
arriver, hein, il le mérite, z'êtes d'accord, hein ?!!.".
Tout ça fonctionne complètement sur le mode du bizutage, comme la scène ou
Amélie va foutre le bordel dans l'appartement du méchant, elle fait juste
avant un regard-caméra vers le public, comme pour dire "Attention cher amis,
on va se venger, et vous êtes avec moi dans cette vengeance, hein ?!.".
On a donc la, l'exacte définition par l'exemple, de la démagogie
cinématographique.
Amélie véhicule de manière simpliste et schématique, une espèce d'idée de la
générosité et de l'altruisme complètement factices et artificiels, réduits à
l'état de slogan standard de la vulgat catho basique (aimez vous les uns les
autres et tout ira bien.), et qui dit en gros que pour les classes
populaires (public majoritaire du film.) ça irait mieux si on faisait un peu
plus attention à son voisin de palier, si on communiquait un peu plus avec
sa buraliste, et blabla.
Bref, Amélie est un film qui est totalement confiné, son discours est
stérile, ses personnages ne respirent absolument pas, ce ne sont que des
caricatures de pubs, des icônes archétypés réutilisés tels quels par rapport
à l'univers télévisuel d'ou Jeunet les a pris (Djamel, les Deschiens.).
Il a ratissé large à la téloche et dans la pub, tout ce qu'il savait être
parlant et (re)connu par le public, parce que justement c'est le monde dans
lequel on vit.

Le problème, maintenant, est donc pourquoi y a-t-il eu tant de gens qui
sortaient du film en se disant réconciliées avec la vie, le bonheur, tout ça
?!.
Mais si on regarde bien, on s'aperçoit que ces réactions d'adorations du
grand public qui a aimé le film et en est sorti porté par l'euphorie, sont
carrément d'ordre sectaire, car c'est un film qui VEND la pilule du bonheur
(méthode pub.), qui fait que les gens sortent du film en se disant
réconciliés avec la vie, avec le bonheur, mais en fait, ils ne sont
réconciliés qu'avec eux même, ayant enfin trouvé une certaine idée du cinéma
qui coïncide parfaitement (et pour cause.) avec le principal vecteur
médiatique devenu référentiel aujourd'hui, et qui abreuve les foules et les
formate, à savoir la publicité.
Le langage publicitaire est aujourd'hui complètement admis, culturellement
intégré dans le flot médiatique, et quand un film parle ce même langage, il
est immédiatement compris, assimilé, et apprécié.
Le bonheur, l'altruisme, la charité, ne sont pas ici montrés comme des
valeurs humaines, mais vendus comme des produits.
On est euphorique, ça fait plaisir, c'est pas une leçon, c'est pas un mode d
'emploi "pour les nuls" du bonheur.
Le même mécanisme publicitaire identificatoire poussait les jeunes garçons à
s'engager dans l'armée après Top-Gun, ou à se mettre aux arts martiaux après
un Bruce Lee.
-Amélie Poulain- est un de ces films de communions, qui en ce sens échappe
complètement à l'idée objective qu'on peu avoir du cinéma, ou le public va
communier dans une croyance totalement irrationnelle, portée par une vague
émotionnelle générée par des stimulus publicitaires conditionnés dans les
esprits depuis des années, et qui s'adresse à l'imaginaire dépressif des
gens, et qui de fait possède un grand pouvoir consolatoire qui va
tranquilliser et apaiser les gens par rapport au malaise profond et diffus
que produit le système libéraliste actuel dans les psychologies.
Le substrat d'Amélie est en fait un film profondément triste, dépressif, qui
va à la rencontre par les moyens techniques qu'il emploi, de ce malaise
intrinsèque et non-formulé que produit le genre de société
culturo-mercantile aliénante dans laquelle on baigne.
Les gens ne sont absolument pas intéressés par savoir comment est fait le
film, et pourquoi il leur plaît ou pas.
Ce qui les intéresse, c'est de sortir de la salle de ciné heureux, rassurés,
consolés.

Ceci dit, il est clair que le procès de la critique sociale que l'on
pourrait faire au film (dixit Kaganski.), n'existe pas, car le film se place
de lui même dans sa boite à chaussure, et part dans ses petits rêves, et qu'
il n'y a pas de volonté de représentation du réel, mais juste une
reconstitution intime du Montmartre passé au karcher, à l'image d'un
Disney-Land, et en ce sens, ce film est tout à fait au diapason des autres
univers de Jeunet.
Ce film est donc fondamentalement kitsch, dans le sens du besoin de se
regarder soi et sa vie, dans le miroir du mensonge embellissant, et dans la
récupération du passé fantasmé comme toujours mieux.
C'est ce qui fait d'Amélie le premier film estampillé "vintage", c'est à
dire constitué exclusivement d'éléments récupérés et drainés de l'imagerie
collective publique, construite par les médias depuis trente ans, et
glorifiée ici à travers des techniques visuelles publicitaires extrêmement
efficaces (et pour ça, Jeunet à un talent indéniable.).

Maintenant, on peut très bien se contenter de sortir d'-Amélie Poulain- en
se disant que c'est un petit film sympa, et c'EST un petit film sympa, car
il a bien sur dans ce film (inutile de le nier.), pleins de moments qui sont
passablement réussis et bien réjouissants, Jeunet sait monter des scènes qui
embarquent le spectateur, et constituer son univers avec cohérence et
rigueur (même s'il est trop verdâtre.), et c'est justement la que la bas
blesse d'autant plus dramatiquement, car tout cela n'ouvre sur rien.
C'est la canonisation de la nostalgie-discount qui se referme sur elle même
et tient le spectateur douillettement bien au chaud dans son petit confort
passéiste rassurant.

-Amélie Poulain- c'est -Le Grand Bleu- des années 2000.
-Amélie Poulain- c'est l'anti -Rosetta-.


Jntx.



"Un cinéphile, c'est pas quelqu'un d'exceptionnel, c'est juste quelqu'un
pour qui le cinéma peut changer la vie."
Mon chat Stanley.
"L'écume anarchique des goûts et des dégoûts n'a d'autre sens que de dire
que toi et moi ne sommes pas la même personne."
Son pôte Orson.

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