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[AVIS] Ocean's Eleven (Steven Soderbergh - 2001)


  • Subject: [AVIS] Ocean's Eleven (Steven Soderbergh - 2001)
  • From: Zyrtox <de.zyrtox@ztx.invalid>
  • Date: 12 Feb 2002 22:20:01 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: La mienne
  • Reply-to: zyrtox@gattaca.org
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  • Xref: news.free.fr fr.rec.cinema.selection:650 fr.rec.cinema.discussion:142393

   OCEAN'S ELEVEN -+- http://french.imdb.com/Details?0240772
   De Steven Soderbergh. 2001. 1h56.
   Avec George Clooney (Danny Ocean), Brad Pitt (Rusty Ryan), Julia
   Roberts (Tess Ocean), Matt Damon (Linus Caldwell), Andy Garcia
   (Terry Benedict)...
   Scénario : George Clayton Johnson et Jack Golden Russell, d'après
   le même film des années 60.
   Photo : Steven Soderbergh. 


---
N.B. : Ces lignes contiennent peut-être quelques révélations et, à
ce titre, il serait peut-être souhaitable d'avoir vu le film avant
d'avoir lu tout cela, pour que la découverte de ce dernier se fasse
dans les meilleures conditions.
---


Il est quand même curieux ce Soderbergh. Après avoir alterné entre
le petit film, souvent très réussi mais aussi très méconnu (« Sexe,
mensonges et vidéo » ou « L'Anglais ») et la grosse Bertha
hollywoodienne, l'ami Steven semble trouver son bonheur dans cette
dernière voie, au mépris de la qualité cinématographique. Sa fine
équipe habituelle -- aussi bien technique qu'artistique (on retrouve
des têtes connues des films de Soderbergh, comme Julia Roberts ou
Don Cheadle) -- réunie autour de son grand ami Clooney, après avoir
eu chaud à la frontière mexicaine ou avoir défendu une pauvre femme
ayant des problèmes d'eau, trouve cette fois quelques appoints
auprès de grandes vedettes (comme Brad Pitt, Matt Damon ou Andy
Garcia) prêtes à certes encaisser peu, mais à avoir dans leur filmo
une « oeuvre » de Soderbergh, ce qui doit faire, par les temps qui
courent, très bien dans les mondanités américaines. Ainsi réunis nos
amis vont faire sauter le coffre-fort de non pas un, mais trois
casinos de Las Vegas. Ça sent un tant soit peu le déjà vu, non ?

Après un quart d'heure de film, les paupières sont très lourdes. Il
est extrêmement difficile de résister devant l'énorme ennui provoqué
par la préparation minutieuse du casse de nos amis les bandits, même
quand ils s'appelent George Clooney ou Brad Pitt. Et le pire, c'est
qu'on comprend parfaitement tout ce qui se passe, alors que dans ce
genre de films, d'habitude, on se fait toujours enfler au début,
parce que la mise en scène nous met devant des situations qu'on est
heureux de voir mises en pratique un peu plus tard, exactement
comme elles étaient prévues, d'ailleurs. Mais là, pas du tout.
C'est du beau bateau. Le frêle esquif est mené de main de maître par
Captain Soderbergh, pas en reste lorsqu'il s'agit de mettre en scène
une grosse machine comme celle-ci. Il nous présente un à un les dix
complices de « Ocean » Clooney. Évidemment, ils ont tous le physique
de l'emploi, cela va sans dire. L'un est recruté pour son côté Bruce
Lee des coffres-forts, un autre pour sa tête de génie de
l'informatique ou encore un autre pour son côté savant fou. Ah oui,
pour être original, ça l'est. On ne peut pas dire que Soderbergh se
soit cassé la tête pour trouver ses personnages, si tant est qu'il
ait pris quelques libertés avec le film qu'il a tenté d'adapter.

Et puis, quand vient l'heure de l'attaque, qu'on ne voit finalement
plus très bien arriver étant donné l'extrême lenteur des
préparatifs, le film s'emballe quelque peu. J'en veux pour preuve
qu'à ce moment précis, ma léthargie s'est presque terminée et qu'il
m'a été possible d'ouvrir les deux yeux. Et ce en même temps, sans
qu'ils se relaient. Vaste performance. Et là, les méchants
deviennent gentils pour le spectateur plein de vice qui veut que les
mécréants s'emparent du magot, et bien sûr, c'est le patron du
casino, qui aimerait bien qu'on ne lui pique pas tout son pognon, ce
qui semble légitime, qui passe pour le grand méchant, qui plus est
au coeur de pierre. T'es vraiment injuste Steven, sur ce coup-là.

Truffé de quelques gags ma foi pas si mauvais à côté du reste du
film, le plan, dont on a pourtant bien évidemment montré toutes les
difficultés en début de film, se déroule à merveille, ce qui
constitue une surprise de taille pour une oeuvre de ce genre. Mieux,
à la fin, les bandits roulent tout le monde dans la farine, grâce à
une inventivité tout droit sortie des séries américaines. C'est dire
le niveau. Et même si je trahis le secret du film pour certains
spectateurs, le grand méchant Clooney, en sortant de prison pour la
énième fois, réussit à reconquérir Julia Roberts, pourtant pleine
aux as car épouse du propriétaire des casinos sus-nommé. Comme c'est
étonnant. Comme c'est touchant. Comme c'est emmerdant.

En fait, le même film monté avec des acteurs et un réalisateur
anonymes aurait finalement passé pour très bien fait. Parce que, ne
crachons pas dans ce qui nous est montré, on assiste à un spectacle
excellemment huilé, permettant de laisser sa cervelle au vestiaire
et qui arrive finalement de manière assez simple à ce qu'elle veut
nous faire voir, sans passer par des détours et jouant parfois
d'astuce. Cependant, il faut remplacer « des acteurs et un
réalisateur anonymes » par « Clooney, Roberts, Pitt et compagnie »
et surtout « Soderbergh ». Et c'est là qu'arrive le hiatus. On ne
cesse de nous rebattre les oreilles du grand talent de Steven
Soderbergh, soi-disant un des réalisateurs les plus doués de sa
génération. Dans les faits, que fait-il ? Des films avec de grandes
vedettes, sans aucun fond et créés pour faire fonctionner la grosse
économie hollywoodienne à plein régime. Il y a comme une tromperie
sur la marchandise. Autant le précédent « Traffic » montrait cela de
façon plus détournée, autant le message est ici très clair.

De deux choses l'une, finalement. Soit on arrête de prendre des
vessies pour des lanternes  et Soderbergh pour ce qu'il n'est pas,
et on le laisse faire ce qu'il fait ici (très bien, en somme). Soit
on lui évite de tomber dans cette spirale du produit de
consommation, dans laquelle il se complait depuis plusieurs films.
Mais, à ce moment-là, qu'on ne mélange pas tout. Il n'y a rien de
plus agaçant d'avoir bien voulu verser quelques deniers pour dans
les faits voir un produit totalement aseptisé, alors qu'on pensait
peut-être voir un peu plus intéressant.

David Epelbaum, alias Zyrtox.

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