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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Ocean's Eleven (Steven Soderbergh - 2001)
OCEAN'S ELEVEN -+- http://french.imdb.com/Details?0240772 De Steven Soderbergh. 2001. 1h56. Avec George Clooney (Danny Ocean), Brad Pitt (Rusty Ryan), Julia Roberts (Tess Ocean), Matt Damon (Linus Caldwell), Andy Garcia (Terry Benedict)... Scénario : George Clayton Johnson et Jack Golden Russell, d'après le même film des années 60. Photo : Steven Soderbergh. --- N.B. : Ces lignes contiennent peut-être quelques révélations et, à ce titre, il serait peut-être souhaitable d'avoir vu le film avant d'avoir lu tout cela, pour que la découverte de ce dernier se fasse dans les meilleures conditions. --- Il est quand même curieux ce Soderbergh. Après avoir alterné entre le petit film, souvent très réussi mais aussi très méconnu (« Sexe, mensonges et vidéo » ou « L'Anglais ») et la grosse Bertha hollywoodienne, l'ami Steven semble trouver son bonheur dans cette dernière voie, au mépris de la qualité cinématographique. Sa fine équipe habituelle -- aussi bien technique qu'artistique (on retrouve des têtes connues des films de Soderbergh, comme Julia Roberts ou Don Cheadle) -- réunie autour de son grand ami Clooney, après avoir eu chaud à la frontière mexicaine ou avoir défendu une pauvre femme ayant des problèmes d'eau, trouve cette fois quelques appoints auprès de grandes vedettes (comme Brad Pitt, Matt Damon ou Andy Garcia) prêtes à certes encaisser peu, mais à avoir dans leur filmo une « oeuvre » de Soderbergh, ce qui doit faire, par les temps qui courent, très bien dans les mondanités américaines. Ainsi réunis nos amis vont faire sauter le coffre-fort de non pas un, mais trois casinos de Las Vegas. Ça sent un tant soit peu le déjà vu, non ? Après un quart d'heure de film, les paupières sont très lourdes. Il est extrêmement difficile de résister devant l'énorme ennui provoqué par la préparation minutieuse du casse de nos amis les bandits, même quand ils s'appelent George Clooney ou Brad Pitt. Et le pire, c'est qu'on comprend parfaitement tout ce qui se passe, alors que dans ce genre de films, d'habitude, on se fait toujours enfler au début, parce que la mise en scène nous met devant des situations qu'on est heureux de voir mises en pratique un peu plus tard, exactement comme elles étaient prévues, d'ailleurs. Mais là, pas du tout. C'est du beau bateau. Le frêle esquif est mené de main de maître par Captain Soderbergh, pas en reste lorsqu'il s'agit de mettre en scène une grosse machine comme celle-ci. Il nous présente un à un les dix complices de « Ocean » Clooney. Évidemment, ils ont tous le physique de l'emploi, cela va sans dire. L'un est recruté pour son côté Bruce Lee des coffres-forts, un autre pour sa tête de génie de l'informatique ou encore un autre pour son côté savant fou. Ah oui, pour être original, ça l'est. On ne peut pas dire que Soderbergh se soit cassé la tête pour trouver ses personnages, si tant est qu'il ait pris quelques libertés avec le film qu'il a tenté d'adapter. Et puis, quand vient l'heure de l'attaque, qu'on ne voit finalement plus très bien arriver étant donné l'extrême lenteur des préparatifs, le film s'emballe quelque peu. J'en veux pour preuve qu'à ce moment précis, ma léthargie s'est presque terminée et qu'il m'a été possible d'ouvrir les deux yeux. Et ce en même temps, sans qu'ils se relaient. Vaste performance. Et là, les méchants deviennent gentils pour le spectateur plein de vice qui veut que les mécréants s'emparent du magot, et bien sûr, c'est le patron du casino, qui aimerait bien qu'on ne lui pique pas tout son pognon, ce qui semble légitime, qui passe pour le grand méchant, qui plus est au coeur de pierre. T'es vraiment injuste Steven, sur ce coup-là. Truffé de quelques gags ma foi pas si mauvais à côté du reste du film, le plan, dont on a pourtant bien évidemment montré toutes les difficultés en début de film, se déroule à merveille, ce qui constitue une surprise de taille pour une oeuvre de ce genre. Mieux, à la fin, les bandits roulent tout le monde dans la farine, grâce à une inventivité tout droit sortie des séries américaines. C'est dire le niveau. Et même si je trahis le secret du film pour certains spectateurs, le grand méchant Clooney, en sortant de prison pour la énième fois, réussit à reconquérir Julia Roberts, pourtant pleine aux as car épouse du propriétaire des casinos sus-nommé. Comme c'est étonnant. Comme c'est touchant. Comme c'est emmerdant. En fait, le même film monté avec des acteurs et un réalisateur anonymes aurait finalement passé pour très bien fait. Parce que, ne crachons pas dans ce qui nous est montré, on assiste à un spectacle excellemment huilé, permettant de laisser sa cervelle au vestiaire et qui arrive finalement de manière assez simple à ce qu'elle veut nous faire voir, sans passer par des détours et jouant parfois d'astuce. Cependant, il faut remplacer « des acteurs et un réalisateur anonymes » par « Clooney, Roberts, Pitt et compagnie » et surtout « Soderbergh ». Et c'est là qu'arrive le hiatus. On ne cesse de nous rebattre les oreilles du grand talent de Steven Soderbergh, soi-disant un des réalisateurs les plus doués de sa génération. Dans les faits, que fait-il ? Des films avec de grandes vedettes, sans aucun fond et créés pour faire fonctionner la grosse économie hollywoodienne à plein régime. Il y a comme une tromperie sur la marchandise. Autant le précédent « Traffic » montrait cela de façon plus détournée, autant le message est ici très clair. De deux choses l'une, finalement. Soit on arrête de prendre des vessies pour des lanternes et Soderbergh pour ce qu'il n'est pas, et on le laisse faire ce qu'il fait ici (très bien, en somme). Soit on lui évite de tomber dans cette spirale du produit de consommation, dans laquelle il se complait depuis plusieurs films. Mais, à ce moment-là, qu'on ne mélange pas tout. Il n'y a rien de plus agaçant d'avoir bien voulu verser quelques deniers pour dans les faits voir un produit totalement aseptisé, alors qu'on pensait peut-être voir un peu plus intéressant. David Epelbaum, alias Zyrtox. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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