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[AVIS] Rue des plaisirs (Patrice Leconte - 2002)


  • Subject: [AVIS] Rue des plaisirs (Patrice Leconte - 2002)
  • From: Pierre Guillemot <pierre.guillemot@wanadoo.fr>
  • Date: Mon, 11 Feb 2002 11:15:02 +0100
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <3C66C762.8040102@wanadoo.fr>
  • Xref: news.free.fr fr.rec.cinema.selection:649

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Vous savez, c'est le film avec Laetitia Casta, est-ce que c'est une
actrice, elle joue une pute dans un bordel, elle est passée chez Drucker
ce dimanche après-midi avec un herpès sur la lèvre supérieure à droite,
masqué par le rouge opaque, et elle est en couverture de TVhebdo, celui
qu'on a avec le Ouest-France du vendredi, en cheveux bruns coupés court,
à la garçonne comme disait ma grand-mère.

Moi je ne savais pas, alors quand j'ai vu annoncée une avant-première du
nouveau film de Patrice Leconte, avec Timsit en premier rôle, j'ai gardé
ma soirée pour ça.

C'est du Patrice Leconte, celui qui a fait "La fille sur le pont" en
compagnie de Frydman. On se demande s'il a voulu se moquer du monde avec
raffinement, ou seulement se faire plaisir en brodant l'imagination sur
le lieu commun (pas le souvenir ; en 1946, quand la loi Marthe Richard a
fermé les maisons, il venait juste d'être commencé par sa maman).

Ca se passe dans un temps qui a peut-être été, que les vieux nous ont
raconté. Où il y avait des locomotives à vapeur, des phonographes, des
billets de banque grands comme des serviettes, des postes de radio, et
des maisons closes pleines de grandes filles molles en sous-vêtements de
douce rayonne par-dessus des corsets qui interdisent de les caresser.

Le grand rôle, celui par qui nous voyons l'histoire, c'est Petit Louis
(Patrick Timsit). Né d'une fille du bordel où ça se passe, il y a passé
toute sa vie, à s'occuper d'elles, et à attendre celle qu'il rendra
heureuse. Un jour une nouvelle fille, Marion (Laetitia Casta). Il la
reconnaît, c'est Elle. Et c'est là que l'histoire vaut la peine de
suivre : il lui lace son corset, va lui acheter des gâteaux, la sort à
la campagne sur sa moto, cultive son rève de devenir chanteuse de
music-hall, là tout va bien. Et il lui cherche un homme. Là on décroche
un instant. Et puis on continue, tellement Leconte et Timsit savent
faire passer l'énormité. Et pas en s'envolant dans le loufoque comme "La
fille sur le pont". Tout reste très matériel à l'image. L'homme est un
petit malfrat récemment résistant (Vincent Elbaz) pas mieux équipé que
Marion pour survivre dans le monde normal. Quand la maison ferme, Petit
Louis les suit dans leur chambre d'hôtel, porte les valises, fait la
cuisine et dort dans le couloir. Il se passe plein de choses, les
méchants les poursuivent, elle va devenir chanteuse et un impresario lui
fera un contrat. Peu importe finalement. Elle sera heureuse et Petit
Louis continuera de la servir.

Ce qui est vexant, c'est qu'à la fin on ne sait pas qui est Petit Louis.
Est-il l'eunuque blanc du harem, dévoué et qui se sait impuissant, ou
bien un vieux gamin resté au service de ses mamans et de ses soeurs,
incapable d'agir pour lui-même, ou bien autre chose que je n'ai pas
compris. Les auteurs ne le diront pas.

Pour la mise en scène, Patrice Leconte s'est délecté à créer un monde
confabulé, un Paris Après-Guerre aussi réel que le Paris Belle-Epoque de
Moulin Rouge. L'histoire est racontée longtemps après par un choeur de
filles sur le trottoir par temps de pluie. Couleurs chaudes de
l'intérieur de la maison (celles de l'affiche), couleurs froides du
dehors après la fermeture du paradis terrestre.
L'image est toujours pleine à ras-bord, des visages innombrables, des
pièces trop petites saturées de choses et de gens. Une petite échappée
dans la verdure et l'eau claire pour signifier le retour au présent.

Et puis Laetita Casta.
Il faut bien parler de la top-modèle-qui-tourne-dans-des films. A tort.
Elle disparaît dans son rôle, et si on ne savait pas on penserait que
c'est une débutante avec de la présence. Elle en a, j'ai pensé à la
phrase de Simenon: "Elle avait une chair lourde, extrèmement féminine,
et involontairement on la voyait dans un lit" (un Maigret qui se passe à
Porquerolles, la compagne du faussaire, quelqu'un se rappellera le
titre). Dans ses photos elle est toujours opaque, la peau cachée par les
fards. Ici on voit vraiement son corps, c'est quelqu'un d'autre, ça vaut
la peine de la regarder. Note: c'est Patrice Leconte lui-même qui tenait
la caméra.


Rue des Plaisirs, de Patrice Leconte, scénario et dialogues de Serge
Frydman et Patrice Leconte, avec Patrice Timsit (Petit Louis), Laetitia
Casta (Marion), Vincent Elbaz (Dimitri), Catherine Mouchet, Isabelle
Spade, Bérangère Allaux (le choeur des filles). Tourné en décor de
studio (une usine désaffectée, dit la presse).

Scène dans un cinéma qui projette Panique, de Duvivier, Michel
Simon avec une barbe, film nouveau en 1946.

Ca sort mercredi prochain, 13 février.

http://us.imdb.com/Details?0275639

Le site Web http://www.ruedesplaisirs-lefilm.com/
pas mal agaçant, pas moyen de se débarasser des animations niaises,
ressemble plus à l'idée reçue qu'au film.

http://www.webdo.ch/tv8/tv8_cinema_article.asp?ID_critique=2170&ID_culture=1882
avec une phrase de Timsit qui éclaire son personnage:
"Je connais bien la situation que vit Petit Louis. J'ai eu des amours
secrètes. Il m'est arrivé d'aimer une femme sans jamais oser le lui
révéler. Avoir rendez-vous avec elle, discuter, l'entendre même évoquer
un amour qu'elle vivait ailleurs, cela me suffisait."

-- 
Les anges sont heureux de jouer leur musique devant le trône de Dieu.
Dieu est sourd. Mais il est bon, il ne leur a pas dit.

mailto:pierre.guillemot@wanadoo.fr

-- 
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