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[AVIS] BRAQUAGES, de David Mamet avec Gene Hackmann


  • Subject: [AVIS] BRAQUAGES, de David Mamet avec Gene Hackmann
  • From: kahn@ens.fr (Francois Kahn)
  • Date: 03 Feb 2002 00:05:02 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: La C.O.I.C.
  • Reply-to: francois.kahn@ens.fr
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: news.free.fr fr.rec.cinema.discussion:141163 fr.rec.cinema.selection:640

http://us.imdb.com/Details?0252503

Déception que le dernier David Mamet. Pour une fois qu'on avait l'occasion
de retrouver Gene Hackmann en vedette et pas dans un rôle de mêchant, sous
la houlette de David Mamet, qui avait bien réussi son coup sur Engrenages,
on pouvait avoir de l'espoir. Même pour un polar standard, on pouvait
s'attendre à un résultat intéressant.

Hélas... Après un début virtuose (un premier casse chez un bijoutier), on
retombe sur le thème classique du gangster qui veut tout raccrocher après un
dernier coup. Le problème est que Mamet ne donne aucune épaisseur à ses
personnages, la plupart n'occupant qu'une place décorative dans la mécanique
du scénario. On n'a plus besoin d'eux pour faire avancer l'action ? Alors,
on ne les voit plus à l'écran.

Reste Gene Hackmann et sa femme. Mais, pour ménager la surprise du prochain
tournant du scénario, Mamet les laisse avec une petite idée derrière la tête
et ils restent complètement opaques, virant en fait à une artificialité
vaine. Hackmann et sa femme ont un bateau, ils veulent raccrocher, point
barre. La noirceur potentielle de leur caractère, Mamet s'en tape
complètement.

Ce qui rêgne, c'est un scénario. Rien que le scénario. Pas les dialogues :
un simple récit avec des rebondissements. On se doute que quelqu'un manipule
quelqu'un d'autre ? On en a confirmation quinze fois au cours du film. À
force, le spectateur (j'aime parler de moi à la troisième personne, ça fait
très objectif) devine tout seul que le personnage qui semble s'être fait
arnaquer à l'instant avait prévu le coup et qu'il a lui même bâti une
entourloupe. Il anticipe donc le prochain rebondissement comme un grand.

Dans Engrenages et La Prisonnière espagnole (remake non avoué et très
inférieur du précédent), Mamet nous faisait le coup de la duperie une fois.
Dans Braquages, ce scénariste qui veut faire malin n'accouche que d'un Wild
Things (Sexcrimes) : une série de rebondissements bidon chacun étant dans le
précédent comme une poupée russe. On décroche très vite.

Le plus agaçant, c'est de voir ce qu'il aurait suffi de faire pour obtenir
un film plus honnête : supprimer trois ou quatre coups de théâtre bidon,
mieux caractériser les personnages et casser ainsi la pure mécanique du
scénario. Je me plais à imaginer ce qu'aurait pu donner le film si le
personnage d'Hackmann avait montré quelques accès de rage contenu et se
livrait à la paranoïa (cf Conversation secrète). Ou si l'enjeu du film
(des lingots d'or) avait été évacué plus vite.

L'interprétation est à moindre titre une déception. Hackmann, qui fait une
performance correcte, donne même l'impression d'être là pour payer ses
impôts. DeVito est inexistant, un simple second rôle.

Je viens de voir que le personnage du complice barbu était joué par un
magicien américain, Ricky Jay. Apparemment, il apparaît dans presque tous
les Mamet et je me souviens maintenant de lui dans le spot télé US pour le
dernier album de Dylan. Apparemment, c'est un prestidigitateur de première.
Chez Mamet, en tout cas, la magie ne prend pas. On voit qu'il y a un truc.
Et on fiche vite de savoir lequel.

-- 
François Kahn

-- 
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