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[AVIS] Mulholland Drive (David Lynch - 2001)


  • Subject: [AVIS] Mulholland Drive (David Lynch - 2001)
  • From: Zyrtox <de.zyrtox@ztx.invalid>
  • Date: Wed, 02 Jan 2002 18:51:56 +0100
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  MULHOLLAND DRIVE -+- http://french.imdb.com/Details?0166924
  De David Lynch. États-Unis. 2001. 2h26.
  Avec Naomi Watts (Betty Elms/Diane Selwyn), Laura Elena Harring
  (Rita/Camilla Rhodes), Justin Theroux (Adam Kesher), Ann Miller
  (Coco Lenoix).
  Scénario : David Lynch.
  Image : Peter Deming.
  Musique : Angelo Badalamenti.


---
N.B. : L'avis présenté en ces quelques lignes peut nuire à la bonne
découverte du film si vous n'avez pas vu celui-ci. De plus, il ne
prétend en aucun cas être une possible interprétation du film, mais
juste une critique de ce qu'il est intrinsèquement.
---


« Mulholland Drive. » Rien que le titre est énigmatique. Après un
« Une histoire vraie » assez bizarroïde et livré sous une forme très
brute, où un vieillard parcourait les États-Unis sur une tondeuse à
gazon (tout un programme, n'est-ce pas ?), l'ami Lynch, toujours
amateur de personnages forts, s'aventure cette fois dans la forme
travaillée et l'ambiance sulfureuse, et qui plus est en plein coeur
de la vie hollywoodienne pour justifier de tout cela.

Ça commence comme un bon film à suspense. On ne connaît pas trop le
contexte, mais on découvre les personnages les uns après les autres
dans une atmosphère étrange. Une pulpeuse brune latino, à qui il
semble être arrivé bien des misères, débarque blessée à Los Angeles
chez une femme d'une trentaine d'années, très propre sur elle mais
très curieuse à la fois de ce qui a pu arriver à l'autre venue se
réfugier chez elle et devenue amnésique entre temps.

Autour de ces deux jeunes femmes, centres de ce film à la dualité
développée sous de multiples angles, gravitent des dizaines de
personnages secondaires, aussi étranges les uns que les autres. On
dirait que personne n'est normal à Los Angeles. Des petites scènes
comiques émaillent le tout de façon souvent lourdaude mais rigolote,
mais tout cela est montré avec une suavité, une gravité et une
sensualité assez uniques. La lumière et l'image extrêmement précises
et travaillées, la musique s'immiscant toujours à bon escient nous
montrent encore une fois que Lynch est un metteur en scène, un
travailleur de la forme assez hors-du-commun.

Par contre, après les deux-tiers du film, alors que l'on se
dirigeait vers une intrigue somme toute assez banale, mais bien
servie par une forme alléchante et attirante, ce qui eût pu faire un
film fort réussi au final si Lynch avait continué dans cette voie,
tout s'effondre. D'un coup, d'un seul, on commence à partir dans le
n'importe quoi le plus complet. Les identités s'échangent, les
personnages sortent de leur contexte et réapparaissent -- souvent
astucieusement, d'ailleurs -- dans un autre, certains indices
disséminés auparavant çà et là ressurgissent de plus belle, et nous,
spectateurs, nous demandons bien ce qu'on a pu bien faire pour que
soient développées sous nos yeux ébahis et assez surpris des
complications pareilles à une intrigue, jusque là somme toute assez
simple à suivre.

Que Lynch ait voulu donner une certaine dimension quelque part
métaphysique, je n'en doute pas. Mais s'il avait voulu davantage
brouiller les cartes, et aussi l'esprit de son spectateur, il
n'aurait guère pu faire autrement. Il enchaîne à l'envi des scènes
gratuites, perturbatrices de par leur contenu soit déstabilisant
soit outrancier, pour à la fin étayer une thèse qu'il ne prend même
pas la peine d'expliciter.

Il ne me semble certes pas anormal qu'il puisse exister des films
sans rationnalité, sans véritable base logique, et ce n'est pas pour
me déplaire. J'ai cependant la sensation qu'après une heure et demie
de film, Lynch se fout légèrement de mon cortex. Lorsque l'on
s'amuse à embarquer le spectateur dans des dédales lointains et
semés d'embûches, il est souhaitable qu'on se soit à l'avance assuré
de retomber sur ces pieds. Or il est clair que pour « Mulholland
Drive », c'est loin d'être le cas. Il s'aventure, il montre, il semble
vouloir laisser planer un certain mystère sur le fond même de son
récit, mais il se voile la face. Les scènes de cul, dont une
(individuelle, si j'ose dire) particulièrement racoleuse, commencent
à s'amonceler à la fin, là où le film devient réellement un
maelström indéfinissable.

Que d'aucuns veuillent laisser croire qu'ils ont adoré le film ne
paraît en soi pas franchement surprenant. Que le film s'attache à ne
laisser que des interprétations ouvertes à son spectateur peut
semble d'un intérêt certain. Cependant, vu la façon dont le sujet
est traité, le côté provocateur de la fin, qui fait devenir le
spectateur un objet passif, puisque chaque retournement est un coup
de plus pour sa petite tête qui n'avait déjà pas bien eu le temps
d'assimiler la situation depuis le précédent bouleversement, ne lui
laisse pas cette chance de pouvoir sentir le film comme il l'entend.
Pire, c'est sûrement s'être fait prendre par le film que de vouloir
l'interpréter.

Que Lynch ait eu une idée derrière la tête en écrivant « Mulholland
Drive » semble de toute manière indéniable. Le seul problème est
qu'il ne laisse pas même la première clé menant à sa pensée à son
spectateur, qui lui est assujetti à encaisser les faits et qui doit
de toute manière s'en contenter. Certes, il peut faire fonctionner
son imagination. Mais où cela le mènera-t-il de façon viable et
constructive ?

Pour finir sur une note optimiste, il est certain que l'on prend un
plaisir certain à suivre « Mulholland Drive » qui reste formellement
superbe. Il est cependant également certain que de dire aveuglément
qu'on a adoré le film est une incroyable ineptie, tant son fond
paraît complexe à maîtriser. Chacun est libre d'en penser ce qu'il
en veut, mais je n'ai pour ma part pas franchement envie d'en penser
grand chose.

-- 
David Epelbaum, alias Zyrtox.
http://www.autrecinema.org