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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] "Tosca" (Benoit Jacquot, 2001)
"Tosca" (Benoît Jacquot, 2001)
Adapter un opéra au cinéma n'est pas chose facile. Il s'agit de
trouver les images qui accompagneront une bande-son pré-existante
qui a été créée pour un autre contexte de représentation.
A l'opéra, la présence physique des chanteurs instaure un lien
charnel avec le public que des ombres sur l'écran plat d'une salle de
cinéma ne permet pas. Jacquot filme donc ses chanteurs
en gros plan afin de recréer une intimité entre eux et le spectateur.
Il transpose habilement la clôture spatiale de la scène de l'opéra en
supprimant littéralement tout arrière-plan. A quelques mètres derrière
les personnages règne l'obscurité la plus totale.
Ainsi, on pourra les voir entrer sur scène non pas en pénétrant
par un bord du cadre de l'image mais en surgissant du fond non éclairé
de l'image. Les décors démesurés aux couleurs vives conservent
la nécessaire artificialité des éléments concrets du monde représenté.
Ils participent adéquatement à la sublimation sensorielle
de la réalité qu'implique un contexte où les paroles sont chantées.
Les principes de mise en scène sont donc intelligents
et permettent à cette adaptation de fonctionner la plupart du temps.
Le seul problème occasionnel mais fondamental survient lors de
certaines envolées lyriques : les gros plans donnant une impression
de grande proximité physique, on ressent paradoxalement une certaine
gêne que le volume sonore reste supportable, comme si les voix
venaient de loin.
Par ailleurs, Jacquot complexifie son dispositif en introduisant de
courtes séquences extradiégétiques dans la narration.
On peut regretter certaines séquences de paysages extérieurs
surtout lorsqu'elles coupent certaines scènes en plein milieu.
Lorsqu'un protagoniste apparaît la première fois, il est d'abord vu
devant un micro dans le studio d'enregistrement où l'orchestre joue.
Dans ce cas-ci, le retrait momentané de la fiction, au lieu
d'amoindrir sa force, la ressource : l'explicitation du mécanisme du
film rappelle au spectateur les conventions qu'il doit accepter pour
croire à ce qui lui est montré et l'incite à s'y réinvestir
activement.
Sans évidemment équivaloir la force d'un opéra dans sa représentation
normale, la transposition de Jacquot parvient à recréer une intensité
émotionnelle mieux qu'aucune autre tentative n'avait su le faire
jusqu'à présent.
Nicolas.
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