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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis][Spoilers]The Barber : The Man Who Wasn't There
The Barber : The Man Who Wasn't There
Etats-Unis. Durée: 1h56. Noir et blanc.
Date de sortie: 07/11/2001
Réalisé par Joel Coen Avec Billy Bob Thornton, Frances McDormand,
Michael Badalucco, James Gandolfini, Katherine Borowitz, Jon Polito
[Résumé]
Ed Crane est coiffeur dans une petite ville américaine, et peu fier de
l'être. Un client de passage à la recherche de 10000 $ pour lancer une
affaire de nettoyage à sec le fait réver d'un changement de vie.
Utilisant l'indidélidé de sa femme pour un petit chantage, il se
procure l'argent. Mais rien ne se passe comme prévu...
[Commentaires, contenant des Spoilers]
C'est clair que c'est un film noir, catégorie "trajectoire d'un
loser". Femme infidèle et vie ratée, arnaque foireuse, coups du
destin, procès, l'intrigue générale semble d'un classicisme parfait.
Le choix du noir et blanc, l'ancrage dans une Amérique mythique des
années 50, la voix off "à la Bogart", sont des hommages aux plus
grands films noirs. Mais c'est aussi un film des frères Coen, et tous
ces clichés sont plus ou moins distordus, l'intrigue dérape à maintes
reprises dans des voies inattendues, un humour à froid surgit là où on
ne l'attend pas, pour produire un film qui navigue constament entre
plusieurs eaux, et réussit à échapper au "film de genre", pour entrer
dans l'univers Coen.
Un univers où "plus on regarde, moins on comprend". Et Dieu sait que
Ed passe son temps à regarder le monde ! Billy Bob Thornton accomplit
une performance mémorable, en homme passif, comme usé au-delà du
désespoir par la solitude (il est marié, mais la plus grande intimité
semble être de raser les jambes de sa femme), un fantôme dès le
départ, contemplant les cheveux de ses clients (qui continuent de
pousser après la mort), les passants dans la rue (dont la frénésie ne
semble pas moins absurde que celle de ces cheveux post mortem), les
joies d'une fête (où il est celui qui fume debout seul dans un coin).
Il regarde le monde, mais il ne le comprend pas. Ou il refuse de le
comprendre. Mais qu'y a-t-il à voir ?
L'Héroisme ? Un mensonge (Big Dave). L'Innocence ? Un masque (Birdy).
La Justice ? Un grand cirque et une roulette, qui ne punit pas la
bonne personne, ou pas pour le bon crime. La Vérité ? Une inutilité
(nous dit l'avocat Riedenschneider ). Le mariage ? Un arrangement
financier, un modus vivendi accepté mais sans plus...
Que reste-t-il ? Un monde absurde, où tout peut arriver, pourquoi pas
des extra-terrestres, où même la bétise n'est pas toujours certaine
(Riedenschneider, dans un délire d'avocat prêt à tous les effets de
manche, dégage les remarques les plus intelligentes sur Ed Crane, en
utilisant les théories de Schrödinger dans une plaidoirie de nature
existensialiste...), où les gens changent du tout au tout (l'assistant
coiffeur qui devient intarissablement bavard, Birdy qui offre ses
services, Tolliver qui d'homme d'affaires chevelu devient petit escroc
à moumoutte, puis se révèle visionnaire mort)...
Il reste aussi la musique, donc l'art. Même jouées par une fille sans
âme, même écrites par un sourd, les sonates de Beethoven laissent
espérer un monde d'harmonie et de beauté (et de tristesse). Un monde
où Crane trouverait sa place, et l'apaisement. Quand cela aussi lui
est refusé (le professeur lui fait comprendre qu'il n'y connait rien),
il ne lui reste plus qu'à disparaitre définitivement, il se laissera
faire sans aucune résistance, heureux simplement de voir une soucoupe
lui confirmer le non-sens de sa vie.
L'art comme seul refuge (même précaire) contre un monde violemment
absurde, ce n'est pas un thème neuf. Mais habiller ce thème des habits
d'un film noir, c'est déjà plus original. Le faire avec une telle
beauté formelle, c'est une grande réussite. Cette beauté vient
principalement de l'utilisation d'un noir et blanc somptueux (avec des
scènes presque extravagantes, comme l'avocat baignant dans un cone de
lumière blanche découpé par l'ombre des barreaux), d'une mise en scène
inventive et d'une précision maniaque (le cadrage toujours parfait,
les mouvements d'appareils toujours contrôlés), de la direction des
acteurs (avec des moments magiques, comme Ed rasant les jambes de sa
femme ; la veuve de de Big Dave expliquant le départ de son mari ; ou
Tolliver faisant signer les papiers à Ed), et de l'utilisation de la
musique (du Beethoven donc surtout, des mouvements lents et tristes
qui collent parfaitement à l'ambiance).
C'est donc un film noir, mais c'est surtout un film des frères Coen.
Certains seront déçus de ne pas trouver plus de substance sous
l'habillage somptueux. Je pense que cette absence est au centre du
film. "Plus on regarde, et moins on comprend". Parce qu'il n'y a rien
à comprendre. Un grand film Zen ?
--
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