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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] "Sobibor, 14 octobre 1943, 16h" (2001, Claude Lanzmann)
"Sobibor, 14 octobre 1943, 16h" (2001, Claude Lanzmann)
Seize ans après la sortie de "Shoah", Claude Lanzmann apporte le
témoignage édifiant d'un rescapé qu'il n'avait pas pu intégrer dans
son premier film.
Ce documentaire est le témoignage d'un des participants au soulèvement
victorieux du camp d'extermination de Sobibor. Le film se compose de
deux parties dont chacune reprend un des dispositifs déjà utilisé dans
"Shoah". La première partie décrit le parcours de camp en camp de
Yehuda Lerner jusqu'à son arrivée à Sobibor. Pendant qu'on entend
l'ancien déporté raconter son périple, Lanzmann montre les lieux tels
qu'ils apparaissent en 2001. Le témoignage précis prend assise sur des
images de vestiges parfois presque disparus mais très concrets, ce qui
donne à l'ensemble le poids du réel.
Dans la deuxième partie, tournée en 79, Lerner est filmé presque en
continu chez lui dans son fauteuil et raconte comment des prisonniers,
sachant leur mort programmée de façon imminente, sont parvenus à
s'organiser très rapidement pour tuer les officiers nazis et libérer
le camp. Le point culminant de son témoignage est celui où il raconte
dans ses moindres détails et de manière très factuelle comment il a
tué lui-même un allemand selon le plan qui lui avait été donné. A ce
moment, tout en gardant la maîtrise presque sereine de lui-même qu'il
affiche depuis le début de l'entretien, il finit par avouer sentir
ressurgir en lui la grande joie qui avait suivi son acte, cette
sensation de retrouver son humanité en ayant éliminé un de ceux qui la
lui avait cruellement niée.
A la fin du texte qui défile en introduction de son documentaire,
Lanzmann se réjouit que certaines victimes soient parvenues à répondre
à la violence de leurs bourreaux. Ne devrait-on pas plutôt s'affliger
que la situation extrême créée par les nazis ait acculé leurs victimes
à la violence, aussi légitime soit elle ? Chacun pourra se faire sa
propre idée l'esprit clair tant la forme du film est d'une sobriété
exemplaire qui évite tout pathos.
Nicolas.
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