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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] NATTAVRDSGASTERNA - LES COMMUNIANTS d'Ingmar Bergman - soumission d'une critique a fr.rec.ci
Chers amis,
Suite à un article récent concernant "Sonate d'automne" d'I. Bergman paru
sur ...sélection, je vous soumets une crtiique de "Nattvardsgästerna" ("Les
Communiants"), film du même auteur et de la même veine.
En souhaitant qu'il sera favorablement accueilli, je vous envoie mes bons
messages
Ph de Saussure
Genève
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Nattvardsgästerna ("Winterlight"; "Les Communiants") [Ingmar Bergman 1962,
avec Ingrid Thulin, Gunnar Björnstrand]
Dans "Journal d'un curé de campagne", il pleuvait. Dans "Les Communiants",
il gèle. Voici une pochade hivernale, une référence en matière de désespoir
glacial. Un village suédois (qu'on imagine minuscule). A part l'institutrice
(Ingrid Thulin), un couple dont la femme est enceinte, le bedeau et
l'organiste, l'église où officie Gunnar Björnstrand est pratiquement vide.
Le prêtre est inconsolable depuis la mort de sa femme. On comprend tout de
suite qu'il en a perdu la foi. Il inspire à l'institutrice une passion
sèche, dévorante et stérile. L'argument est très épuré, fait d'une
succession d'échecs. L'institutrice lui écrit une sorte de longue lettre
d'amour et de dépit. Il est incapable de lui répondre. Un paroissien
désespéré (Max von Sydow, lugubre) cherche à se confier : il est au bord du
suicide, "car il craint que les Chinois ne déclenchent une guerre
nucléaire"... Le prêtre ne parle que de lui-même, échec pastoral complet.
Suicide du paroissien. La scène de l'annonce à la veuve, d'une sécheresse
hallucinante et muette, est un morceau d'anthologie sinistre. Entre deux
services, qui ouvrent et ferment le film, la vie n'est plus qu'une
douloureuse et répétitive confrontation au vide et à l'échec. Le déroulement
dramatique est aussi horizontal que le paysage environnant: il ne sera pas
question de "dégringolade". ou "d'ascension avortée", ou de "chute"... Comme
pendant une dépression nerveuse, le silence et la souffrance vont de pair;
une longue colique morne. Ingrid Thulin réussit un remarquable (et
courageux) exercice d'enlaidissement volontaire, à aucun moment relâché. Il
aurait pourtant suffi d'une seule esquisse de son sourire pour convoquer
immédiatement la beauté, l'espoir, le désir... Mais la rigueur bergmanienne
n'est jamais prise en défaut. Le fin du fin : vers le début, la caméra fixe
un moment la nuque, mal coiffée et vaguement dodue, du pasteur dans la
sacristie. Ce plan, ce sont les yeux de l'institutrice, dévorée par son
désir glouton (et frustré d'avance), attardée sur le seul petit morceau de
chair qui échappe à la soutane... Par sa constance dans les moyens, ce
chemin de croix crépusculaire fait parfois sourire. Par exemple, lorsque le
pasteur rentre chez lui après l'annonce faite à la veuve (en Volvo, avec
Ingrid à côté de lui), il doit s'arrêter à un passage à niveau. Passage d'un
train (venant de droite), dans un panache de fumée blanche. Silence. Puis :
"mes parents m'ont obligé à devenir pasteur". Silence, la barrière remonte.
Puis l'on redémarre...
Bref le film peint une sorte de mise à zéro de la foi, de l'espoir, du sens
d'une praxis (sacerdotale ici, mais identique à celle du metteur en scène).
"Les communiants" plonge en réalité au cour de l'individuation bergmanienne,
puisque le pasteur convoque solennellement l'instance paternelle. De son
père (pasteur), qu'il décrit comme dépressif et rigide, non sans quelques
moments bénis, Bergman n'aura pas gardé la foi, mais une idée du sacerdoce.
Leurs ministères sont similaires dans la mesure où ils visent à donner corps
à un projet dicté par une volonté transcendante, et dont l'appréhension,
difficile et toujours incertaine, constitue l'ouvrage quotidien et jamais
achevé. C'est dans cette lutte de longue haleine pour saisir la vérité et la
traduire dans des oeuvres que Bergman accueille entièrement la détermination
paternelle. Dans ses mémoires, il rend compte d'une scène où il vit son père
assurer le culte dans une paroisse rencontrée au hasard d'un voyage, alors
que le prêtre local allait faire défection : "Quant à moi, je tenais la fin
des Communiants et aussi la codification d'une règle que j'ai toujours
suivie et que je suivrai toujours : Quoi qu'il advienne, toujours tu
célébreras ton culte." En concédant la fusion du prêtre-père et du
réalisateur-fils, présentés dans une phase de "silence de l'inspiration",
Bergman rend humblement à son père l'hommage qu'il ne lui donnera pas sur
son lit de mort en 1965.
Le tournage a été long et pénible, avec un acteur principal toujours malade,
cardiaque, en butte à des soucis personnels, et qui détestait le rôle ! "It
was one of the longest schedules I've had, and one of the shortest films
I've ever made".
Thèmes : foi, désespoir, dépression, échec, souffrance morale, suicide;
amour glouton et vaguement bestial.
Narration : linéaire; "horizontale".
Réalisation : dépourvue de toute rhétorique filmique ou esthétique, qui
contredirait forcément le propos.
--
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