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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Sonate d'automne d'I. Bergmann
Je dois sûrement - sur une même année - voir une centaine de film. De tous
les genres, de toutes les contrées, de tous les âges. Sur cette centaine de
film, on peut estimer que 60% me plairont, 39 ne me feront ni chaud ni froid
et 1% que j'aimerai ou détesterai à la folie.
Cette année, deux film m'auront marqué à vie. D'abord - et cela n'a rien
avoir avec mon propos- "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" qui m'a ébloui
de sa fraicheur et de son intelligence. Le suivant sera et restera très
probablement la "sonate d'automne", d'Ingmar Bergmann.
Je vous livre ici ma critique à chaud. Il est bien évident qu'il me faudrait
encore quelques heures pour digérer ce film mais je suis incapable de le
garder en moi; il faut que je l'extériorise, et le seul moyen -pour
l'instant- est l'internet. Tant pis, je nuancerai par après si besoin est.
L'histoire est simple -simpliste peut-être-: Eva est mariée à un pasteur
pour qui elle n'a qu'une franche estime et soigne sa soeur gravement malade,
Héléna, dans le presbytère où elle vit. Sa vie, à proprement parler n'a rien
d'extraordinaire: elle vit, c'est tout. Après 7 ans, elle décide d'inviter
sa mère, Charlotte, pianiste de grande renommée. Après un petit temps de
bonheur, du aux retrouvailles, les choses tournent au vinaigre et les
déchirements passés ressurgissent très vite donnant une sorte de réglement
de compte à O.K Coral en beaucoup plus dramatique. Dramatique n'est pas
exactement le bon mot, je choisirai plutôt le terme "intense".
La réalisation aussi est très simple, très froide. Bergmann, comme à son
habitude, filme ses acteurs comme si on était aux théâtres; ça se marque par
des plans très large nous représentant les lieux comme s'ils étaient autant
de plateaux scéniques. La mise en scène aussi est très théâtrale; les
personnages ont des indications précises de déplacements et on sent très
fort l'influence d'un certain Stanislavski, ce qui est tant mieux. Car, même
si le tout est filmé à la manière d'une pièce, j'ai rarement eu l'occasion
de voir un film qui me montre les choses de manières si réaliste. Alors que
le théâtre a l'image d'un art non réaliste, plutôt symbolique, la caméra de
Bergmann transfigure ce côté pour nous livrer des personnages à nus, sans
sophistication aucune, sans théâtralité (je sais que c'est très paradoxal
mais je n'arrive pas à décrire cette mise en scène autrement). Notez que ce
caractère de non-théâtralité est très présente chez Stanislavski ce qui
peut-être éclaire un peu les choses.
Venons en à l'interprétation... Interprétation? Jamais ce mot n'a été aussi
vide de sens... Il n'y a pas, à proprement parler, d'interprétation: Les
acteurs vivent leur personnage et s'identifient totalement en eux, choses
rendant impossible de donner une cote, comme on pourrait le faire en
académie. La technique ne se sent jamais, et tous est fait de petits gestes,
de regards d'une précision diabolique (on devine tout de suite les pensées
des personnages sur leur simple regard), et de sentiments; pas franchement
cachés ni franchement exposés, le tous rendant une impression de précision
et de réalisme presque insoutenable. Le film, à proprement parler, ne se
déroule que en une scène et en trois plan: Un plan large, un rapproché côté
fille et un rapproché côté mère. C'est tout. A partir de là, seul compte les
choses dites, les regards fuyants, l'histoire de ces deux êtres qui ne se
sont jamais compris, jamais réellement aimé et qui, pour la première fois,
se détestent.
Pour continuer dans la logique des choses, je m'attaque maintenant à la
bande son; elle aussi, d'une simplicité et d'une humilité fascinante. Il n'y
a pas de bande son; pas de musique, pas d'effets, rien: juste des voix et;
par ci, par là, un tic-tac d'un horloge à laquelle on aimerait demander de
se taire, tant le temps paraît insoutenablement long: non pas que l'on
s'ennuie, mais étant oppressé en permanence, on aimerait avoir des bruits
rassurants comme le chant d'un oiseau ou les cris d'enfant. En fait de
chants d'oiseaux, il s'agit d'une malade qui hurle sa douleur et les enfants
rythmant le temps; c'est cette horrible horloge.
Vous l'aurez compris, Sonate d'automne fait résolument partie des films que
je déteste. On ne peut pas aimer ça, sauf si on est un peu maso. Et je crois
l'être; car, tout en détestant, je suis fasciné. J'aimerai pouvoir dire: ce
film est horrible, ne le regardez pas, mais j'en suis incapable. Je crois
qu'il faut voir ce film pour se rendre compte de ce que c'est que la
méchanceté; méchanceté bien plus horrible que celle que l'on peut voir dans
un film américain parceque celle ci est involontaire; elle découle
d'incompréhension de deux êtres incapables de se livrer et n'en ayant pas
l'expérience; c'est pourquoi ils le font si mal, de manière si douloureuse.
Le film finit sur un écran noir: pas de crédit, pas de musique qui pourrait
amoindrir l'intensité du drame qui s'est joué devant nous, rien. On reste
là, à regarder cet écran, à se demander si, oui ou non, on peut zapper,
rejetter ce cauchemard loin derrière devant un clip merdique de MTV,... Mais
on ne peut pas, on n'en a plus la force...
Lot5
Nb: J'aimerai demander à tous les lecteurs de FRCD, et en particulier aux
proffesionnels du cinéma (s'il y en a), de bien vouloir critiquer ce texte:
Je compte me rendre dans une école de cinéma et il est important pour moi de
savoir me situer, de me corriger. Merci d'avance à tous.
--
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