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[Visite] Les Studios Disney et Warner


  • Subject: [Visite] Les Studios Disney et Warner
  • From: "Alexandre Tylski" <alexandre.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: 05 Jun 2001 18:05:07 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Wanadoo, l'internet avec France Telecom
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: noos fr.rec.cinema.selection:5658

[Visite à Hollywood]
Les Studios Disney et Warner

Le quartier des Studios...

Assemblés dans une petite camionnette blanche sur
laquelle est écrit " California Institute of the Arts ", trois
étudiants en animation de CalArts (école où ont étudié
Tim Burton, John Lasseter ou Sophia Coppola) et moi
même voguons à travers le quartier des plus célèbres
studios de cinéma au monde. On m'indique les bâtiments
sobres de DreamWorks, la multinationale dirigée par
Spielberg, puis les Studios Warner dont je distingue,
perché en effigie, le logo peint sur un château d'eau.
Ce sigle légendaire me fait frissonner. J'y suis. J'évolue
enfin dans l'air où se fabriquent les spectacles d'illusion
les plus vus et attendus sur Terre ! Et c'est un terrain
désespérément plat sur des hectares qui soutient tous
les studios ici ; la nature a été nivelée, assommée,
domptée, vaincue. Ma vitre ouverte, je m'amuse à humer
pleinement cet air chaud que respirent au même instant
les créateurs de magie hollywoodienne. Ici réunis en
communauté scientifique sous le soleil de la Californie,
ces magiciens ne cessent pourtant de se faire la guerre
des salles obscures. Ghéttoisés comme les pires malfrats
de la planète, tous voisins ennemis. Il est si  stupéfiant de
les voir logés les uns à côté des autres. Je pense alors à
la célèbre formule qu'ils semblent tous appliquer ici à la
lettre : " Garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore
plus près ! " Quel curieux spectacle que de voir ces studios
de cinéma concurrents vivre comme des requins en bande.
Le lieu lui-même, d'un point de vue visuel, a quelque chose
de menaçant, de sinistre, de gris, sans relief. On pourrait
presque passé ici en voiture sans forcément remarquer que
l'argent du cinéma international se dirige d'ici. Mais je ne
peux qu'être émerveillé à l'idée du nombre de génies du
cinéma venus passer le plus clair de leur temps dans cette
zone du monde depuis des décennies, des cinéastes qui
auront su faire de la grisaille environnante des mondes
magnifiques.

Les Studios Walt Disney...

Le long de la route, soudain, des grilles noires régulièrement
décorées d'une tête de Mickey défilent à tout va comme des
images animées. Parqué en zoo derrière ces barreaux d'acier,
le bâtiment de la chaîne de télévision ABC semble avoir été
capturé par la souris géante. En face, de l'autre côté de la
route, nous passons le barrage de l'entrée et du douanier,
puis allons nous garer dans un parking couvert. Quelques pas
dehors et déjà, devant nous, s'imposent d'éléphantesques
hangars semblables à ceux prévus pour des 747. Je jette un
coup d'oeil à l'intérieur d'un de ces hangars, un décor colossal
se construit dans un bruit de ferraille et d'odeur de bois et de
peinture. Comme il me semble alors rassurant de ressentir
enfin l'artisanat chaleureux enfoui derrière ces monumentaux
murs froids. En dessous de la carapace, de simples ouvriers
fourmillent et s'affairent à des chantiers presque ordinaires.
A l'extérieur, aux pieds de ces hautes parois, d'adorables
petites voitures électriques pour terrain de golf attendent
quelque producteur ou réalisateur pressé par le temps. A
peine arrivé, c'est déjà un univers de jouets qui se dévoile
à moi, un monde à la Alice aux pays des Merveilles où tout
est miniature et démesuré, mais pourtant bien attaché à de
concrètes hiérarchies sociales. En marchant à travers les
ruelles de cette petite ville autonome, on voit de temps à
autre, un homme en costume et lunettes de soleil donner
des ordres froidement à plusieurs secrétaires en jupe. Brève
ballade dans une série de clichés qui sont réalité quotidienne !

La visite du jour a pour principal dessein de rencontrer une
animatrice d'images de synthèse au travail. Nous pénétrons
dans un édifice tout en longueur constitué de petites salles
elles-mêmes composées de petites cabines où chaque
animateur a son siège, sa souris et son écran d'ordinateur.
Un des animateurs dans la pièce travaille d'arrache-pied sur
des images de vagues pour Atlantis, le prochain film
d'animation Disney. Il a l'oeil presque collé à son écran,
travaillant les moindres détails de couleurs. Une concentration
extrême qui semble lui faire oublier la contorsion spectaculaire
qu'il impose alors à son corps, complètement tordu et contracté
sur son siège. Je vois alors derrière ce corps d'adulte à lunettes,
l'enfant terrible captivé et capturé par le monde dans lequel il
s'est plongé avec passion. Je souris et m'assois pour écouter
la présentation de l'animatrice. Elle nous présente son passé
d'étudiante à CalArts et sa fonction actuelle au sein de Disney.
Elle nous montre les effets qu'elle a réalisé sur le teaser
d'Atlantis et les autres effets possibles avec les logiciels dont
elle dispose. Elle nous montre comment elle a " créé "
l'automne à New York pour le film You've got e-mail (un film
tourné en plein été). Beau travail de pointillisme numérique
que celui qui consiste à reconstituer des feuilles jaunies
et tombantes à partir de feuilles d'arbres en pleine santé !
Je l'interroge sur sa marge de liberté créatrice, elle me
répond que cela dépend des cinéastes, certains étant plus
impliqués (et compliqués) que d'autres dans la précision des
tons, des couleurs et des effets numériques. Elle raconte
comment Gary Marshall (réalisateur de Pretty Woman)
détestait le numérique avant de tomber amoureux des
procédés modernes sur certains effets visuels dans son
dernier film. Je trouve qu'elle semble très heureuse de
son travail et de ses travaux.

Elle nous fait découvrir ensuite une salle où des machines
gardent en vie tous les Mac de l'édifice. Ces machines font
un vent et un bruit furieux, comme un cerveau cyclopéen !
Nous visitons vers la fin des salles de montage archaïques
et artisanales qui servent toujours malgré l'avancée
technologique. Ciseaux et bouts de scotch sont encore et
pour longtemps d'usage, même ici dans les studios les
plus avancés au monde. Mais ce que je garde en tête,
c'est que le travail d'animation sur ordinateur est de toute
évidence un travail intensément manuel, avec notamment
ces petites planches sensitives capables de retranscrire
les traits de la main de l'animateur sur l'écran. L'humain
et la sensibilité restent quoi qu'il arrive toujours présents,
en particulier dans ces salles d'animation sans fenêtre,
où l'imagination travaille forcément ! Je retiens aussi la
voix féminine d'aéroport qui sort de temps en temps des
haut parleurs dans les couloirs. Ce lieu est définitivement
celui du décollage et du voyage. Nous remercions tout le
monde pour l'hospitalité et repartons au parking. Je m'arrête
un instant et constate que dans l'une des arrière-cours
se trouvent des centaines de vieux écrans, claviers et tours
d'ordinateurs (pas si vieux que cela). Amoncelée là sous
un plastique funèbre, j'observe cette montagne de richesse
à la Picsou, à côté des poubelles disneyiennes et des
déchets des studios. L'arrière cour en dit long sur toute
société ; là, c'était réellement édifiant.

Les Studios d'animation de la Warner...

Après cette visite disneyienne, nous allons faire un tour
au flambant neuf immeuble de la section Animation de
Warner Bros. Ils ont investi une somme considérable
d'argent dans la construction de cet édifice encore
fraîchement peint (dont certains étages sont encore
en cours de fabrication). Tout a été mis à disposition
pour tout faire d'ici, y compris l'enregistrement des voix
des acteurs sur les images animées. Gain de temps et
d'argent. Chaque personne entrant dans cette tour doit
signer son nom et l'heure d'arrivée sur un livre d'or. Un
badge spécial doit obligatoirement être accroché sur
soi pour circuler librement dans le lieu. Nous accédons
aux différents étages et passons notamment devant le
bureau d'un des frères Barbera (Scoubidou) encore en
vie et chaque jour présent au travail malgré son âge. On
admire les cabines des dessinateurs pour les séries
télévisées telles que Batman. Je regarde attentivement
les dessins du prochain long-métrage d'animation Warner,
accrochés sur un mur. Le responsable de l'animation se
vante de vouloir chercher davantage l'originalité dans
l'animation que chez Disney. Esprit pionnier, esprit du
risque et de l'aventure. Tout ici semble être fait pour
croire au neuf et au renouveau. Comme la Californie
elle-même. J'ai le sentiment que dans cet Etat tout
est neuf pour oublier que tout est neuf. Faute d'histoire
suffisamment importante, ils préfèrent la fraîcheur plutôt
qu'à cet inconnu qu'est l'ancien. L'odeur est agréable
mais je me sens parfois un peu troublé par cette
ambiance toujours tournée vers le devenir et si rarement
vers le passé lointain. Je suis pris de vertige temporel,
je perds mes repères d'européen : mais où sont donc
les ruines, les vestiges, les racines ?

Alexandre Tylski
http://www.cadrage.net
www.musiquedefilm.com

-- 
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