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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Visite] Les Studios Disney et Warner
[Visite à Hollywood] Les Studios Disney et Warner Le quartier des Studios... Assemblés dans une petite camionnette blanche sur laquelle est écrit " California Institute of the Arts ", trois étudiants en animation de CalArts (école où ont étudié Tim Burton, John Lasseter ou Sophia Coppola) et moi même voguons à travers le quartier des plus célèbres studios de cinéma au monde. On m'indique les bâtiments sobres de DreamWorks, la multinationale dirigée par Spielberg, puis les Studios Warner dont je distingue, perché en effigie, le logo peint sur un château d'eau. Ce sigle légendaire me fait frissonner. J'y suis. J'évolue enfin dans l'air où se fabriquent les spectacles d'illusion les plus vus et attendus sur Terre ! Et c'est un terrain désespérément plat sur des hectares qui soutient tous les studios ici ; la nature a été nivelée, assommée, domptée, vaincue. Ma vitre ouverte, je m'amuse à humer pleinement cet air chaud que respirent au même instant les créateurs de magie hollywoodienne. Ici réunis en communauté scientifique sous le soleil de la Californie, ces magiciens ne cessent pourtant de se faire la guerre des salles obscures. Ghéttoisés comme les pires malfrats de la planète, tous voisins ennemis. Il est si stupéfiant de les voir logés les uns à côté des autres. Je pense alors à la célèbre formule qu'ils semblent tous appliquer ici à la lettre : " Garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près ! " Quel curieux spectacle que de voir ces studios de cinéma concurrents vivre comme des requins en bande. Le lieu lui-même, d'un point de vue visuel, a quelque chose de menaçant, de sinistre, de gris, sans relief. On pourrait presque passé ici en voiture sans forcément remarquer que l'argent du cinéma international se dirige d'ici. Mais je ne peux qu'être émerveillé à l'idée du nombre de génies du cinéma venus passer le plus clair de leur temps dans cette zone du monde depuis des décennies, des cinéastes qui auront su faire de la grisaille environnante des mondes magnifiques. Les Studios Walt Disney... Le long de la route, soudain, des grilles noires régulièrement décorées d'une tête de Mickey défilent à tout va comme des images animées. Parqué en zoo derrière ces barreaux d'acier, le bâtiment de la chaîne de télévision ABC semble avoir été capturé par la souris géante. En face, de l'autre côté de la route, nous passons le barrage de l'entrée et du douanier, puis allons nous garer dans un parking couvert. Quelques pas dehors et déjà, devant nous, s'imposent d'éléphantesques hangars semblables à ceux prévus pour des 747. Je jette un coup d'oeil à l'intérieur d'un de ces hangars, un décor colossal se construit dans un bruit de ferraille et d'odeur de bois et de peinture. Comme il me semble alors rassurant de ressentir enfin l'artisanat chaleureux enfoui derrière ces monumentaux murs froids. En dessous de la carapace, de simples ouvriers fourmillent et s'affairent à des chantiers presque ordinaires. A l'extérieur, aux pieds de ces hautes parois, d'adorables petites voitures électriques pour terrain de golf attendent quelque producteur ou réalisateur pressé par le temps. A peine arrivé, c'est déjà un univers de jouets qui se dévoile à moi, un monde à la Alice aux pays des Merveilles où tout est miniature et démesuré, mais pourtant bien attaché à de concrètes hiérarchies sociales. En marchant à travers les ruelles de cette petite ville autonome, on voit de temps à autre, un homme en costume et lunettes de soleil donner des ordres froidement à plusieurs secrétaires en jupe. Brève ballade dans une série de clichés qui sont réalité quotidienne ! La visite du jour a pour principal dessein de rencontrer une animatrice d'images de synthèse au travail. Nous pénétrons dans un édifice tout en longueur constitué de petites salles elles-mêmes composées de petites cabines où chaque animateur a son siège, sa souris et son écran d'ordinateur. Un des animateurs dans la pièce travaille d'arrache-pied sur des images de vagues pour Atlantis, le prochain film d'animation Disney. Il a l'oeil presque collé à son écran, travaillant les moindres détails de couleurs. Une concentration extrême qui semble lui faire oublier la contorsion spectaculaire qu'il impose alors à son corps, complètement tordu et contracté sur son siège. Je vois alors derrière ce corps d'adulte à lunettes, l'enfant terrible captivé et capturé par le monde dans lequel il s'est plongé avec passion. Je souris et m'assois pour écouter la présentation de l'animatrice. Elle nous présente son passé d'étudiante à CalArts et sa fonction actuelle au sein de Disney. Elle nous montre les effets qu'elle a réalisé sur le teaser d'Atlantis et les autres effets possibles avec les logiciels dont elle dispose. Elle nous montre comment elle a " créé " l'automne à New York pour le film You've got e-mail (un film tourné en plein été). Beau travail de pointillisme numérique que celui qui consiste à reconstituer des feuilles jaunies et tombantes à partir de feuilles d'arbres en pleine santé ! Je l'interroge sur sa marge de liberté créatrice, elle me répond que cela dépend des cinéastes, certains étant plus impliqués (et compliqués) que d'autres dans la précision des tons, des couleurs et des effets numériques. Elle raconte comment Gary Marshall (réalisateur de Pretty Woman) détestait le numérique avant de tomber amoureux des procédés modernes sur certains effets visuels dans son dernier film. Je trouve qu'elle semble très heureuse de son travail et de ses travaux. Elle nous fait découvrir ensuite une salle où des machines gardent en vie tous les Mac de l'édifice. Ces machines font un vent et un bruit furieux, comme un cerveau cyclopéen ! Nous visitons vers la fin des salles de montage archaïques et artisanales qui servent toujours malgré l'avancée technologique. Ciseaux et bouts de scotch sont encore et pour longtemps d'usage, même ici dans les studios les plus avancés au monde. Mais ce que je garde en tête, c'est que le travail d'animation sur ordinateur est de toute évidence un travail intensément manuel, avec notamment ces petites planches sensitives capables de retranscrire les traits de la main de l'animateur sur l'écran. L'humain et la sensibilité restent quoi qu'il arrive toujours présents, en particulier dans ces salles d'animation sans fenêtre, où l'imagination travaille forcément ! Je retiens aussi la voix féminine d'aéroport qui sort de temps en temps des haut parleurs dans les couloirs. Ce lieu est définitivement celui du décollage et du voyage. Nous remercions tout le monde pour l'hospitalité et repartons au parking. Je m'arrête un instant et constate que dans l'une des arrière-cours se trouvent des centaines de vieux écrans, claviers et tours d'ordinateurs (pas si vieux que cela). Amoncelée là sous un plastique funèbre, j'observe cette montagne de richesse à la Picsou, à côté des poubelles disneyiennes et des déchets des studios. L'arrière cour en dit long sur toute société ; là, c'était réellement édifiant. Les Studios d'animation de la Warner... Après cette visite disneyienne, nous allons faire un tour au flambant neuf immeuble de la section Animation de Warner Bros. Ils ont investi une somme considérable d'argent dans la construction de cet édifice encore fraîchement peint (dont certains étages sont encore en cours de fabrication). Tout a été mis à disposition pour tout faire d'ici, y compris l'enregistrement des voix des acteurs sur les images animées. Gain de temps et d'argent. Chaque personne entrant dans cette tour doit signer son nom et l'heure d'arrivée sur un livre d'or. Un badge spécial doit obligatoirement être accroché sur soi pour circuler librement dans le lieu. Nous accédons aux différents étages et passons notamment devant le bureau d'un des frères Barbera (Scoubidou) encore en vie et chaque jour présent au travail malgré son âge. On admire les cabines des dessinateurs pour les séries télévisées telles que Batman. Je regarde attentivement les dessins du prochain long-métrage d'animation Warner, accrochés sur un mur. Le responsable de l'animation se vante de vouloir chercher davantage l'originalité dans l'animation que chez Disney. Esprit pionnier, esprit du risque et de l'aventure. Tout ici semble être fait pour croire au neuf et au renouveau. Comme la Californie elle-même. J'ai le sentiment que dans cet Etat tout est neuf pour oublier que tout est neuf. Faute d'histoire suffisamment importante, ils préfèrent la fraîcheur plutôt qu'à cet inconnu qu'est l'ancien. L'odeur est agréable mais je me sens parfois un peu troublé par cette ambiance toujours tournée vers le devenir et si rarement vers le passé lointain. Je suis pris de vertige temporel, je perds mes repères d'européen : mais où sont donc les ruines, les vestiges, les racines ? Alexandre Tylski http://www.cadrage.net www.musiquedefilm.com -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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