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[ANALYSE] Requiem For A Dream - Part II - La deche ance


  • Subject: [ANALYSE] Requiem For A Dream - Part II - La deche ance
  • From: "Bruno" <lecinemadebruno@free.fr>
  • Date: 19 May 2001 09:10:09 GMT
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[AUTOMNE - FALL] - LA CHUTE DES FEUILLES

Les personnages sont entrés dans la phase de déchéance sans même s'en rendre
compte. Le revers de la médaille est là et le plaisir va disparaître
La dépendance n'est pas encore atteinte mais l'accoutumance guette  .

Après la phase de la drogue plaisir, la phase de manque arrive très
rapidement pour certains des héros.

Les aliments présents dans le réfrigérateur de Sara se rebellent contre sa
volonté de ne pas les ingurgiter. Le besoin de sucre s'installe et il faut
bien le combler. Sara ne doit pas craquer surtout que les premiers effets
des médicaments se font déjà sentir : la fermeture éclair de sa belle robe
rouge se rapproche chaque jour de plus en plus du col de la robe.
La lutte est cependant très dure surtout que  les médicaments n'ont plus du
tout le même effet : Que faire, même lorsque l'infirmière affirme que c'est
normal ? Attendre ? Oui !  c'est la solution mais la lettre de convocation
au jeu ne devrait plus tarder . Alors, que faire ? .. Prendre une petite
pilule en plus pour continuer à mincir ? C'est ca, il faut maigrir !
L'amaigrissement devient l'obsession de Sara, elle se doit d'arriver à
perdre toujours plus de kilos malgré les effets négatifs de cette drogue
qu'elle ne connaît pas .quitte à prendre un peu plus de médicaments puisque
ca marche . elle a basculé dans le plus profond de l'horreur pour elle : la
dépendance aux médicaments.
La chute de Sara  est mise en images sans que l'on s'en rende compte : un
réfrigérateur qui désire pousser les aliments vers Sara, un coup de
téléphone au médecin, quelques pilules en plus dans la main après une
hésitation, ..
Il est bon de noter que la "nouvelle" vie de Sara est encadrée de deux coups
de téléphone : sa nomination au programme de télévision et le début de
l'accoutumance en n'obtenant aucune réponse à ses questions de la part de
l'infirmière.
La simplicité de la chute est extraordinaire, tout le monde peut faire la
même erreur , sans s'en rendre compte et tout ca aussi facilement que de
prendre une petite pilule de plus pour aller plus vite, pour maigrir un peu
plus.

L'unité du groupe des jeunes fait plaisir à voir. Tout pour leurs plaisirs :
la drogue et gagner de l'argent pour assouvir leurs souhaits futurs.
Seul problème, l'incarcération de Tyron et sa libération sous caution ont
définitivement ruiné les économies du groupe des trois. Il faut de l'argent
frais pour pouvoir amorcer de nouveau la pompe afin de faire un coup
beaucoup plus gros et gagner la sommer nécessaire pour vivre sans soucis,
pouvoir nourrir leurs rêves les plus intimes.
Mais comment faire ? seule solution pour réussir à faire le coup du siècle
et acheter de la drogue : il faut que Marianne demande un prêt à un ami de
son riche père.seulement qui sait ce qu'il va demander en échange?

L'absence de drogue commence à se faire sentir de plus en plus souvent et
même la nuit, le manque est présent. Le groupe doit vite passer à l'action
et Marianne doit bien se sacrifier.
L'argent est là et Marianne a plongé dans une nouvelle drogue : la vente de
son corps pour obtenir une drogue plus forte : l'héroïne.
Tyron et Harry sont responsables de l'achat de la drogue. Mais tout se passe
très mal et l'achat de la drogue à revendre a raté. il va falloir aller
chercher la "dope" là d'où elle provient: en Floride.

La chute arrive rapidement : le besoin de drogue pour la consommation
personnelle se fait sentir, le plaisir est dans la répétition du geste :
introduction de l'héroïne, prise de plus en plus fréquentes de cocaïne, de
drogues plus douces .
La mise en scène table sur une accélération tout azimuts : le rapprochement
des scènes de prise de drogue (les fix pour les uns, les cachets pour les
autres) est à l'ordre du jour
On peut noter aussi l'arrivée de nouvelles drogues perverses (le sexe pour
Marianne), la disparition d'autres drogues moins dangereuses (le soleil de
ces dames).

Du point de vue cinématographique, l'utilisation des filtres plus sombres
(bleus, ocres, .) a été choisie.

La phase d'accoutumance est en train de se transformer pour arriver vers
l'horreur de la réelle dépendance.


[HIVER - WINTER]  - LE FROID, LE NEANT

La chute est terminée. La dépendance à la drogue est totale pour tout le
monde.

Sara est au maximum de ses capacités : les délires la gagnent, les visions
se font de plus en plus présentes. Les animateurs, ses propres doubles font
irruption dans son appartement.
Mais pourquoi cette émission à laquelle elle doit participer ne l'a toujours
pas contactée ? Mais pourquoi ne l'ont ils pas appelé ? ils ont dû
l'oublier. Ils se sont trompés, ils ont certainement commis une erreur,
elle doit aller la réparer. Tel un Zombie mu par le désir de chair, Sara se
doit d'aller au studio d'enregistrement, point de robe rouge, point de
sourire,  juste un rictus hystérique dû à l'accoutumance des pilules qu'elle
ingurgite maintenant presque par poignée entière.

La mise en scène d'Aronofsky se fait "clipesque" , elle devient hachée. Les
gros plans de Sara, hirsute, succèdent aux plans de la vie réelle, si lents,
si posés. A force de vivre dans un monde d'amphétamines, Sara vit plus vite
que tout le monde. Elle n'est plus intégrée dans la vie, elle l'a abandonné.
Seule sa drogue compte : elle DOIT  participer au jeu pour lequel elle a été
convoquée, elle le mérite, elle a tout fait pour y parvenir. La preuve :
elle rentre enfin dans sa robe rouge .
La folie induite par sa drogue est au paroxysme : seule la médecine peut la
sauver. Emmenée de force dans un hôpital, tous les traitements de
désintoxication seront dérisoires et la feront sombrer dans une folie encore
plus importante. Même les nouvelles méthodes à base d'électrochocs seront
vaines. La dépendance est mortelle pour l'esprit.

Harry n'a qu'une envie : un fix de plus pour soulager son bras qui lui fait
maintenant horriblement mal. Tyron, voyant l'étendue des dégâts sur le bras
gangreneux d'Harry décide de passer outre ses ordres et pour sauver son ami,
il n'a de choix que de le conduire à hôpital le plus proche. L'erreur fatale
est commise pour assouvir une des drogues les plus saines du film :
l'amitié.
Le cheminement des deux amis vers un des nombreux hôpitaux de cette route
qui les mène vers la Floride va devenir leur chemin de croix. Au lieu
d'aller se ravitailler en drogue, ceux ci roulent vers leur ruine.
Le médecin de hôpital, découvrant que les deux amis sont drogués prévient la
police qui ne tarde pas à les emmener en prison.

La déchéance est totale : impossible de se dégager de la drogue, elle
soulage, elle soigne presque. En tout cas, elle fait oublier , on ne peut
plus s'en passer.. On ne ressent plus aucune douleur ni physique ni
psychologique. Mais le réveil est abrupt .  ce n'est que passager et
l'horreur est complète pour Harry.
Cette drogue l'a transformé en fantôme. Le soulagement ne passe que par la
drogue qui lui fait tant mal lorsqu'il se pique dans son bras. Seule une
rédemption est possible : l'amputation après d'innombrables souffrances.
Cette mutilation va le faire replonger dans une de ses drogues premières :
celle de l'amour qu'il a pour Marianne, amour devenu impossible depuis que
celle ci est loin de lui et est devenue dépendante de sa propre drogue.
Cette constatation l'amène vers la plus grande des tristesses.

Marianne, quant à elle a définitivement sombré dans la dépendance aux
drogues dures: celle qui transforme la fraîche et jolie jeune styliste en
femme obligée de vendre son corps pour subvenir à ses besoins en drogue.
Elle va  jusqu'à l'extrême limite de ses sens physiques, se prostitue pour
obtenir sa dose quotidienne. La drogue est machiavélique : elle permet
d'oublier.

Aucun des protagonistes ne sort donc indemne de sa chute. L'écroulement de
chaque personnalité est entier pour tous : la drogue ne laisse que des
victimes. Personne ne peut y résister.

La scène finale révèle enfin le titre si mystérieux et si original qui
tourne dans la tête pendant tout le film, "Requiem for a dream" .
Les héros se tournent tous en position fotale afin de s'endormir vers leurs
songes : le requiem est terminé, la messe des morts est dite.
Tout le monde plonge non pas dans un rêve mais dans un cauchemar :
Sarah restera à jamais dans son jeu télévisé et sa pseudo-gloire en voyant
apparaître régulièrement des fantômes qu'elle ne pourra plus chasser.
Harry replonge dans son amour fort et vrai pour Marianne qu'il ne verra plus
jamais, qu'il ne pourra plus toucher.
Marianne, elle, restera à jamais dans le cauchemar de la recherche de cette
drogue dont elle ne peut plus se passer.
Tyron replonge dans cette enfance perdue et vers ce souvenir de sa mère
qu'il n'a que très peu connu et qu'il ne peut malheureusement plus
connaître.

Les  filtres ont disparu de la caméra: la réalité est montrée brute : la
noirceur est dans la vie réelle, on la vit au quotidien et chacun peut être
tel un Harry, une Sara ou une Marianne dépendant de telle ou telle chose, si
insignifiante qu'on l'oublie et qui vous plonge dans la plus profonde des
horreurs sans que vous ne vous en doutiez.

Le trouble du film est extraordinairement rehaussé par l'envoûtante musique
de Clint Mansell (déjà complice de Darren Aronofsky pour "Pi") et
magistralement interprétée par le Kronos Quartet.
La répétition du thème principal, se faisant de plus en plus sombre, de plus
en plus triste, de plus en plus lent  ajoute au sentiment de malaise qui
vous gagne, qui vous prend aux tripes pour vous laisser pantois à la fin de
cette ouvre.
On commence par regarder ce film en étant fier, croyant que rien ne peut
vous arriver, et on finit toujours au fond de son fauteuil tremblant comme
une feuille tellement on a pas envie de finir comme Sara, Harry, Marianne ou
Tyron.


Bien qu'étant le thème principal du film, la lente chute des héros vers la
dépendance n'est pas le seul thème abordé dans "Requiem For A Dream" et des
thèmes de société sous jacents sont présents..

[MAIS QUE FAIT LA POLICE ?]

Dans "Requiem for a dream", la police et l'autorité judiciaire sont absents.
Les rares fois où le Policier apparaît, il le fait soit de dos (le policier
dans le bar ou à l'hôpital), soit de manière furtive (la sélection des
prisonniers tout à la fin du film).
Même dans un commissariat (la première arrestation de Tyron), l'autorité est
absente comme si les héros ne pouvaient compter que sur eux même pour se
sortir de leur dépendance.
Seuls dans leur propre vie, seuls contre la drogue, leur drogue, ceux ci ne
sont pas épaulés et les rechutes sont si aisées. Personne pour les aider. Le
film montre par ce biais l'abandon de la société (qu'elle soit américaine ou
non) vis à vis du problème de la drogue : les drogués sont présents, ils
sont là et bien  laissons les donc en paix tant qu'ils ne viennent pas nous
ennuyer.
Pas d'ennuis, pas de police. La réponse proposée est simple mais, est-ce la
bonne ?.


[UNE CERTAINE VISION DE LA MEDECINE]

La vision d'Aranofsky et de Selby sur la médecine est acerbe et incisive.
Les médecins sont les réels "méchants" du film. Ce sont eux (via les
laboratoires) qui ont inventés les drogues et qui les prodiguent sans se
douter le moins du monde (ou en feignant de l'ignorer) des effets
dévastateurs de celles ci sur leurs cobayes.

Le médecin de Sara ne lui adresse même pas un regard lorsqu'il lui prescrit
ses pilules, il se contente de "dealer" celles ci

Le médecin qui veut soit disant remettre Sara dans le droit chemin ne se
contente que de lui donner de nouvelles drogues pour contrer l'effet des
autres. Mais aucune ne marche et donc sachant que son patient est perdu, il
recommence ses "expériences" de savant fou avec un nouveau sujet. Mais
l'électrochoc n'apportera pas les effets escomptés.

Le médecin qui dénonce Harry  ne fait aucun effort pour essayer de le
soigner, il se contente de le trahir en reniant les principes même de sa
profession. On sait comment cela finira : dans le sang , non pour le médecin
mais pour Harry.

Seules visions optimistes sur le corps médical : les infirmières qui
s'occupent des personnes dont elles ont la responsabilité :
L'infirmière s'occupe gentiment de Sara avant que n'arrive le médecin. Elle
seule répond aux questions (même téléphoniques) des patients de son patron.

De même, seule une infirmière s'occupe de Harry une fois son bras coupé,
elle seule essaie de le rassurer dans la mesure de ses possibilités.



"Requiem for a dream" est donc un film beaucoup plus compliqué et ambigu
qu'il n'y paraît.
Donc, même si la forme peut surprendre, choquer, l'histoire est de loin une
des plus intéressante, une des plus intelligente et une des mieux écrite de
ces dernières années.

La force de ce film est de pousser à la réflexion. Il permet de se poser des
questions sur ses propres drogues. Laquelle est-ce ? Est-il déjà trop tard
pour m'en écarter ? Est-elle ou va t elle devenir dangereuse ?

Bref, on peut devenir accro de "Requiem For A Dream". Mais, attention à ne
pas tomber dans la dépendance comme je suis en train de le faire.



l'analyse complète en word 97 : http://lecinemadebruno.free.fr/Rfad.zip

--
Bruno : Lecinemadebruno@free.fr

"Si tu veux m'parler, envoie moi un fax"
                       George Abitbol

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