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[AVIS] Cookie's Fortune (Robert Altman - 1999)


  • Subject: [AVIS] Cookie's Fortune (Robert Altman - 1999)
  • From: "MaXsTaR" <maxstar@dvdmaxx.com>
  • Date: 10 May 2001 17:50:14 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Guest of ProXad - France
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:647

   COOKIE'S FORTUNE -+- http://french.imdb.com/Details?0126250
   De Robert Altman. 1999. États-Unis. 1h58.
   Avec Glenn Close (Camille Dixon), Charles Dutton (Willis Richland),
Julianne Moore (Cora Duvall), Liv Tyler (Emma Duvall), Patricia Neal (Jewel
Mae "Cookie" Orcutt).
   Scénario : Anne Rapp.

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

[Cet avis comporte quelques révélations sur une partie importante de
l'intrigue du film. Ainsi je pense qu'il est intéressant de voir le film
avant d'aller plus loin, afin de le découvrir "l'esprit vierge"]

    Dans Cookie's Fortune, Robert Altman renoue avec ce sud qui l'obsède
tant, avec une histoire portée par un tempo pour le moins posé, avec des
personnages atypiques bien qu'en apparence au contraire très stéréotypés...
Robert Altman nous revient donc tel qu'il était dans Short Cuts : il nous
présente ainsi l'une de ses toutes meilleures compositions de personnages,
et nous allons voir ce qui fait de Cookie's Fortune un film bien plus dense
qu'il n'y paraît, une merveilleuse représentation qui semble être un habile
mélange musical (Altman s'appuie beaucoup sur la musique), théâtral (à
l'image de ce que le film raconte), et de précédentes "ficèles" utilisées
par Altman au court de sa carrière...

    Le début du film donne immédiatement le ton : le crû Altman '99 sera
bon, mais lent. La mise en place des personnages du film s'étend sur plus
d'un quart du film, à savoir un peu plus d'une demi-heure. Là où certains
pourront trouver à y redire, je pense qu'il était absolument nécessaire de
ne pas faire démarrer le film trop vite. La ville au coeur de l'histoire est
une petite bourgade qui se meurt, et Altman le retranscris parfaitement
grâce à sa mise en scène posée et au scénario qui prend le temps d'installer
le spectateur dans la peau des personnages, de développer les relations
entre chacun des protagonistes, etc... Cookie's Fortune s'ouvre donc sur une
séquence qui englobe la totalité du film : deux hommes de la police locale
se préparent à partir en "vadrouille", ils discutent de pêche... La vie est
tranquille à Holly Springs : la police est là mais voilà... Vient également
confirmer la volonté d'imposer un rythme lent au film cette bande originale
très blues. Le spectateur, en entrée de film, se voit même convié à un
mini-concert dans le bistrot du village. Tout cela contribue bien évidemment
à créer une atmosphère intimiste des plus agréable...

    Si l'on veut rester dans l'optique d'un film calé sur la musique ou
vice-versa, il est clair que Robert Altman fait passer nombre d'émotions,
traits de caractère ou encore le ton d'une situation à travers la musique.
Chaque personnage de Cookie's Fortune a son thème associé ou presque, et il
est intéressant de se rendre compte que dans un premier temps on en apprend
plus sur ces personnages en écoutant leur "musique associée", justement,
qu'en suivant simplement la trame de l'histoire. Mais si effectivement les
personnages du film semblent être si attachants malgré leurs défauts, c'est
en grande partie grâce à une série d'excellents acteurs...

    Les acteurs, donc. Si Glenn Close, après sa belle prestation dans Ce que
je sais d'elle... d'un simple regard, crève une fois de plus l'écran avec
une composition magistrale, il en est de même pour le reste de la
distribution. Mais revenons un instant sur Glenn Close et le personnage
qu'elle a à interpréter. Cookie's Fortune un un film à personnages, et ce à
plus d'un titre. Tout se passe à un, deux voir éventuellement trois niveaux
: il y a les rôles classiques, les rôles dans le rôle et les rôles que
jouent les personnages dans la pièce de théâtre dont parle le film (!!!) Le
personnage de Glenn Close donc, ne vivant qu'à travers sa passion, la mise
en scène, est devenue esclave de son métier et des valeurs qu'elle s'obstine
à perpétuer. Suivant aveuglément les codes sociaux caractéristique du Sud
américain de l'époque, Camille (Glenn Close, toujours) ne peut à aucun
moment prendre une distance critique et c'est en cela qu'on peut pardonner
son acte néanmoins pathétique. Le maquillage en meurtre du suicide de sa
tante "Cookie" est à la fois burlesque et logique. Le burlesque s'effacera
par contre en toute fin de film lorsque le caractère paranoïaque
quasi-schizophrénique de Camille éclatera au grand jour... Mais logique car
lorsque l'on va mieux connaître le personnage au cours du film, on comprend
que chaque attitude n'est pas programmée : Camille n'est plus que le rôle
qu'elle s'est donné. Ce qui compte c'est l'apparence, l'image de nous même
que nous renvoie notre entourage.

    Si Camille est un personnage-clé de l'histoire, Cookie's Fortune qui
ressemble sur pas mal de point à Short Cuts, n'a pas vraiment de héros à
proposer et l'affiche américaine (plusieurs têtes d'affiche, persos en train
de pêcher...) est à ce sujet plus intéressante que la française (illustrant
de son côté l'aspect fresque picturale de personnages à la Short Cuts
justement). Julianne Moore est elle aussi assez bluffante. Son personnage,
Cora, est la petite soeur de Camille, sa soeur-object pour être plus précis.
Réduite à l'état de simple marionnette, Cora est une jeune femme effacée, un
peu simple d'esprit certes, le rabaissement systématique exercé par sa soeur
n'est pas pour arranger les choses. Manipulée dans la vie comme l'est
l'actrice par le metteur en scène (sa soeur là aussi!) dans la pièce de
théâtre, elle ne vit les évènements que par sa soeur et il n'y a plus de
réalité autour d'elle. La réalité du monde qui l'entoure est complètement
occultée par sa soeur manipulatrice et Julianne Moore fait ressortir tout
cela avec beaucoup de justesse. Altman traite ce problème sur un ton assez
léger / comique ce qui a deux effets : d'un côté cela permet au film de ne
pas être lourd à ce niveau là, et de l'autre traiter l'aspect dramatique de
la relation entre les deux soeurs avec un ton décalé en fait ressortir le
pathétique d'une façon assez impressionnante.

    Cookie's Fortune c'est aussi le personnage de Willis. Pas un personnage
principal car comme on l'a vu il n'y a pas vraiment de personnage
prédominant ici, mais assurément le personnage-clé du film car il sert en
quelque sorte de lien entre tous les personnages. C'est avec lui que l'ont
va pêcher, c'est lui l'ami le plus proche de Cookie, "presque" un frère pour
Emma, apprécié de tous etc... Pas un homme parfait (il pique une bouteille
sur l'étagère du bar du coin) mais un homme de confiance (il la ramène) sur
qui on peut compter. Un de ses amis policier dira qu'il ne croît absolument
pas à sa culpabilité pour une simple et bonne raison : "I fished with him".
Le reste du casting est choisi avec pas mal de goût, et même les valeurs pas
sûres savent se rendre intéressantes (Hum... non non pas Chris O'Donnell
:-). Un mot quand même sur Patricia Neal (Cookie), merveilleuse d'émotion /
d'humour en mamie active et un poil grincheuse... Un très beau casting en
tout cas, heureusement d'ailleurs étant donné le film porté à 90% par ses
personnages.

    Robert Altman a dit à propos de son film : "Mes héros ne sont pas des
gentils, mes méchants ne sont pas des monstres. Au fond, le vrai coupable
ici, c'est la société des hypocrites!". Et finalement c'est peut-être à ce
niveau que le film se démarque. Petit comédie teintée d'une larme de drame
en surface, et destruction à la masse des clichés sur le fond, le contraire
de films à la Fight Club par exemple :) Altman montre finalement dans son
film le paradoxe de la petite bourgade typique : tout le monde se "connaît"
mais les secrets s'accumulent. Respect des valeurs traditionnelles en
surface, masquant l'hypocrisie la plus totale en public... Bref, si en plus
on sait que Salomé, la pièce que met en scène Camille / Glenn Close, est une
brillante histoire de vengeance on fini de se convaincre que Cookie's
Fortune est décidément une réussite de tous les plans, assurément un des
meilleurs film de Robert Altman.

--
MaXsTaR
http://www.dvdmaxx.com

-- 
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