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[Reportage] "La Momie 2" en musique


  • Subject: [Reportage] "La Momie 2" en musique
  • From: "Alexandre Tylski" <alexandre.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: 04 May 2001 17:30:05 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: Wanadoo, l'internet avec France Telecom
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:644 fr.rec.cinema.discussion:173164

[Reportage exclusif] Alan Silvestri au charbon
Enregistrement de la musique de "La Momie 2"

par Alexandre Tylski www.musiquedefilm.com

Le 19 mars dernier à Watford (près de Londres),
Alan Silvestri (BACK TO THE FUTURE, PREDATOR.,
THE ABYSS , FORREST GUMP) et son équipe
commençaient l'enregistrement de la partition de THE
MUMMY RETURNS de Stephen Sommers. Orchestre
symphonique free-lance composé de nombreux membres
du London Symphony Orchestra. Une vingtaine de choristes
étaient aussi de la partie. Tout ce beau monde assemblé
dans la salle de danse du Watford Town Hall où avait été
enregistrée la musique de Danny Elfman pour SLEEPY
HOLLOW de Tim Burton. D'immenses perches à micro
au dessus de l'orchestre, lancées et tendues comme des
cannes à pêche dans l'onde frémissante. Des centaines de
fils multicolores rampant au sol à peu près partout. Blottis
comme des barrages à chaque extrémité, deux grandes
harpes dorées, ainsi que deux beaux et longs pianos noirs.
Et puis cette jungle d'instruments aux formes singulières,
comme ces guitares orientales dans la petite cabine au
fond de la salle ou ces tambourins ethniques à l'exact
opposé. Au centre, devant, le podium du chef d'orchestre
et compositeur, Alan Silvestri, un casque sur la tête.

Tous les musiciens ont d'ailleurs eux aussi un casque sur
la tête pour écouter la vitesse du métronome - commandée
par ordinateur et réglable selon les volontés de Silvestri et
de Sommers (lorsqu'ils jugent l'exécution musicale trop
lente ou trop rapide par rapport à la scène). C'est David
Bifano (le beau frère de Silvestri) qui se charge entre autres
de pianoter sur l'ordinateur de commande et de régler à la
seconde la séquence à lancer. L'écran de cinéma, lui, trône
avec magie et démesure dans les cieux, derrière les musiciens,
en face de Silvestri. Et derrière Silvestri, attablée, son équipe
attitrée depuis plusieurs années, David Bifano, Dennis Sands
(mixeur) et Jacqui Tager (assistante du monteur Ken Karman).
Cette dernière se charge notamment de contrôler les points
de synchronisation entre images et sons. Elle a devant elle un
volumineux recueil où est écrit noir sur blanc chaque action
d'une scène (ex : virage d'une voiture, hurlement.etc) et sa
traduction musicale. Cela permet à Silvestri d'opérer plus
facilement des changements d'orchestration pendant
l'enregistrement - si le montage final a subi des modifications
par exemple.

Gravitant autour, les "music preparator" rangent et photocopient
(dans la salle même) les partitions pour chaque musicien, et
apportent les changements de dernière minute à tous. Pour
l'occasion, ils étaient aussi chargés de rester en contact internet
quasiment en direct avec les orchestrateurs de Silvestri, restés
en Californie. Puis, au fond de la salle, l'épouse d'Alan Silvestri,
le représentant d'Universal, le réalisateur et moi-même. Sommers,
surexcité, restait constamment debout, les yeux fixés sur les images
de son film et les oreilles tendues vers la musique. Il n'avait pas pu
obtenir les services de Silvestri sur le premier épisode de THE
MUMMY pour raisons de dates, sa joie de pouvoir enfin travailler
avec lui était plus que visible. Sommers hurle d'extase après presque
chaque prise, prend parfois même Alan dans ses bras. Les deux
hommes semblent beaucoup s'apprécier ; ils se ressemblent. Deux
grands gaillards en jean et basket, directs et enthousiastes. A la fin
de chaque prise, ils montent au premier étage voir le résultat du
mixage de la musique avec les dialogues et les sons. En découlent
des discussions sur des détails de rythmes et d'accentuation.

Leurs discussions tournent très souvent autour d'une seule chose
maîtresse, l'efficacité. Ils regardent plusieurs fois la scène avec la
musique et cherchent des moyens pour décupler encore et encore
la puissance audiovisuelle. Le son dans la petite salle de mixage
improvisée crève les tympans, le mot d'ordre est " en mettre plein
la vue et les oreilles ". Parfois, un musicien de l'orchestre vient voir
le résultat à l'image là-haut, comme Tristan par exemple, interprète
aux timbales. Tristan a travaillé avec bonheur avec Philippe Sarde
à plusieurs reprises et me raconte aussi la séance avec Alex North
sur 2001 : A SPACE ODYSSEY de Stanley Kubrick. Le rapport
entre Silvestri et Sommers est d'une complicité constructive et
conviviale. Sommers, le sourire aux lèvres, filme de temps en temps
avec sa mini DV Silvestri écoutant sa musique avec les images. Lors
du déjeuner, Sommers raconte à Silvestri sa jeunesse remplie de
voyages, et comment de ses errances, il s'est mis à écrire des
nouvelles de voyages puis des films. D'ailleurs la plupart des thèmes
Silvestriens ont une structure "A-B-A", comme des voyages, des
va et vients, des éternels retours vers l'enfance. Entre les pauses,
quand Silvestri est au piano ou à table pour réécrire un passage, je
m'attarde avec Geoff (un des deux pianistes) qui joue du blues entre
les prises (et sort ses propres disques www.geoffeales.com). Je
discute un moment aussi avec un des violonistes - que l'on voit
jouer du violon à la fin de TITANIC de James Cameron, et dont
sa célèbre phrase : " It's been a privilege to play with you " lors du
naufrage reste dans les mémoires. Il est clair que le Watford Town
Hall cherche à devenir un nouveau lieu de la musique de film.

L'orchestre engagé pour THE MUMMY RETURNS est d'une
rare compétence. A tel point que Silvestri lui-même est bouleversé,
à la fin d'un morceau de 7 minutes, de voir l'orchestre entier réussir
à le jouer très bien dès la première prise, malgré les difficultés
rythmiques. Silvestri pousse un hurlement de joie, il n'en revient
pas. Applaudissements cacophoniques. La scène en question se
situe vers la fin du film, scène d'action aux changements thématiques
et toniques assez impressionnants, intégrant en apothéose le thème
principal sur un plan d'ensemble du London Bridge. L'enregistrement
des morceaux ne se fait pas dans l'ordre. En moyenne, deux à trois
morceaux différents sont enregistrés par jour, tout dépend leur
longueur. Mais le premier morceau enregistré a été celui du prologue,
long morceau, épique, proche musicalement d'un péplum. Je n'oublierai
jamais la force musicale de cette ouverture, et la magie de contempler
cet orchestre jouer pour la première fois. Des percussions s'arrachent
du silence sur le logo Universal (avec la Terre comme fond d'écran).
Alan est heureux quand je lui dis que sa musique semble provenir des
entrailles de la terre. La violence et la beauté des premières secondes
du film en épatera plus d'un.

Avant de m'éclipser après deux jours entiers passés au Watford
Town Hall, j'exécute le thème de " Ainsi Parla Zarathoustra " de
Richard Strauss aux timbales réglées au préalable par Tristan.
Quelle sensation sublime de jouer ça dans cette salle, avec cette
acoustique ! A la fin de la séance d'enregistrement, vers les six heures,
je remercie l'équipe pour leur chaleur et gentillesse. Alan me prend
dans ses bras et m'invite à faire une photo avec lui sur le podium pour
que cela soit plus spectaculaire. " Après tout, on fait du putain de
show business ici ! " lance-t-il en riant. Il m'aura impressionné,
conquis, pour sa précision, son professionnalisme, sa chaleur et le
travail incommensurable auquel il doit faire face. Presque toujours
debout devant l'orchestre, rectifiant sans cesse des points de détails,
courant d'un étage à un autre pendant des heures, discutant, tâtonnant,
triomphant. Il a créé autour de lui une équipe soudée et simple. Son
épouse, toujours là, le filme avec humour. Et lui se retourne parfois
pour lui faire un clin d'oil complice. Elle est sa muse. La " musike ",
l'art des muses. La musique d'Alan Silvestri porte sa dualité évidente :
tour à tour chef d'armée, et homme simple. Un homme de la terre qui
vient de planter de nouveau d'autres hectares de vignes sur sa propriété.
Un géant la tête tournée vers les étoiles et les pieds enracinés dans la
terre.

-- Alexandre Tylski http://www.musiquedefilm.com
Photos exclusives des séances à consulter sur le site

-- 
Bien publier sur fr.rec.cinema.selection:
        <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html>
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