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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Reportage] "La Momie 2" en musique
[Reportage exclusif] Alan Silvestri au charbon Enregistrement de la musique de "La Momie 2" par Alexandre Tylski www.musiquedefilm.com Le 19 mars dernier à Watford (près de Londres), Alan Silvestri (BACK TO THE FUTURE, PREDATOR., THE ABYSS , FORREST GUMP) et son équipe commençaient l'enregistrement de la partition de THE MUMMY RETURNS de Stephen Sommers. Orchestre symphonique free-lance composé de nombreux membres du London Symphony Orchestra. Une vingtaine de choristes étaient aussi de la partie. Tout ce beau monde assemblé dans la salle de danse du Watford Town Hall où avait été enregistrée la musique de Danny Elfman pour SLEEPY HOLLOW de Tim Burton. D'immenses perches à micro au dessus de l'orchestre, lancées et tendues comme des cannes à pêche dans l'onde frémissante. Des centaines de fils multicolores rampant au sol à peu près partout. Blottis comme des barrages à chaque extrémité, deux grandes harpes dorées, ainsi que deux beaux et longs pianos noirs. Et puis cette jungle d'instruments aux formes singulières, comme ces guitares orientales dans la petite cabine au fond de la salle ou ces tambourins ethniques à l'exact opposé. Au centre, devant, le podium du chef d'orchestre et compositeur, Alan Silvestri, un casque sur la tête. Tous les musiciens ont d'ailleurs eux aussi un casque sur la tête pour écouter la vitesse du métronome - commandée par ordinateur et réglable selon les volontés de Silvestri et de Sommers (lorsqu'ils jugent l'exécution musicale trop lente ou trop rapide par rapport à la scène). C'est David Bifano (le beau frère de Silvestri) qui se charge entre autres de pianoter sur l'ordinateur de commande et de régler à la seconde la séquence à lancer. L'écran de cinéma, lui, trône avec magie et démesure dans les cieux, derrière les musiciens, en face de Silvestri. Et derrière Silvestri, attablée, son équipe attitrée depuis plusieurs années, David Bifano, Dennis Sands (mixeur) et Jacqui Tager (assistante du monteur Ken Karman). Cette dernière se charge notamment de contrôler les points de synchronisation entre images et sons. Elle a devant elle un volumineux recueil où est écrit noir sur blanc chaque action d'une scène (ex : virage d'une voiture, hurlement.etc) et sa traduction musicale. Cela permet à Silvestri d'opérer plus facilement des changements d'orchestration pendant l'enregistrement - si le montage final a subi des modifications par exemple. Gravitant autour, les "music preparator" rangent et photocopient (dans la salle même) les partitions pour chaque musicien, et apportent les changements de dernière minute à tous. Pour l'occasion, ils étaient aussi chargés de rester en contact internet quasiment en direct avec les orchestrateurs de Silvestri, restés en Californie. Puis, au fond de la salle, l'épouse d'Alan Silvestri, le représentant d'Universal, le réalisateur et moi-même. Sommers, surexcité, restait constamment debout, les yeux fixés sur les images de son film et les oreilles tendues vers la musique. Il n'avait pas pu obtenir les services de Silvestri sur le premier épisode de THE MUMMY pour raisons de dates, sa joie de pouvoir enfin travailler avec lui était plus que visible. Sommers hurle d'extase après presque chaque prise, prend parfois même Alan dans ses bras. Les deux hommes semblent beaucoup s'apprécier ; ils se ressemblent. Deux grands gaillards en jean et basket, directs et enthousiastes. A la fin de chaque prise, ils montent au premier étage voir le résultat du mixage de la musique avec les dialogues et les sons. En découlent des discussions sur des détails de rythmes et d'accentuation. Leurs discussions tournent très souvent autour d'une seule chose maîtresse, l'efficacité. Ils regardent plusieurs fois la scène avec la musique et cherchent des moyens pour décupler encore et encore la puissance audiovisuelle. Le son dans la petite salle de mixage improvisée crève les tympans, le mot d'ordre est " en mettre plein la vue et les oreilles ". Parfois, un musicien de l'orchestre vient voir le résultat à l'image là-haut, comme Tristan par exemple, interprète aux timbales. Tristan a travaillé avec bonheur avec Philippe Sarde à plusieurs reprises et me raconte aussi la séance avec Alex North sur 2001 : A SPACE ODYSSEY de Stanley Kubrick. Le rapport entre Silvestri et Sommers est d'une complicité constructive et conviviale. Sommers, le sourire aux lèvres, filme de temps en temps avec sa mini DV Silvestri écoutant sa musique avec les images. Lors du déjeuner, Sommers raconte à Silvestri sa jeunesse remplie de voyages, et comment de ses errances, il s'est mis à écrire des nouvelles de voyages puis des films. D'ailleurs la plupart des thèmes Silvestriens ont une structure "A-B-A", comme des voyages, des va et vients, des éternels retours vers l'enfance. Entre les pauses, quand Silvestri est au piano ou à table pour réécrire un passage, je m'attarde avec Geoff (un des deux pianistes) qui joue du blues entre les prises (et sort ses propres disques www.geoffeales.com). Je discute un moment aussi avec un des violonistes - que l'on voit jouer du violon à la fin de TITANIC de James Cameron, et dont sa célèbre phrase : " It's been a privilege to play with you " lors du naufrage reste dans les mémoires. Il est clair que le Watford Town Hall cherche à devenir un nouveau lieu de la musique de film. L'orchestre engagé pour THE MUMMY RETURNS est d'une rare compétence. A tel point que Silvestri lui-même est bouleversé, à la fin d'un morceau de 7 minutes, de voir l'orchestre entier réussir à le jouer très bien dès la première prise, malgré les difficultés rythmiques. Silvestri pousse un hurlement de joie, il n'en revient pas. Applaudissements cacophoniques. La scène en question se situe vers la fin du film, scène d'action aux changements thématiques et toniques assez impressionnants, intégrant en apothéose le thème principal sur un plan d'ensemble du London Bridge. L'enregistrement des morceaux ne se fait pas dans l'ordre. En moyenne, deux à trois morceaux différents sont enregistrés par jour, tout dépend leur longueur. Mais le premier morceau enregistré a été celui du prologue, long morceau, épique, proche musicalement d'un péplum. Je n'oublierai jamais la force musicale de cette ouverture, et la magie de contempler cet orchestre jouer pour la première fois. Des percussions s'arrachent du silence sur le logo Universal (avec la Terre comme fond d'écran). Alan est heureux quand je lui dis que sa musique semble provenir des entrailles de la terre. La violence et la beauté des premières secondes du film en épatera plus d'un. Avant de m'éclipser après deux jours entiers passés au Watford Town Hall, j'exécute le thème de " Ainsi Parla Zarathoustra " de Richard Strauss aux timbales réglées au préalable par Tristan. Quelle sensation sublime de jouer ça dans cette salle, avec cette acoustique ! A la fin de la séance d'enregistrement, vers les six heures, je remercie l'équipe pour leur chaleur et gentillesse. Alan me prend dans ses bras et m'invite à faire une photo avec lui sur le podium pour que cela soit plus spectaculaire. " Après tout, on fait du putain de show business ici ! " lance-t-il en riant. Il m'aura impressionné, conquis, pour sa précision, son professionnalisme, sa chaleur et le travail incommensurable auquel il doit faire face. Presque toujours debout devant l'orchestre, rectifiant sans cesse des points de détails, courant d'un étage à un autre pendant des heures, discutant, tâtonnant, triomphant. Il a créé autour de lui une équipe soudée et simple. Son épouse, toujours là, le filme avec humour. Et lui se retourne parfois pour lui faire un clin d'oil complice. Elle est sa muse. La " musike ", l'art des muses. La musique d'Alan Silvestri porte sa dualité évidente : tour à tour chef d'armée, et homme simple. Un homme de la terre qui vient de planter de nouveau d'autres hectares de vignes sur sa propriété. Un géant la tête tournée vers les étoiles et les pieds enracinés dans la terre. -- Alexandre Tylski http://www.musiquedefilm.com Photos exclusives des séances à consulter sur le site -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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