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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Le fabuleux destin d'Amelie Poulain (Jean-Pierre Jeunet - 2001)
-+- LE FABULEUX DESTIN D'AMÉLIE POULAIN -+- http://french.imdb.com/Details?0211915 De Jean-Pierre Jeunet. France. 2001. 2h. Avec Audrey Tautou (Amélie Poulain), Mathieu Kassovitz (Nino Quincampoix), Rufus (Raphaël Poulain), Yolande Moreau (Madeleine Wallace), Jamel Debbouze (Lucien),... Scénario : Guillaume Laurant et Jean-Pierre Jeunet. Photographie : Bruno Delbonnel. Musique : Yann Tiersen. --- N.B. : L'opinion livrée en ces lignes sur le film ne comporte pas de passages pouvant réellement nuire à la bonne découverte de celui-ci. Ne contenant pas de véritables révélations, il est possible de le parcourir avant d'avoir vu le film. --- Distribuer du bonheur par un film. Aussi noble soit-elle la tâche n'est pas aisée. Pourtant, Amélie nous distribue du bonheur par grosses louches et le sème au gré du vent, en espérant qu'un jour elle puisse elle aussi en récupérer. Avec ses deux grands et ronds yeux noirs qui s'écarquillent devant son « fabuleux destin », elle fait de sa réalité peu réaliste un rêve qui laisse, lui, complètement rêveur, dans le Montmartre d'aujourd'hui, sur lequel Jeunet a quand même passé un sérieux coup de pinceau. L'image, à qui l'on a donné des teintes irréelles et colorées, sans pourtant la dénaturer à outrance, est finement travaillée, gaie, jolie, et se boit surtout à l'envi avec l'admiration des grands yeux d'enfant. Dans sa vie, faite de rencontres avec des personnages tous intimidants, elle rencontre son grand amour au détour d'un photomaton -- on eût pu penser à plus romantique, mais c'est le mélange entre l'esprit rêveur, les malices scénaristiques et le pragmatisme moderne qui fait une des réussites du film -- qu'elle séduira par l'imagination de ses stratagèmes ludiques. Mis en scène d'une façon simple autour du personnage campé par une mystérieuse et formidable Audrey Tautou, dont on aura du mal à enlever l'image d'Amélie par la suite, le film s'articule en fait comme une suite de petites saynètes, unies d'une façon subtile et qui se répondent les unes aux autres par de très habiles renvois. Rien n'est jamais laissé au hasard et prépare astucieusement la situation suivante, qui viendra peut-être vingt minutes plus tard. Le procédé peut paraître simple et ridicule, mais les occasions de se rater sont sûrement nombreuses et cela donne ici un résultat très convaincant. La caméra, toujours centrée sur les grands yeux d'Amélie comme pour mieux nous faire voir toute sa naïveté enfantine, voyage au coeur du rêve, sans même que nous nous puissions nous en apercevoir, et nous procure de multiples sentiments simples, du rire à l'émotion. Car oui, la fable demeure avant tout drôle. Plutôt que de se laisser engloutir par un récit barbant, Jeunet, par la voix hors-champ formidable de l'habitué Dussolier, plante dès les premières minutes le décor : ce sera amusant et coloré. Pas forcément facile de tenir le cap. Pourtant de péripéties en fourberies, en passant par les attendrissants contacts avec son amoureux qu'elle n'ose approcher, Amélie nous fait rire, nous amuse, nous charme. Les personnages qui l'accompagnent sont hauts en couleurs, de l'hypocondriaque à qui l'on fait croire qu'un homme puisse s'enticher d'elle, au papa attaché à son nain de jardin, tous nous font craquer et rire, aussi parce que l'interprétation est franchement au rendez-vous. D'un discret Mathieu Kassovitz à un touchant Rufus, en passant par un très surprenant Jamel Debbouze fort à son aise et surtout dans le ton, tout le monde plaît. Le cocktail alors, entre une réalisation simple mais extrêmement précise et réussie, et une distribution à son aise, ne peut que paraître savoureux. Ne restait que le scénario qui, bien que ne possédant pas une complexité à toute épreuve, suivait d'une façon lisse et très naturelle la petite vie d'Amélie, décidément simple mais tellement réjouissante. Et puis, le destin d'Amélie possède ses petites tristesses, ses petits moments moins agréables, comme au moment où un rêve commence à se gâter. Et c'est justement dans ses moments-là que le film nous touche, bercé aussi par sa musique. La même histoire dans un autre contexte eût été complètement maladroite et bancale. Mais dans celui-ci, le dénouement par exemple est la cerise sur le gâteau d'un film où l'on s'est vraiment déjà beaucoup régalé pendant presque deux heures en ayant beaucoup ri et pris du plaisir. Là, on est ému. Vraiment. La boucle est bouclée, on peut alors se réveiller et quitter la salle, en se disant que ça fait un bien fou d'avoir rêvé éveillé pendant deux petites heures et pour finalement constater qu'effectivement l'onirique destin de notre tendre Amélie est réellement fabuleux. Comme le film. David Epelbaum, alias Zyrtox. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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