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[AVIS] Le fabuleux destin d'Amelie Poulain (Jean-Pierre Jeunet - 2001)


  • Subject: [AVIS] Le fabuleux destin d'Amelie Poulain (Jean-Pierre Jeunet - 2001)
  • From: zyrtox@frsf.org (Zyrtox)
  • Date: 01 May 2001 12:15:14 GMT
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  -+- LE FABULEUX DESTIN D'AMÉLIE POULAIN -+-
  http://french.imdb.com/Details?0211915
  De Jean-Pierre Jeunet. France. 2001. 2h.
  Avec Audrey Tautou (Amélie Poulain), Mathieu Kassovitz (Nino
  Quincampoix), Rufus (Raphaël Poulain), Yolande Moreau (Madeleine
  Wallace), Jamel Debbouze (Lucien),...
  Scénario : Guillaume Laurant et Jean-Pierre Jeunet.
  Photographie : Bruno Delbonnel.
  Musique : Yann Tiersen.


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N.B. : L'opinion livrée en ces lignes sur le film ne comporte pas de
passages pouvant réellement nuire à la bonne découverte de celui-ci.
Ne contenant pas de véritables révélations, il est possible de le
parcourir avant d'avoir vu le film.
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Distribuer du bonheur par un film. Aussi noble soit-elle la tâche
n'est pas aisée. Pourtant, Amélie nous distribue du bonheur par
grosses louches et le sème au gré du vent, en espérant qu'un jour
elle puisse elle aussi en récupérer. Avec ses deux grands et ronds
yeux noirs qui s'écarquillent devant son « fabuleux destin », elle
fait de sa réalité peu réaliste un rêve qui laisse, lui, complètement
rêveur, dans le Montmartre d'aujourd'hui, sur lequel Jeunet a quand
même passé un sérieux coup de pinceau. L'image, à qui l'on a donné
des teintes irréelles et colorées, sans pourtant la dénaturer à
outrance, est finement travaillée, gaie, jolie, et se boit surtout à
l'envi avec l'admiration des grands yeux d'enfant.

Dans sa vie, faite de rencontres avec des personnages tous
intimidants, elle rencontre son grand amour au détour d'un photomaton
-- on eût pu penser à plus romantique, mais c'est le mélange entre
l'esprit rêveur, les malices scénaristiques et le pragmatisme moderne
qui fait une des réussites du film -- qu'elle séduira par
l'imagination de ses stratagèmes ludiques. Mis en scène d'une façon
simple autour du personnage campé par une mystérieuse et formidable
Audrey Tautou, dont on aura du mal à enlever l'image d'Amélie par la
suite, le film s'articule en fait comme une suite de petites
saynètes, unies d'une façon subtile et qui se répondent les unes aux
autres par de très habiles renvois. Rien n'est jamais laissé au
hasard et prépare astucieusement la situation suivante, qui viendra
peut-être vingt minutes plus tard. Le procédé peut paraître simple et
ridicule, mais les occasions de se rater sont sûrement nombreuses et
cela donne ici un résultat très convaincant. La caméra, toujours
centrée sur les grands yeux d'Amélie comme pour mieux nous faire voir
toute sa naïveté enfantine, voyage au coeur du rêve, sans même que
nous nous puissions nous en apercevoir, et nous procure de multiples
sentiments simples, du rire à l'émotion.

Car oui, la fable demeure avant tout drôle. Plutôt que de se laisser
engloutir par un récit barbant, Jeunet, par la voix hors-champ
formidable de l'habitué Dussolier, plante dès les premières minutes
le décor : ce sera amusant et coloré. Pas forcément facile de tenir
le cap. Pourtant de péripéties en fourberies, en passant par les
attendrissants contacts avec son amoureux qu'elle n'ose approcher,
Amélie nous fait rire, nous amuse, nous charme. Les personnages qui
l'accompagnent sont hauts en couleurs, de l'hypocondriaque à qui l'on
fait croire qu'un homme puisse s'enticher d'elle, au papa attaché à
son nain de jardin, tous nous font craquer et rire, aussi parce que
l'interprétation est franchement au rendez-vous. D'un discret Mathieu
Kassovitz à un touchant Rufus, en passant par un très surprenant
Jamel Debbouze fort à son aise et surtout dans le ton, tout le monde
plaît. Le cocktail alors, entre une réalisation simple mais
extrêmement précise et réussie, et une distribution à son aise, ne
peut que paraître savoureux. Ne restait que le scénario qui, bien que
ne possédant pas une complexité à toute épreuve, suivait d'une façon
lisse et très naturelle la petite vie d'Amélie, décidément simple
mais tellement réjouissante.

Et puis, le destin d'Amélie possède ses petites tristesses, ses
petits moments moins agréables, comme au moment où un rêve commence à
se gâter. Et c'est justement dans ses moments-là que le film nous
touche, bercé aussi par sa musique. La même histoire dans un autre
contexte eût été complètement maladroite et bancale. Mais dans
celui-ci, le dénouement par exemple est la cerise sur le gâteau d'un
film où l'on s'est vraiment déjà beaucoup régalé pendant presque deux 
heures en ayant beaucoup ri et pris du plaisir. Là, on est ému.
Vraiment. La boucle est bouclée, on peut alors se réveiller et
quitter la salle, en se disant que ça fait un bien fou d'avoir rêvé
éveillé pendant deux petites heures et pour finalement constater
qu'effectivement l'onirique destin de notre tendre Amélie est
réellement fabuleux. Comme le film.

David Epelbaum, alias Zyrtox.

-- 
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