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[Avis] The Virgin Suicides (Sofia Coppola - 1999)


  • Subject: [Avis] The Virgin Suicides (Sofia Coppola - 1999)
  • From: "MaXsTaR" <maxstar@dvdmaxx.com>
  • Date: 29 Mar 2001 18:20:18 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
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   THE VITGIN SUICIDES -+- http://french.imdb.com/Details?0159097
   De Sofia Coppola. 1999. États-Unis. 1h37.
   Avec James Woods, Kathleen Turner, Kirsten Dunst, Josh Hartnett, Scott
Glenn, Danny DeVito.
   Scénario : Sofia Coppola, d'après le livre de Jeffrey Eugenides.

Note : Cet avis comporte quelques révélations sur le film qui pourraient
éventuellement en gêner la découverte. Cependant, The Virgin Suicides
n'étant pas un film à "rebondissements" (on nous annonce la couleur dès le
début), cela doit être assez négligeable.


Je pense qu'une chose doit être dite à propos de The Virgin Suicides... Le
film, avant de devenir une "oeuvre analysable", est avant tout "un objet"
qui ne se base pas totalement sur les schémas classiques de la narration. Et
ce qui en découle, c'est que le film est avant tout une histoire
d'atmosphères, de sentiments (par rapport à la musique, aux images...), de
sensualité (à prendre au sens originel du terme) : on ressent Virgin
Suicides plus que l'on ne le vit, le comprend ou (dans un premier temps) que
l'on essaie de l'analyser. Il est assez hasardeux de commencer à décrire un
film comme ça, car en effet c'est en général avec ce genre d'arguments que
sont défendus les mauvais films :) Cependant, une fois n'est pas coutume, on
s'appuiera sur ce fait pour en défendre un (très) bon... :)

    Ainsi, à l'image de la superbe bande annonce du film (qui ne tente,
c'est suffisamment rare pour le souligner, à aucun moment de tromper le
spectateur), Virgin Suicides est un film à atmosphères. Sofia Coppola ayant
travaillé quelques années comme photographe, on retrouve toute son
expérience dans le film. Le choix du format, d'une part, un 1.66:1 qui se
fait de plus en plus rare (au profit du plus large 1.85:1 panoramique) et
qui permet de resserrer le cadre sur les personnages et de développer une
vision quasi-intimiste des évènements. Le sens du cadre, également, sobre et
presque (volontairement) tristounet lors des passages au sein de la maison
des Lisbon afin de renforcer la morosité du lieu. Et d'un autre côté, une
cadre plus "travaillé" et moins classique pour les passages en apesanteur ou
autres moments de tension.

    En même temps, on observe à travail de la photographie complètement
hallucinant. Là aussi ça n'est pas gratuit. Si l'intérieur de la maison des
Lisbon est d'un aspect visuel on ne peut plus austère, les rêves des cinq
jeunes filles sont débordants de lumière et de couleurs aux tons chauds, un
régal pour les yeux au passage. Mais la grande réussite de Sofia Coppola, ça
n'est pas quelques détails ici et là : c'est un tout, un film étonnamment
maîtrisé du début à la fin. Quand on sait que les grands du 7ème art disent
à l'unanimité que c'est en faisant des films que l'on apprend le métier de
cinéaste, il y a de quoi se réjouir pour la suite... Casting et direction
d'acteur sans faille, c'est un plaisir de voir James Woods génial dans son
rôle de "papa la cinquantaine" perdu à cause des évènements et complètement
dominé par sa femme tyran. Kathleen Turner, dans le rôle de la mère de
famille justement, se retrouve complètement transfigurée. Les répliques
glaciales et le look qui va avec, elle est méconnaissable. La jeune mais
déjà expérimentée Kirsten Dunst offre elle aussi une prestation de premier
ordre. Arrivant à exprimer une palette d'émotions impressionnante, elle
passe du rire enchanteur aux larmes dénonciatrices du pathétique de la
situation avec une aisance sans pareil. Le reste du casting, Danny DeVito et
Josh Hartnett (vu dans The Faculty) en tête, sont eux aussi parfaits dans
leur rôles très 70's...

    Ainsi appuyée par la mise en scène, l'ambiance typique 70's devient
crédible et les dominantes de l'époque ressortent : période de tous les
excès, dans le bonheur comme dans le drame, donc période particulièrement
adaptée à la narration de cette histoire, et à coup sûr un élément plus ou
moins déterminant de ce qui arrivera aux cinq jeunes filles. Comme le dit
elle même Sofia Coppola, il était important de garder l'histoire dans les
années 70 car tout ce qui se déroule dans le film est plus ou moins lié à
cette époque, contrairement à un Eyes Wide Shut où le sujet était facilement
transposable malgré plus de deux siècles séparant les histoires de l'ouvrage
de Arthur Schnitzler et du film de Kubrick. Autre chose importante dans ce
film, la rétrospective permanente, avec quelques secondes à peine au présent
(le Trip Fontaine devenu adulte et abonné aux thérapies de groupe :) ainsi
que le narrateur qui lui aussi parle toujours au passé. Celà permet entre
autre d'amener une dimension "récit rapporté" avec tout ce que celà entraîne
: déformation des évènements en premier lieu. Bien que le narrateur soit
supposé omniscient, cette dimension est importante dans le film, et elle est
largement soulignée par les nombreuses "mytho-interviews" de jeunes garçons
qui auraient connus plus ou moins intimement l'une ou l'autre des soeurs,
Lux en tête. Le flou obligatoirement lié au récit passé renforce également
le côté énigmatique des soeurs Lisbon, de plus en plus fermées au monde
extérieur jusqu'à leur mort.

    Mais si Virgin Suicides est capable de nous toucher à ce point, c'est
qu'au delà de ce qu'il raconte (le suicide de cinq soeurs dans un milieu
hyper catho), il nous renvoie surtout à notre propre adolescence. Bien
qu'elle soit encore assez proche pour quelqu'un comme moi et que le recul
n'est probablement pas encore assez suffisant, les ptits malheurs comme les
ptits bonheurs ressortent sans attendre. Lors de la sortie du film, Sofia
Coppola expliquait ce suicide comme un reflet de la conscience des garçons
témoins du drame familial : "La mort des filles est la métaphore de
l'innocence perdue des garçons, la fin de leur enfance. Leur fascination
idéalisée pour ces filles s'achève quand ils prennent conscience que la
perfection ne peut-être qu'éphémère". C'est alors qu'après avoir été
"libérés" de l'enfance grâce à la disparition de la perfection (incarnée par
les soeurs Lisbon), ils peuvent enfin pleinement vivre leur vie (malgré le
souvenir à jamais ancré dans leurs mémoires). Et bien sûr, ce suicide reste
avant tout le moyen pour les seuls Lisbon de se libérer de... de quoi
finalement? De l'oppression constante exercée par la mère de famille?
Certes... Est-ce la seule explication? Probablement pas...

    Si depuis le début on insiste sur l'ambiance du film, comment pourrait
on ne pas parler de la bande originale du film réalisée par le groupe
français Air, une première là aussi. Il est assez marrant de constater que
la BO / Album de Air étant sortie environ 6 mois avant le film, voir Virgin
Suicides (le film) après en avoir écouté la BO donne une impression de tout.
Heureusement, hein, mais un double coup de maître au service d'une telle
réussite, c'est beaucoup. Et mieux : l'impression dominante est bel et bien
que le film est une quasi-mise en images de la musique, et réciproquement.
L'influence du Pink Floyd des années noires (The Wall, Final Cut & Co) porte
ses fruits et donne au score de Air une dimension tragique du meilleur
effet, si j'ose dire. Le film se retrouve plongé dans une ambiance bien à
lui, pas oppressante mais assurément envoûtante. Si vous écoutez par hasard
l'album de Air, je vous défie de ne pas avoir envie de voir le film, et vice
versa.

    En voyant Virgin Suicides, on ne peut également s'empêcher de constater
que le film, à tout niveaux, est éminemment mature. A contre courant des
"nouveaux ptits génies du 7ème art" qui confondent trop souvent clip et long
métrage, Sofia Coppola pose son film. Des plans longs, pas d'effets
inutiles, une mise en scène sobre et en même temps étonnante de virtuosité,
la jeune réalisatrice impose son style et place son film sous le signe de la
maturité (la rétrospective que se fait le narrateur permet évidemment une
approche critique et distanciée du sujet). Bref, Virgin Suicides est un film
à la fois beau et froid, tendre et cruel, décadent comme les années 70 et
réfléchi comme peut l'être aujourd'hui Sofia Coppola. En un mot, culte. En
un peu plus : un film (presque) objectivement merveilleux qui s'appuie sur
une bande originale à son image (à moins que ça ne soit le contraire... :) :
d'anthologie!

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