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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Traffic (Steven Soderbergh - 2000)
TRAFFIC -+- http://french.imdb.com/Details?0181865 De Steven Soderbergh. 2000. États-Unis. Avec Michael Douglas (Robert Wakefield), Don Cheadle (Montel Gordon), Benicio Del Toro (Javier Rodriguez Rodriguez), Dennis Quaid (Arnie Metzger), Catherine Zeta-Jones (Helena Ayala). Scénario : Stephen Gaghan. Photo : Peter Andrews (qui est en fait Steven Soderbergh lui-même). --- N.B. : Ces lignes contiennent peut-être quelques révélations sur le film et, à ce titre, il serait peut-être souhaitable d'avoir vu ce dernier avant d'avoir lu tout cela, pour que sa découverte se fasse dans les meilleures conditions. --- Alors non, je ne puis pas même faire celui qui a vu *tous* les films de Soderbergh. Mais bon, depuis ses débuts avec l'intimiste et fin « Sexe, mensonges et vidéo » qui est peut-être gênant mais sûrement intimidant, notre ami Steven a fait du chemin. Après s'être occupé de sujets proches de l'homme et après le petit interlude tape-à-l'oeil qu'était « Hors d'atteinte », maintenant qu'il a gagné des galons, il en vient depuis le pathétique « Erin Brockovich » à se mêler à de grandes causes. Dans le sus-nommé, il nous cause d'une écolo qui a la tête de Julia Roberts -- y'en a pas beaucoup des comme ça, quand même -- et maintenant, le voilà qui s'attaque au trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine. Allons bon. Mais le plus fort et qui d'ailleurs va aller droit à la perte de Soderbergh, c'est qu'il se veut omniscient et s'ingénue à vouloir nous donner plusieurs points de vue et plusieurs niveaux d'échelle du problème. Son ambition est noble, mais l'exercice paraît peu aisé. Ne lui reprochons pas son manque de connaissance sur le sujet, il semble assez affûté et on sent qu'il a bossé sur tout cela. Mais alors, tant sur le fond que sur la forme, le propos est gras et plutôt mal élaboré, ce qui peut surprendre vu le passé du réalisateur. Ce fameux trafic dont parle le titre permet donc d'entremêler plusieurs histoires dans le film. On a d'une part une histoire en espagnol qui tourne autour du personnage de Benicio del Toro -- peut-être le seul interprète brillant du film -- du côté mexicain ; d'une autre une affaire politico-judiciaire qui veut montrer le sommet de la contrebande, mais qui en fait est à la fois plate et peu crédible ; et enfin la plus succulente, car la plus ridicule, histoire de famille du film, qui est celle de Michael Douglas, qui incarne un riche homme haut placé dans la lutte contre la drogue, et qui est ici carrément mou du bulbe. Voilà, on a soi-disant toutes les facettes : le bas de l'échelle, le haut et la situation politique autour. Seulement, ces beaux principes partent rapidement en vrille pour laisser place à un véritable chaos. Soderbergh a voulu ouvrir plusieurs tiroirs, mais n'a même pas pris le soin d'unir le tout. On arrive à un conglomérat difforme de plusieurs petits morceaux qui n'ont à la limite pas besoin d'être mis dans le même film. Et en plus, on n'arrête pas de passer brutalement du coq à l'âne. On croirait presque que Soderbergh réalise un travail de sappe sur ses spectateurs pour le lasser des va-et-vient. Et ça dure deux heures et demies comme ça... Mais le pire est que notre metteur en scène n'a sûrement même pas pris les bons personnages. Au-delà du fait que la toile soit sacrément éclatée, avec ses rôles à deux francs six sous, on n'arrive quand même pas bien loin. Ils sont d'une passivité et d'une platitude incroyables et, en plus, je ne les trouve pas judicieusement choisis. Personne n'est réellement enfoncé dans le trafic, voire même dans la consommation, au point de ne plus pouvoir en sortir. Pourtant, traiter d'un tel sujet sans que les personnages soient réellement concernés, ou si superficiellement, par le problème paraît quand même un peu difficile et donne un effet « poudre aux yeux ». Ah si, au temps pour moi, Michael Douglas, notre père de famille bourgeois à la garde-robe fournie, *est* concerné. Sa fille Caroline, sa propre progéniture, qu'on voit illogiquement débouler en début de film alors qu'on ne connaît même pas encore les liens de parenté avec le personnage de Douglas, évidemment brillante élève à la base, se shoote à tout va, se prostitue, etc. C'est à se demander ce que le réalisateur aurait pu rajouter pour que le contraste père - fille soit encore plus caricatural. C'est vrai, elle aurait dû être punk. Mais en fait, le film fait mieux encore : tout est bien qui finit bien, puisqu'au terme d'une scène mémorable pour sa nullité extrême -- comment Soderbergh a-t-il pu tomber si bas ?! -- où le notable Douglas écoute sa fille guérie on ne sait trop comment, la morale américaine est sauve. Ah, sacrée intrigue, quand même. Là où l'incohérence est reine dans « Traffic » est qu'à côté d'une petite histoire simpliste comme celle-ci, étant donné qu'on s'est juste contenté de mettre plein d'ingrédients et de secouer vivement, on obtient un *vrai* bordel. Ah oui, ça fait bien, un film complexe sur la drogue. On colle, on décolle, on recolle, et ça ne donne... rien. Peut-être pas du vent, mais c'est tellement flou, tellement peu organisé qu'on ne parvient par moments à ne plus comprendre ce qui se passe. Dommage, hein ? Alors je ne sais pas si ça fait bien de dire qu'un film est réussi alors qu'on n'en perçoit pas les subtilités pendant quelques séquences, mais personnellement, je n'adhère pas trop à cette façon de voir les choses. La clarté n'est pas un défaut de fabrication d'un film, et Soderbergh a ici l'air d'ignorer ce fait. Et puis, du côté technique, il y a cette fameuse photo, qui aura tant fait parler d'elle. C'est elle qui illustre le mieux la maladresse -- on l'espère passagère -- du metteur en scène, qui a vraiment été capable du plus subtil de par le passé, et qui là nous sort le grand jeu grossier. Incroyable d'ailleurs qu'il ait usé d'un pseudonyme au générique pour ne pas mentionner sa responsabilité, en tant que directeur photo. Au sud de la frontière, c'est jaune ; mais alors, bien jaune. C'est à peine si on n'a pas mis du safran sur la pellicule, ou alors, il doit faire drôlement chaud au Mexique. Mieux, nous devons être en présence d'un micro-climat, puisque quelques kilomètres plus loin, c'est-à-dire du côté américain de la frontière, le sol ne fume plus et l'image retrouve des teintes plus normales. Heureusement pour elle ; sauf quand il lui arrive de devenir un peu bleutée : ça, c'est pour symboliser les États-Unis. Pour ceux qui sont un peu difficile de la comprenette, au moins on pose les bases. C'est pour que le spectateur, nécessairement refoulé à un moment ou à un autre par l'histoire qu'on peut à peine suivre, puisse à la rigueur se raccrocher de temps à autre et savoir où on se trouve. D'autant plus qu'on a même à notre disposition des petits bandeaux où est incrusté blanc sur noir le lieu dans lequel la scène à venir se déroule, puisqu'on est trop idiot pour le deviner tout seul. Sympa, Steven. Pour être le plus objectif possible sur le sujet, il faut signaler qu'après nous avoir pris la main avec sa palette de couleurs, Soderbergh insiste moins là-dessus dans la deuxième moitié du film et nous laisse traverser la rue tout seuls. Quelle pédagogie. Mais cette invraisemblance technique camoufle au moins un peu les autres, peut-être moins évidentes mais tout aussi surprenantes de la part de Soderbergh. Déjà, pour dépressuriser un peu l'atmosphère chargée en particules non liées, il nous livre quelques effets comiques complètement déplacés et lourds, qui seraient vraiment dignes d'un scénario d'une série Z américaine et qui font donc légèrement sourire. On se rend parfois compte, en outre, après coup que de nombreuses scènes ne servent ni à l'action ni à la description et sont ainsi purement inutiles. Il ne faut alors pas s'étonner que « Traffic » dure pratiquement deux heures et demies : avec au moins trois quarts d'heures de trop, les passionnés du film peuvent goûter plus longtemps leur plaisir, qui pour moi reste assez opaque. Et puis, que cherche à démontrer le film ? Je me le demande encore. Étant donné que les angles de vue sur le thème me semblent très mal distribués, il paraît alors assez ardu de pouvoir bâtir un exposé convaincant à propos de ce trafic de drogue. La distribution est très poussive (Douglas n'a jamais paru aussi vieillissant), le scénario emprunte des ficelles complètement effilochées, bref, « Traffic » reste un amas superficiel de petites histoires difficiles à suivre sur un même thème, en plus diluées dans la longueur, mais n'est sûrement pas un grand film. Il est évident qu'il ne suffit pas d'une photo appuyée, d'un nom apprécié de réalisateur, d'un semblant de réalité compliquée et d'une morale américaine à la fin pour faire quelque chose de potable. David Epelbaum, aka Zyrtox. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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