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[Critique]2001: L'Odyssee de l'espcae


  • Subject: [Critique]2001: L'Odyssee de l'espcae
  • From: "The Movie Project" <webmaster@themovieproject.com>
  • Date: 12 Mar 2001 17:00:24 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Claranet France
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:614

2001: L'ODYSSEE DE L'ESPACE *****

Réalisateur: Stanley Kubrick (1968)
Scénario: Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke, d'après son roman The
Sentinel
Interprètes: Keir Dullea, William Sylvester, Gary Lockwood
Durée: 145 minutes
Production: Metro-Goldwyn-Mayer
Musique: Johann Strauss, Richard Strauss, Aram KhatchatTurian, György
LigetiI
Photographie: Geoffrey Unsworth


On pouvait s'en douter : en 2001 sort une nouvelle version de 2001. La
concordance des dates n'a sans doute pas pour unique objectif de mesurer l'
impact visionnaire d'un Kubrick new-age, mais également d'utiliser un nom de
légende et un film culte pour attirer les spectateur. Au-delà des
intentions, une évidence : ceux qui n'ont jamais vu ce film ou qui n'en ont
eu qu'une vision sur petit écran doivent se précipiter sur cette occasion, s
'ils ont accès à la salle qui le diffuse.

Il est important de clarifier cette ressortie : aucun bonus par rapport à la
version de 1967, aucune scène sortie d'une salle de montage. Kubrick avait
déjà le « director's cut » à la sortie du film, nous sommes donc face à la
vision souhaitée par le maître, pas à une entreprise de boulimie d'image qui
nuirait sans doute au film. Seule modification : le 70mm original au lieu du
35mm qu'il a été donné de voir en salle.

Une fois ces précautions prises, force est de constater que le film n'a pas
vieillit, tour de force pour un film de science-fiction vieux de trente ans.
2001 est le film-trip ultime et indépassable. Il ne se contente pas de
résumer la civilisation ( grâce à une sublime ellipse : d'un os
préhistorique le réalisateur passe à un vaisseau spatial ! ), il met un
homme face à la totalité de son existence, un homme qui se verra jeune
vieux, mort et fotus à la fois... La portée métaphysique est troublante. On
a beau être parfois déstabilisé, perdu, on n'en ressent pas moins la magie
totalisante de l'ouvre clé d'un cinéaste génial.

La question, toujours la même, qui revient après la vision de ce
space-opéra, est la suivante : pourquoi est-il tellement supérieur à tous
les films de science-fiction jamais réalisés ? En le revoyant sur
grand-écran, la réponse est finalement assez simple : ce film n'est pas dans
la même catégorie. Loin de jouer sur l'évènement, il est résolument tourné
vers l'évolution. Chaque minute est chargée de sens, chaque silence porteur
d'un insondable mystère. Kubrick est plus volontiers l'observateur d'une
civilisation en perdition que le metteur en scène efficace qui veut faire
fonctionner son film. Peut-être se prend-il pour Dieu, en tout cas il le
fait bien. 2001 ne fit pas que toucher l'abstrait, il le construit peu à
peu, et l'abstrait s'empare du moindre recoins du film. On est dans la
totalité, dans une expérience inimaginable, extra-terrestre.

Et l'expérience, loin d'être cérébrale, est pour l'essentiel sensorielle. La
construction sonore féerique est tout bonnement stupéfiante pour l'époque ;
une fois passées les valses spatiales désormais célèbres, on retient les
sons étranges, inquiétants qui tissent l'atmosphère déroutante et
globalisante de ce mystère filmique. Kubrick alterne sans sourciller des
séquences assourdissantes aux reflets de transes chamaniques et le vide
spatiale, silence totale qui dure parfois plusieurs minutes. La salle est à
l'arrêt. Visuellement, le réalisateur de Shining est à la hauteur, comme on
peut l'imaginer. Ses savantes constructions plasticiennes à la rigueur
géométrique sont d'une glaçante perfection totalement justifiée par l'
histoire. Le vu et l'entendu, bref le senti, donne toute son ampleur au film
qui ne différencie plus la forme du fond, qui ne les oppose pas.

Le côté psychédélique du film est peut-être le seul à avoir pris quelques
rides : les séquences style art-vidéo ont un aspect un peu obsolète, on ne
les imaginerait plus aujourd'hui. Pourtant, malgré leur longueur, elles ne
coupent pas l'élan mystique du film et lui donnent au contraire une espèce
de naïveté céleste. 2001 n'est en aucun cas réservé aux hippies hallucinés
ou aux fans de Pink Floyd. Loin d'être béat, il est au contraire
profondément pessimiste, du noir de l'espace. L'homme est éphémère car sa
civilisation contient sa propre destruction. Il synthétise Histoire et
éternité, ne s'intéresse que de loin au péripétie pour développer le mythe,
la légende divinement athée.

Il ne faut pas se tromper de film : ici, la science est aussi importante que
la fiction, le spectaculaire est laisser de côté au profit d'une certaine
idée du vrai. Il ne faut pas être rebuté par sa lenteur, par sa longueur et
ses zones d'ombres. 2001 est un des seuls films du genre à être une oeuvre
personnelle et difficile, à la fois grandiloquente et intimiste. Mais il ne
faut pas parler de film de genre. Personne n'a jamais tenté de refaire un
2001, ni même d'en approcher. Seules des références fréquentes ( Mission to
Mars ) témoignent de l'énorme influence de ce film inhumain.

Le fascinant monolithe qui revient dans le film comme un guide de l'humanité
laisse toujours aussi perplexe ( est-ce Dieu, un extra-terrestre, la
connaissance, tout cela à la fois ? ), au même titre que le fotus géant qui
gravite autour de la Terre à la fin du film. Kubrick n'apporte pas de
réponse directe, il dissimule même ses question. C'est justement grâce à ce
mystère entretenu avec courage que Kubrick construit cette unique poésie
terrassante et sublime, qu'il capte les échos de l'infini.

Que les chanceux qui en ont l'occasion se précipitent sur ce film trop
souvent admiré pour de mauvaises raisons et se régalent de son unique saveur
spatiale. C'est une des expériences de spectateur les plus fortes que l'on
puisse ressentir, une impression de détenir en main les clés de l'univers.
Kubrick réussit la plus stupéfiante et la plus belle des manipulation :
faire croire à l'Homme qu'il a compris le monde.


Benjamin PLANCHON
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