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[AVIS] Manhunter


  • Subject: [AVIS] Manhunter
  • From: "MaXsTaR" <maxstar@dvdmaxx.com>
  • Date: 12 Mar 2001 17:00:19 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Guest of ProXad - France
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.discussion:165777 fr.rec.cinema.selection:616

   MANHUNTER-+- http://french.imdb.com/Details?0091474

   De Michael Mann. 1986. États-Unis. 2h01 - 2h04 (Director's Cut)
   Scénario : Michael Mann d'après "Dragon Rouge" de Thomas Harris.
   Directeur de la photo : Dante Spinotti
   Avec William Petersen (Will Graham), Kim Greist (Molly Graham), Joan
Allen (Reba), Brian Cox (Doctor Hannibal Lecktor)...

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N.B. : Cet avis comporte quelques petites révélations sur le film mais rien
de bien grave, la lecture de ces lignes ne sauraient gâcher l'intérêt du
celui-ci.
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    S'il est une chose que l'on devrait éviter lorsque l'on parler de
Manhunter (Le sixième sens en français... hum ;-), c'est bien de se lancer
dans une comparaison hâtive entre ce film de celui de Jonathan Demne, son
successeur : Le silence des agneaux. Si ce dernier a connu un succès énorme
(et mérité), le film de Michael Mann n'a pas eu cette chance et parler de
flop ne serait malheureusement pas trop exagérer... Il est des films comme
celui-là, extraordinaires, qui n'ont jamais rencontré leur public. Tout
comme Michael Mann et Jonathan Demne (et Ridley Scott!), sont deux metteurs
en scène aux vues et approches d'un même sujet complètement différentes,
Manhunter et Silence of the lambs ne pouvaient logiquement pas se
ressembler...

    Si rapprochement entre les deux films il doit y avoir, cela se fera très
certainement sur le background. Evidemment, les deux bouquins dont les
scénarios sont tirés se suivant, il en est un peu de même pour les films.
Dans Manhunter, Lecter est emprisonné depuis peu, capturé grâce à l'aide de
Will Graham, le personnage central du film. Dans le silence des agneaux il a
eu le temps de s'habituer à la prison... Contrairement à Hannibal qui est la
suite "officielle" et que beaucoup considèrent comme "moins bien que le 1er"
:), les deux "vrais" premiers films ne sont liés qu'officieusement, ce qui
explique des personnages communs aux deux histoires mais ayant des
mentalités / attitudes plus ou moins proches : Lecter est quasiment
identique, rassurant par son ton posé, ce qui accentue paradoxalement le
côté effrayant du personnage. Le Dr. Chilton est pour sa part transformé :
coopératif, globalement sympathique et à l'écoute des autres chez Mann, mais
menteur, intéressé et en quelque sorte acclimaté au milieu dans lequel il
travaille (!) chez Demne. etc...

    Tout ça nous amène à parler du "personnage" chez Mann. Comme toujours,
l'être humain, impliqué dans une histoire qui le dépasse souvent
(Révélations : "des gens ordinaires sous une pression extraordinaire"),
reste la préoccupation principale du réalisateur. Toujours au centre du
cadre, les acteurs occupent une place de choix. Si le face à face par
plexiglas interposé entre Jodie Foster et Anthony Hopkins est aujourd'hui
dans tous les esprits, Michael Mann n'avait pas attendu 1991 pour en faire
autant. S'il fera certainement encore plus fort par la suite avec le célèbre
choc des titans entre De Niro et Pacino dans Heat, ou plus récemment la même
confrontation entre Al Pacino (encore!) et Russell Crowe, les trop courtes
(malheureusement) séquences entre William Petersen et Brian Cox sont d'une
tension et d'une efficacité redoutable grâce à deux acteurs fantastiques et
un sens du cadre (on y reviendra plus loin) exceptionnel. Brian Cox arrive à
donner à son personnage, malgré le nombre réduit de ses apparitions, une
densité que l'on retrouve trop peu souvent au cinéma. Présentant un
personnage posé à première vue, l'acteur montrera rapidement toute
l'ambiguïté de Lecter (enfin Lecktor dans le film) : un homme qui combine
les côtés les plus reluisants et les plus noirs du genre humain : diablement
intelligent, spirituel, érudit même (tout ça sera développé dans les deux
films suivants) et en même temps terriblement diabolique, diaboliquement
malade (conscient?), bref maladivement manipulateur :) Un monstre quoi, et
bien que la folie de l'homme sera plus visible dans les autres films,
quelques répliques de Manhunter, malgré leur banalité hors contexte, sont
carrément flippantes. Un morceau de choix : "Would you like to leave me your
home phone number?" Grandiose!

    En face de Brian Cox, William Petersen qui sortira à son "homologue"
"Will Graham : I know that I'm not smarter than you. - Lecter : Then how did
you catch me? - WG : You had disadvantages. - L : What disadvantages? - WG :
You're insane". Là aussi, un personnage complexe. Will Graham, expert
légiste qui se met dans la peau et l'esprit des tueurs en série pour mieux
les comprendre et qui a parfois du mal à en revenir (hum... The Cell...). Le
Dr. Lecter lui dira à moment donné : "The reason you caught me is that
you're just like me.". Tout ça résume finalement assez bien le personnage du
flic, très ambigu lui aussi. Très professionnel mais ayant tendance à
laisser son métier s'initier dans sa vie privée, on sent son personnage
toujours au point de rupture. C'est une habitude chez Michael Mann :
personne n'est vraiment mauvais, mais personne n'est vraiment bon non plus.
Et autre point marquant chez le réalisateur plus que le personnage, c'est la
famille qui est au centre du cadre de ses films. Dans Heat, les relations
sentimentales n'étaient certes pas au premier plan, mais tenaient une place
plus qu'importante (c'est tout de même ce qui perdra le personnage de De
Niro...). Dans Révélations, si M. Mann aurait pu développer un peu plus le
foyer familial du perso de Al Pacino (un des rares reproches à faire au film
si on y pense), l'entrée dans la vie privée du personnage de Russel Crowe et
de sa famille est saisissante d'humanité et de "réalisme". Et bien le
constat dans Manhunter est à peu près le même et ça n'est pas pour rien si
le film s'ouvre et de referme au sein de la cellule familiale. L'homme qui
le foyer en début de film et le retrouve après avoir rompu définitivement
avec son passé. Une happy end "justifiée" quoi...

    Petite parenthèse avant d'attaquer la suite. On sait qu'un réalisateur,
quand il construit son oeuvre, fait un peu toujours le même film. Scorsese
ou Kubrick en sont deux parfait exemple (parmi tant d'autres). Avec Michael
Mann, c'est aussi le cas. Si la ressemblance entre Heat et Révélations est
frappante (ce sont les même films, assurément), le duo peut même s'élargir
pour former un trio avec Manhunter, donc. La famille, les parti-pris
esthétiques, les ambiances musicales, etc... A tous les niveaux on à affaire
à des sortes de suites (de plus en plus abouties je pense) bien que les
sujets soient complètement différents. Et si Manhunter était le premier film
de cette "série", la barre était déjà placée bien haut...

    Les films de Mann se caractérisent toujours, en dehors de personnages
développés, par un remarquable travail de l'image. La mise en scène tout
d'abord. Comme je l'ai évoqué assez rapidement plus haut, M. Mann a un sens
du cadre assez démentiel : à la fois agréable à l'oeil et en rupture avec
les conventions (je me comprends c'est le principal :), l'un et l'autre
étant certainement liés. Le metteur en scène sait poser sa caméra quand il
le faut (les plans fixes sont nombreux, peut-être plus que dans ses films
suivants), et la diriger, l'animer de manière certainement pas très
naturelle au premier sens du terme mais assurément fluide et semblant couler
de source pour mettre en valeur ce que veut nous montrer le cinéaste. D'un
point de vue strictement "traitement de l'image", Michael Mann et son
directeur de la photo Dante Spinotti ont effectué un travail plus que
remarquable. Si la collaboration entre les deux hommes atteindra des sommets
dans Révélations, le résultat dépasse ici l'entendement. La contribution du
directeur de la photo au film est ici une question de chaque plan.
L'utilisation massive de filtres de couleurs permet de donner à chaque scène
une atmosphère particulière. Avant de réaliser les apports d'un tel travail
de l'image, on se laissera malgré nous emporter par les plans tous plus
beaux les uns que les autres. Comme disait Kubrick : "Un film [...] doit
être une suite de sentiments et d'atmosphères. Le thème et tout ce qui est à
l'arrière plan des émotions qu'il charrie, la signification de l'oeuvre,
tout cela doit venir plus tard [...]". Ce n'est ainsi certainement que lors
des visions suivantes que le bleu nuit des scènes d'intimité, avec un océan
éclatant de luminosité, révèlera toute sa splendeur et sa complexité,
renforçant les côtés intimiste et surréalistes de la scène. Au même titre,
les colorations vertes permettront quant à elles d'intensifier les scènes
d'angoisse. Bref c'est beau, et contrairement à beaucoup de nouveaux génies
le travail formel est là pour appuyer le propos (N'est-ce pas msieur
Fincher? :)...

    Dernier point, mais tout cela ne va finalement que venir confirmer ce
dont on a parlé jusqu'ici, il s'agit la musique. Autre constante chez Mann,
les partitions qui tuent :) Bande originale d'anthologie pour Révélations,
superbe pour Heat... je pense que reparler d'anthologique pour la BO de
Manhunter n'est pas de trop. Musique électronique à fond mais pas
techno-matrix-à-deux-balles pour un sous : on est ici portés par la musique
des maîtres du genre : Klaus Schulze ou encore Kitaro. L'ambiance s'en
trouve renforcée est devient grandiose, comme l'ensemble du film.

    Manhunter, mis à part les personnages et le lien de parenté avec le film
de Jonathan Demne, ne doit a aucun moment être comparé à celui-ci. C'est un
grand film aux richesses innombrables. C'est surtout un très grand film,
assurément indispensable.

MaXsTaR
http://www.dvdmaxx.com

-- 
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