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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Manhunter
MANHUNTER-+- http://french.imdb.com/Details?0091474 De Michael Mann. 1986. États-Unis. 2h01 - 2h04 (Director's Cut) Scénario : Michael Mann d'après "Dragon Rouge" de Thomas Harris. Directeur de la photo : Dante Spinotti Avec William Petersen (Will Graham), Kim Greist (Molly Graham), Joan Allen (Reba), Brian Cox (Doctor Hannibal Lecktor)... --- N.B. : Cet avis comporte quelques petites révélations sur le film mais rien de bien grave, la lecture de ces lignes ne sauraient gâcher l'intérêt du celui-ci. --- S'il est une chose que l'on devrait éviter lorsque l'on parler de Manhunter (Le sixième sens en français... hum ;-), c'est bien de se lancer dans une comparaison hâtive entre ce film de celui de Jonathan Demne, son successeur : Le silence des agneaux. Si ce dernier a connu un succès énorme (et mérité), le film de Michael Mann n'a pas eu cette chance et parler de flop ne serait malheureusement pas trop exagérer... Il est des films comme celui-là, extraordinaires, qui n'ont jamais rencontré leur public. Tout comme Michael Mann et Jonathan Demne (et Ridley Scott!), sont deux metteurs en scène aux vues et approches d'un même sujet complètement différentes, Manhunter et Silence of the lambs ne pouvaient logiquement pas se ressembler... Si rapprochement entre les deux films il doit y avoir, cela se fera très certainement sur le background. Evidemment, les deux bouquins dont les scénarios sont tirés se suivant, il en est un peu de même pour les films. Dans Manhunter, Lecter est emprisonné depuis peu, capturé grâce à l'aide de Will Graham, le personnage central du film. Dans le silence des agneaux il a eu le temps de s'habituer à la prison... Contrairement à Hannibal qui est la suite "officielle" et que beaucoup considèrent comme "moins bien que le 1er" :), les deux "vrais" premiers films ne sont liés qu'officieusement, ce qui explique des personnages communs aux deux histoires mais ayant des mentalités / attitudes plus ou moins proches : Lecter est quasiment identique, rassurant par son ton posé, ce qui accentue paradoxalement le côté effrayant du personnage. Le Dr. Chilton est pour sa part transformé : coopératif, globalement sympathique et à l'écoute des autres chez Mann, mais menteur, intéressé et en quelque sorte acclimaté au milieu dans lequel il travaille (!) chez Demne. etc... Tout ça nous amène à parler du "personnage" chez Mann. Comme toujours, l'être humain, impliqué dans une histoire qui le dépasse souvent (Révélations : "des gens ordinaires sous une pression extraordinaire"), reste la préoccupation principale du réalisateur. Toujours au centre du cadre, les acteurs occupent une place de choix. Si le face à face par plexiglas interposé entre Jodie Foster et Anthony Hopkins est aujourd'hui dans tous les esprits, Michael Mann n'avait pas attendu 1991 pour en faire autant. S'il fera certainement encore plus fort par la suite avec le célèbre choc des titans entre De Niro et Pacino dans Heat, ou plus récemment la même confrontation entre Al Pacino (encore!) et Russell Crowe, les trop courtes (malheureusement) séquences entre William Petersen et Brian Cox sont d'une tension et d'une efficacité redoutable grâce à deux acteurs fantastiques et un sens du cadre (on y reviendra plus loin) exceptionnel. Brian Cox arrive à donner à son personnage, malgré le nombre réduit de ses apparitions, une densité que l'on retrouve trop peu souvent au cinéma. Présentant un personnage posé à première vue, l'acteur montrera rapidement toute l'ambiguïté de Lecter (enfin Lecktor dans le film) : un homme qui combine les côtés les plus reluisants et les plus noirs du genre humain : diablement intelligent, spirituel, érudit même (tout ça sera développé dans les deux films suivants) et en même temps terriblement diabolique, diaboliquement malade (conscient?), bref maladivement manipulateur :) Un monstre quoi, et bien que la folie de l'homme sera plus visible dans les autres films, quelques répliques de Manhunter, malgré leur banalité hors contexte, sont carrément flippantes. Un morceau de choix : "Would you like to leave me your home phone number?" Grandiose! En face de Brian Cox, William Petersen qui sortira à son "homologue" "Will Graham : I know that I'm not smarter than you. - Lecter : Then how did you catch me? - WG : You had disadvantages. - L : What disadvantages? - WG : You're insane". Là aussi, un personnage complexe. Will Graham, expert légiste qui se met dans la peau et l'esprit des tueurs en série pour mieux les comprendre et qui a parfois du mal à en revenir (hum... The Cell...). Le Dr. Lecter lui dira à moment donné : "The reason you caught me is that you're just like me.". Tout ça résume finalement assez bien le personnage du flic, très ambigu lui aussi. Très professionnel mais ayant tendance à laisser son métier s'initier dans sa vie privée, on sent son personnage toujours au point de rupture. C'est une habitude chez Michael Mann : personne n'est vraiment mauvais, mais personne n'est vraiment bon non plus. Et autre point marquant chez le réalisateur plus que le personnage, c'est la famille qui est au centre du cadre de ses films. Dans Heat, les relations sentimentales n'étaient certes pas au premier plan, mais tenaient une place plus qu'importante (c'est tout de même ce qui perdra le personnage de De Niro...). Dans Révélations, si M. Mann aurait pu développer un peu plus le foyer familial du perso de Al Pacino (un des rares reproches à faire au film si on y pense), l'entrée dans la vie privée du personnage de Russel Crowe et de sa famille est saisissante d'humanité et de "réalisme". Et bien le constat dans Manhunter est à peu près le même et ça n'est pas pour rien si le film s'ouvre et de referme au sein de la cellule familiale. L'homme qui le foyer en début de film et le retrouve après avoir rompu définitivement avec son passé. Une happy end "justifiée" quoi... Petite parenthèse avant d'attaquer la suite. On sait qu'un réalisateur, quand il construit son oeuvre, fait un peu toujours le même film. Scorsese ou Kubrick en sont deux parfait exemple (parmi tant d'autres). Avec Michael Mann, c'est aussi le cas. Si la ressemblance entre Heat et Révélations est frappante (ce sont les même films, assurément), le duo peut même s'élargir pour former un trio avec Manhunter, donc. La famille, les parti-pris esthétiques, les ambiances musicales, etc... A tous les niveaux on à affaire à des sortes de suites (de plus en plus abouties je pense) bien que les sujets soient complètement différents. Et si Manhunter était le premier film de cette "série", la barre était déjà placée bien haut... Les films de Mann se caractérisent toujours, en dehors de personnages développés, par un remarquable travail de l'image. La mise en scène tout d'abord. Comme je l'ai évoqué assez rapidement plus haut, M. Mann a un sens du cadre assez démentiel : à la fois agréable à l'oeil et en rupture avec les conventions (je me comprends c'est le principal :), l'un et l'autre étant certainement liés. Le metteur en scène sait poser sa caméra quand il le faut (les plans fixes sont nombreux, peut-être plus que dans ses films suivants), et la diriger, l'animer de manière certainement pas très naturelle au premier sens du terme mais assurément fluide et semblant couler de source pour mettre en valeur ce que veut nous montrer le cinéaste. D'un point de vue strictement "traitement de l'image", Michael Mann et son directeur de la photo Dante Spinotti ont effectué un travail plus que remarquable. Si la collaboration entre les deux hommes atteindra des sommets dans Révélations, le résultat dépasse ici l'entendement. La contribution du directeur de la photo au film est ici une question de chaque plan. L'utilisation massive de filtres de couleurs permet de donner à chaque scène une atmosphère particulière. Avant de réaliser les apports d'un tel travail de l'image, on se laissera malgré nous emporter par les plans tous plus beaux les uns que les autres. Comme disait Kubrick : "Un film [...] doit être une suite de sentiments et d'atmosphères. Le thème et tout ce qui est à l'arrière plan des émotions qu'il charrie, la signification de l'oeuvre, tout cela doit venir plus tard [...]". Ce n'est ainsi certainement que lors des visions suivantes que le bleu nuit des scènes d'intimité, avec un océan éclatant de luminosité, révèlera toute sa splendeur et sa complexité, renforçant les côtés intimiste et surréalistes de la scène. Au même titre, les colorations vertes permettront quant à elles d'intensifier les scènes d'angoisse. Bref c'est beau, et contrairement à beaucoup de nouveaux génies le travail formel est là pour appuyer le propos (N'est-ce pas msieur Fincher? :)... Dernier point, mais tout cela ne va finalement que venir confirmer ce dont on a parlé jusqu'ici, il s'agit la musique. Autre constante chez Mann, les partitions qui tuent :) Bande originale d'anthologie pour Révélations, superbe pour Heat... je pense que reparler d'anthologique pour la BO de Manhunter n'est pas de trop. Musique électronique à fond mais pas techno-matrix-à-deux-balles pour un sous : on est ici portés par la musique des maîtres du genre : Klaus Schulze ou encore Kitaro. L'ambiance s'en trouve renforcée est devient grandiose, comme l'ensemble du film. Manhunter, mis à part les personnages et le lien de parenté avec le film de Jonathan Demne, ne doit a aucun moment être comparé à celui-ci. C'est un grand film aux richesses innombrables. C'est surtout un très grand film, assurément indispensable. MaXsTaR http://www.dvdmaxx.com -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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