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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Starship Troopers
Starship Troopers (Paul Verhoeven 1997, avec Casper Van Dien, Dina Meyer,
Denise Richards)
Dans le futur, les Terriens (qui semblent définitivement américanisés)
vivent en guerre froide avec d'affreux insectes géants, habitants d'une
planète lointaine. Quatre étudiants du même college s'engagent à l'académie
militaire et y sont surpris par la guerre, qui éclate lorsque les bugs
lancent une perfide attaque-surprise contre une grande ville. D'abord
séparés par leurs affectations militaires et de petites bisbilles
sentimentales, les quatre jeunes soldats et soldates se retrouveront dans le
corps expéditionnaire et feront assaut d'héroïsme pour remporter une grande
victoire...
Verhoeven n'a pas la prétention de "renouveler le film de guerre" (avec le
résultat rance de plusieurs tentatives dans ce sens) : il propose plutôt une
accumulation de tous les procédés du genre. La science-fiction est prétexte
à mettre à nu les recettes des films guerriers hollywoodiens, et en
particulier leurs mécanismes manipulateurs, en pratiquant une sorte de
dénonciation par l'outrance. Rien ne nous est épargné. Au niveau de base,
tous les poncifs du genre : l'action soutenue par la romance; la succession
prologue-escarmouches désastreuses-crise de confiance, puis second souffle
guerrier avec climax héroïque et victoire (d'une bataille, mais non de la
guerre...); boot camp avec adjudant vociférant et entrevues viriles;
bagarres entre fantassins et aviateurs (pour les beaux yeux de la
pilote...); parties de football (américain) au college, qu'on évoquera au
moment de l'assaut suprême; officier supérieur envoyant les hommes au
casse-pipe, montée en grade des protagonistes qu'on retrouve finalement dans
le rôle de leurs anciens instructeurs... Tout ça joué par des comédiens
issus paraît-il de la Télévision, ayant tous des gueules d'amour
irrésistibles, tout droit sorties d'un feuilleton pour ados. A l'occasion
d'ailleurs, leur visage apparaît tellement parfait et lisse qu'on croit voir
des images de synthèse...
A un niveau déjà plus figuré, Starship Troopers remet en scène de nombreuses
scènes célèbres du répertoire épique américain : l'attaque traîtresse sur
Buenos-Aires (lisiblement celle de Pearl-Harbour), le débarquement dans des
barges qui ressemblent à celles de Normandie, mais aussi un sauvetage in
extremis par un engin volant qui rappelle l'évacuation de l'ambassade
américaine de Saïgon en 1975... Verhoeven aime bien John Ford : le camp
retranché assailli par les insectes rappelle celui des tuniques bleues dans
la Chevauchée fantastique, commandé par ce même John Wayne qui tire dans les
yeux d'un Indien mort dans la Prisonnière du désert, exactement comme le
fait un trooper face au cadavre d'un bug...
Et Verhoeven a de l'humour ! Par exemple, on apprend (avec plaisir) que la
douche de cette armée du futur entièrement mixte elle aussi... La
transposition en version bi-sexe d'une scène qu'on a l'habitude de voir
"garçons entre eux" (avec belles épaules, huées, claque sur les fesses...) a
une petite étrangeté réjouissante... mais on se demande un instant si on
n'assiste pas à un ultime avatar du plus féroce puritanisme ! Verhoeven
cache comme ça beaucoup de petites finesses dans so blockbuster, par exemple
un certain comique langagier : Rico est puni pour avoir causé la mort d'un
camarade dans un exercice (ce qui n'est apparemment pas trop grave chez le
troopers) : pour faire bonne mesure, on le condamne au "administrative
punishment", qui consiste à se faire administrer... dix coups de fouet !
prétexte d'ailleurs à une délicieuse exhibition musclée. En passant :
comment nous aurions réagi si Verhoeven avait fait fouetter une femme ?
Bref, ce qu'il faut de talent et d'humour pour qu'on se suprenne à passer un
très bon moment à voir approcher la victoire des gentils humains contre ces
affreuses bestioles... La force de Starship Troopers est son double langage
: la fameuse autodérision ("corporate irony"), outil omniprésent du cinéma
américain d'action des années 80 et 90 (inaugurée par Spielberg dans les
chevaliers de l'arche perdue), gage habituel de la légèreté absolue qui doit
caractériser le film à succès pour ados, peut se lire comme une dénonciation
virtuose du langage cinématographique utilisé comme arme de propagande.
Quand à Genève, devant la "Citizen Federation" assemblée, le général
"humain" exhorte le monde au combat, "to ensure that human civilization, not
insect, dominates this universe, now and always !", personne (dans la salle)
ne se prend-il donc à penser : "en quel honneur ?"
Ph de Saussure 10 février 2001
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