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[AVIS] Le pacte des loups -- Christophe Gans


  • Subject: [AVIS] Le pacte des loups -- Christophe Gans
  • From: gmoreau <le_drac@mail.dot.com>
  • Date: 02 Feb 2001 18:20:12 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Keywords: La Guerre, c'est la Paix
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: Club Chanzy http://www.chez.com/sifredius
  • Reply-to: le_drac@mail.dotcom.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:591 fr.rec.cinema.discussion:159897

Bon, vous avez pas pu râter la promo, alors...

Que dire que dire... 

J'avais bien aimé Crying Freeman du même Gans, et au vu des ses
interviews j'ai comme qui dirait les mêmes goûts cinématographiques
que lui (ou presque)... ce qui s'est révélé assez emmerdant, car Gans
adore citer et ça devenait question pour un champion, sujet cinéma...
Bon je dois dire que c'est un film à voir, parce que sur sa télé, ça
doit pas être aussi bien, mais bon, c'est pas non plus un chef
d'œuvre, mais cela pour une raison singulière que j'avoue n'avoir
jamais vu ailleurs :
il ne manque rien à ce film, il y en a au contraire beaucoup trop !
Trop de tout et donc in fine ce film n'a pas de saveur particulière et
est bien loin de tout ce qu'il a permis de goûter...

Bref, le Pacte des Loups, c'est comme un repas trop riche, on est gavé
de partout (y'a même des redites, comme la mort d'une bergère, il nous
le fait 2 fois ! la première fois est totalement inutile...) et du
coup on n'apprécie pas franchement l'ensemble même si la plupart des
détails sont en eux-même très bien, l'ensemble ne vaut pas la somme
des détails et le tout paraît bien long...
En fait Gans oublie une leçon de cinéma que prend Kirk Douglas dans un
de ses films (celui où il fait un film avec des hommes chats, me
rappelle plus le titre) à savoir que dans un film, il faut des temps
morts pour qu'il y'ait des temps forts... 
Mais là, Gans veut trop en faire, le film TOTAL : le film d'action, le
film d'épouvante, le film policier, le film romantique, le film de
suspense, le film de kung-fu, le film de cape et d'épées, etc. le tout
dans UN film, donc pas de temps à perdre. Il en ressort qu'on passe
constamment d'un genre à l'autre et qu'on a l'impression que Gans, à
vouloir nous emmener partout Gans ne nous emmène nulle part.

Pourtant, tout y est ! 
Le scénario est très bien, et sans un scénario, j'y reviendrais, y'a
pas de bon film.
Les personnages sont également très bien, il y en a une belle galerie,
et comme Gans le soulignait lui-même, il les a tous soignés autant que
faire ce peut.
La photo est très belle aussi, le pays, les décors et les costumes y
sont pour beaucoup.
Les images, disons que Gans pêche là encore par excès, on sent qu'il
se fait plaisir et des fois ça vire à la démonstration de son matériel
numérique alors qu'on peut y voir au moins deux vilains FX : comme
dans Titanic, les personnage qui marchent rajoutés dans le fond lors
d'un pano semblent glisser avec le pano. Dans Titanic c'était les
passagers sur le bateau et là c'est des rabatteurs lors d'une chasse.
Idem pour la fin et les reflets sur l'eau et l'horizon franchement
colorié, pas beau.
Mais à part ces 2 secondes, nickel. Mais le côté démo est énervant à
la longue, surtout que beaucoup de ces effets sont gratuits.
Les bruitages... bon alors là bémol. J'avoue qu'au début, il y va un
peu fort et ça fait un peu guignol le genre je marche dans l'eau et ça
fait splash comme si ma bagnole était tombé dans la l'Isère... Il
aurait pu y'aller plus crescendo !
Mais bon, rien que des choses très bénignes, le genre de petits
détails que l'on relève pour critiquer malgré tout...

[ SPOILERS ]







Tous les ingrédients sont là, mais la sauce a du mal à prendre. Il a
tellement de choses que tout est mal exploité. Commençons par dire
d'abord le bien outre la liste sus-citée :
- l'exploitation d'un fait historique, genre l'histoire derrière
l'Histoire.
- la non lourdeur de Gans dans sa narration : il a le bon goût de ne
pas prendre les gens pour des cons et de trop insister sur les choses
pour que même les débiles mentaux comprennent le film (genre Matrix :
« on est dans un programme informatique » 2043e fois pour Ducon qui
comprend pas pourquoi on peut sauter de 70 m sans se faire mal).
Exemple, l'espion du pape n'est mentionné qu'à une seule reprise au
début et incidemment, de sorte que l'on passe pas son temps à le
chercher et qu'on mette 5 minutes pour trouver et donc qu'on est en
avance sur le film... Bref, on est toujours intrigué par l'histoire.
Bon, pour moi, un scénario, c'est 50 % d'un film... donc sur ce coup
c'est bien, mais pas suffisant...

CAR (commençons là notre longue liste)
Ce scénario est mal exploité justement parce que Gans ne sait pas de
quel côté il veut nous emmener, et, de peur d'oublier une citation
d'un des multiples genres qu'il apprécie (même les jeux vidéos c'est
dire s'il y en a), il laisse retomber un à un tous les soufflés qu'il
a mis au four. Ainsi :
- le caractère cyclique du film : Apcher, qui a vaincu la bête créé
par l'ancien monde va périr par celle née du nouveau. Très bonne idée,
mais encore, à peine effleurée, le flash back et la narration
apparaisse alors comme superflus alors qu'il donne vraiment un côté
profond au film, ce côté tout recommence, qui fait que la vraie fin du
film n'est pas dans le Titanic revisité qui vogue vers l'Afrique (on a
failli avoir « I am the king of the world » avec les portraits de
l'artiste finissant dans l'eau...)

- les contrastes. Tout repose là-dessus. Au vu du foisonnement du
film, il ne pouvait se reposer sur une seule opposition claire, mais
bien par contrastes successifs. Mais pour qu'il y'ait contraste, il ne
suffit pas qu'il y'ait opposition, il faut qu'il y'ait tension.

Pourtant, tous les ingrédients sont là encore une fois :
- Emilie Dequenne et Monica Bellucci forment le seul contraste assez
réussi tellement il est limpide. 
- Marc Dacascos. Idée géniale de Gans àma. Alors que tout le film
baigne dans une mystique catholique, le personnage du chamane indien
aurait été un bon contrepoint... Oui mais voilà, encore une fois, Gans
nous fait un collage sans queue ni tête. Après être mis en appétit
dans cette athmosphère mystico diabolique, le personnage de Mani est
tellement bien brossé que finalement on a le droit à des extraits du
Dernier des Mohicans au milieu de la symbolique chrétienne chère à
John Woo et à pratiquement tous les thrillers un peu surnaturels...
- Dans le même registre, le personnage de Jean Yanne passe du coup au
travers, car ce contrepoids de scepticisme qu'il joue en face de sa
femme et des autres, ne sert in fine à rien car Gans n'ayant pas voulu
nous plonger totalement dans une ambiance de croyances établies grace
à l'apport Indien, le sceptique c'est le spectateur...
- La trame politique : là encore c'est fait avec intelligence, le fait
d'une justification politique à tout cela, les oppositions, celle du
roi, celle du pape qui essaient de comprendre et d'en finir avec ce
problème donne au film une dimension supplémentaire que beaucoup de
grosses cylindrées américaines dans ce goût là n'ont pas (en général,
made in USA c'est toujours l'œuvre d'un fou, plus fou que fou, mais un
fou donc sans raison valable...) 
- La chasse : il y'a 2 chasseurs. Mani (Dacascos) et Jean-François de
Morangias (Vincent Cassel). Là encore, l'opposition est claire, là
encore, 2 visions de la chose totalement opposées.
etc. etc. je pourrais ne jamais m'arrêter tellement les personnages
secondaires sont des pôles d'opposition les uns par rapport aux
autres, toujours sur des plans différents qui se renvoient non pas
deux à deux, mais les uns aux autres toujours différemment...
Mani au prêtre ou à Jean François, le prêtre au comte ou à la
comtesse, le comte à sa fille Marianne ou à son fils Jean-François,
Jean-François à Apcher ou à Mani, etc. etc. que se soit sur le plan
des croyances, des espoirs, des psotures, des actes, etc. 

Oui mais voilà, pour que toutes ces tensions se créent, que la
mayonnaise prenne, il faut un lien. Et ça c'était le rôle de Fronsac,
le seul personnage qui s'insert dans toutes ces tensions, quelles
qu'elles soient. Grégoire de Fronsac était le point sur lequel se
renconte toutes les tensions créées par cette galerie de personnage.
Hors il n'en est rien. Le Bihan navigue là dedans presque comme si il
était à peine concerné, avec un côté détaché qui de ce fait empêche
les tensions si bien architecturées de se créer. À mon avis, ce n'est
pas l'acteur qui est cause, mais bien le rôle. 

Gans a voulu un premier rôle et énormément de rôles secondaires. C'est
très bien, mais on ne peut suivre qu'un personnage (sauf à faire dans
un autre genre, style Short Cuts) et c'est donc bien au travers de lui
que doivent se régler toutes ces oppositions si bien mises en place.
Mais là, non, Fronsac fait son petit bonhomme de chemin, comme les
autres, et finalement on ne rentre pas franchement dans le film. On
n'y rentre, et on n'y sort, le temps d'attrapper un autre truc
d'intriguant et quand celui-ci est réglé, et bien c'est self-service,
chacun choisit ce qu'il aime et du coup, on en laisse beaucoup de
côté !

Bref, au lieu de nous faire un buffet, Gans aurait dû nous faire un
menu découverte saveurs du monde, une touche de ci, une touche de ça,
et comme dans tout menu, un cheminement bien spécifique, qui permet de
ne rien râter. Mais Gans en a tellement mis dans les assiettes qu'il
s'est dit qu'un buffet ça vaudrait mieux, du coup personne n'aura
mangé de tout... et le repas aurait été sinon quelconque du moins pas
exceptionnel.

Résultat, bon film, mais déçu. Comme une bonne rétrospective, Le Pacte
des Loups donne envie d'aller voir des films de tous les genres qu'il
n'a fait qu'effleurer, ce qui est en soi une bonne chose, mais à mon
avis n'en est pas une pour le film.








Gaëtan
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Le rationalisme sert de rempart philosophique à l'humanisme, dont il
est aussi le fondement, et l'humaniste, dans l'illusion d'avoir atteint
l'universalité, dissimule derrière ce rempart la faiblesse du moi et
l'inconsistance de son point de vue subjectif.    --    Mishima

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