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[Avis) "La Confusion des Genres"


  • Subject: [Avis) "La Confusion des Genres"
  • From: "Alexandre Tylski" <alexandre.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: 08 Jan 2001 18:20:06 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Wanadoo, l'internet avec France Telecom
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:586

[Avis] LA CONFUSION DES GENRES
[Spoilers] Ecrit et réalisé par Ilan Duran Cohen
Avec Pascal Grégory, Nathalie Richard, Julie Gayet,
Alain Bashung, Vincent Martinez et Cyrille Thouvenin.
Distribution : Haut et Court. 94 minutes.

Les déambulations et hésitations d'un avocat d'âge mur épris attiré
par les deux sexes, nageant en pleine confusion, fusionnant donc à
gogo sans avoir l'impression d'être jamais vraiment amoureux alors
qu'il l'est par les êtres avec lesquels il passe sa vie. Cette comédie
(mais est-ce uniquement une comédie?) est enlevée, absurde, juste,
incisive, personnelle. Et surtout extrêmement drôle. Mais à travers
un humour léger sans mimiques convenues ou plans signifiants bien
"l'humour", mais à travers une drôlerie emmenée par la justesse des
mots et des acteurs. Je suis ainsi tombé plus que jamais sous le
charme de Cyrille Thouvenin et Julie Gayet, deux seconds rôles qui
illuminent le film, au-delà même des performances magnifiques de
Pascal Grégory et Alain Bashung. Un vrai film d'acteurs sans que
cela soit ici péjoratif comme cela pourrait l'être ailleurs !

Autre jeu, celui des doubles (miroirs du salon de coiffure), des diables
dans leurs boîtes (Thouvenin jouant une sorte de Rimbaud entrant dans
les plans toujours par surprise et de manière fracassante), le bébé dans
le ventre de sa mère telle une autre boîte allégorique, Grégory en Paul
Verlaine souvent coincé dans le cadre entre deux routes, deux fenêtres,
vivant dans une bulle étouffante et troublante. Un monde qui finira dans
le dernier plan dans un couloir d'hôpital fait de chambres, de pièces et
de possibles, comme d'autres boîtes vache qui rit, à dérouler à l'infini.
Et le double diabolique qu'est la parole (ce mensonge) en contradiction
avec le corps brut qui ne ment jamais ici. Tous dans le film disent des
choses qu'ils n'ont pas la force de faire, et ce du début à la fin. L'humour
naît dès lors souvent dans ce film de cette bataille parole/corps. Parole
qui est aussi en grande partie la réussite de ce film - dialogues absurdes
et délirants où tout s'entrecroise finalement telles de subtiles variations
musicales et enjouées se cherchant et s'attaquant puis se réunissant.

Mais outre ces beaux jeux (qui, une fois n'est pas coutume, révèlent aussi
des "Je"), j'ai beaucoup aimé le jeu des surexpositions subtiles et à peine
visibles "dans le fond des images", un blanc époustouflant et lunaire venant
parfois immerger un visage, un plan ou une pièce. Cette surexposition a eu
sur moi l'effet d'un leitmotiv musical, comme un retour lucide, une marque,
un signal, une griffe du cinéaste sur son film, sorte d'appel. La confusion
résiderait presque toute entière pour moi dans cette blancheur courageuse
et ouverte qui rend tout flou, douteux par un excès de clarté. Les contours
des formes rigides deviennent alors souples et incertains. La confusion des
gens : lumière diffuse mais éclatante. J'ai aussi vécu cette surexposition
comme une volonté claire de ce cinéasté-écrivain à dire au grand jour ce qui
est caché souvent aux yeux du monde. Un film ouvert donc qui se dévoile et
se doit d'être découvert. A voir absolument !

-- Alexandre Tylski

-- 
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