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[AVIS] American History X (1998)


  • Subject: [AVIS] American History X (1998)
  • From: zyrtox@frsf.org (Zyrtox)
  • Date: 7 Jan 2001 13:21:26 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: La mienne
  • References: <937mre.3vuaoaj.2@ajax.zyrtox.org>
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:585

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

   AMERICAN HISTORY X -+- http://french.imdb.com/Details?0120586
   De Tony Kaye. 1998. États-Unis. 1h55.
   Avec Edward Norton (Derek Vinyard), Edward Furlong (Danny
   Vinyard), Beverly d'Angelo (Doris Vinyard).
   Scénario : David McKenna.
   Photo : Tony Kaye.


---
N.B. : Ces lignes contiennent peut-être quelques révélations sur le
film et, à ce titre, il serait peut-être souhaitable d'avoir vu ce
dernier avant d'avoir lu tout cela, pour que sa découverte se fasse
dans les meilleures conditions.
---


Lorsque l'on traite d'un sujet comme la lutte contre le néo-nazisme
ou bien contre ses réminiscences du passé, mieux vaut faire
attention. C'est une cause noble, mais la hardiesse est de rigueur.
Pour son premier film, Tony Kaye, sur la tête duquel les casquettes
de réalisateur et de chef opérateur s'amoncellent, aurait dû faire
extrêmement attention à cela. Si l'on gratte et évacue le côté
tape-à-l'oeil, quasi caricatural même, qui émane de son travail, il
ne reste malheureusement plus grand chose. 

Mais revenons-en au film. Derek Vinyard est un néo-nazi. Un vrai, un
pur, un dur. Il a bien sûr les cheveux ras et porte même une énorme
croix gammée sur le pectoral droit, qu'on voit dès la première minute
de bobine, d'où commence déjà la caricature et le grotesque, et qu'on
ne peut vraiment pas manquer. Il a bien évidemment de vraies pensées
extrêmistes sur tout, comme le film en demande. Et puis, un soir,
puisque des gens de couleur allaient lui prendre son véhicule devant
chez lui -- on apprendra plus tard qu'ils ont un contentieux, parce
que monsieur Kaye manie le flashback, comme moi je manie les balles
de jonglage, c'est-à-dire très mal --, il devient très énervé, même
vert de rage (ah non, pas vert ; tout se veut blanc chez lui). Il
prend son arme et tire sur les deux énergumènes. Hop, prison. Pour un
double-crime racial, il ne prend d'ailleurs au plus que quelques
années. Comme c'est bizarre... Mais passons, on n'est pas à une
incohérence près. Et puis, quand il sort, il devient totalement
ouvert, revient sur son passé foireux, s'est laissé pousser les
cheveux, etc. Décidément, la prison, ça vous change un homme ! Mais
le plus étonnant, c'est que le petit frère aux idées identiques à la
base devient, sans aller en prison mais juste en écoutant son aîné
(!), le plus saint des saints, ce qui est quand même sacrément gonflé
de la part du scénariste. 

Ce dernier se moque délibérément du spectateur. C'est d'ailleurs à se
demander comment il aurait fait pour créer des personnages plus
grossiers : il n'aurait pas pu. Les personnages ne sont pas fades,
ils sont totalement dénués de personnalité et d'originalité, et
complètement imprégnés de non-sens. Ah, c'est sûr, on ne fait pas
dans la nuance avec « American History X » ! Si on simplifiait à
l'extrême, on ne serait même pas dans le faux, tant les protagonistes
ont un rôle découpé au burin. On trouve pêle-mêle dans la famille :
Derek, le néo-nazi extrêmiste qui par la suite se rebiffe contre le
Mal, le petit frère Danny qui fait pareil, la mère complètement
déprimée et au bord des larmes pendant les deux heures, et... l'ami
xénophobe de Derek, tellement gros qu'on se demande si cela aussi
n'était pas également fait exprès, tellement sa « ventripotence »
éclate à la caméra, comme pour rigidifier les propos déjà extrêmes du
personnage qu'il joue, qui s'adonne à des chants racistes en voiture
et exprime toute sa haine, devant un réalisateur qui n'en demandait
pas tant.

Ce qui m'inquiète davantage dans la démarche de Kaye, c'était son but
en bâtissant ce film. On peut encore faire l'impasse sur la façon
d'arriver à ses fins, mais le problème est que je doute qu'elles
existent réellement. La finalité de tout cela était-elle de montrer
que la rédemption d'un tel extrêmiste est possible ? En fait, si on
réfléchit un tant soit peu à cela, l'incohérence nous saute
rapidement aux yeux, puisque le réalisateur s'est lui-même empêtré
dans l'extrême, en mettant en scène dès le début du film un
personnage bien trop englouti dans ses immondices pour qu'il puisse
recouvrer la raison. Montrer que la prison peut parfois être
bénéfique pour remuer les mentalités de gens qui s'engouffrent
irrémédiablement dans l'impasse ? Peu probable également, bien que le
film s'attarde longuement sur la détention. Non, en fait, rien de
tout ça. Ce qui ressort réellement de ce film, c'est l'extrême poncif
qui consiste à dire : « le racisme, c'est pas bien ! » avec un pouce
dans la bouche et la poupée dans la main, mais on n'avait pas attendu
Tony Kaye pour le comprendre. Désespérant.

Le plus décevant du film, sur lequel on ne peut pas ne pas insister,
c'est la mise en scène mauvaise et ratée, qui fait que ce film est
réellement une agression pour le spectateur, sous tous les points de
vue. Kaye a tout d'abord pris le parti d'utiliser l'outil du
flashback pour nous conter son histoire, mais il n'aurait vraiment
pas dû procéder ainsi. D'une part, il prend ostensiblement le
spectateur pour un abruti, puisqu'il prend la peine de mettre en noir
et blanc le récit des faits passés et en couleurs les faits présents,
comme si ce spectateur n'avait pas pu comprendre de lui-même à quoi
correspondent les différentes scènes. Pire, les va-et-vient
perpétuels entre passé et présent sont lassants, fatigants et
désespérément maladroits, tellement on s'attend à les voir arriver.
Il lui fallait soit faire son histoire dans un ordre chronologique,
soit faire des retours plus efficaces et moins nombreux, et non pas
gaspiller cette arme qui peut se révéler efficace quand elle est
bien utilisée, mais ce n'est manifestement pas le cas ici. 

Et puis, quelle violence dans le propos et dans les images ! À quoi
sert-elle ? Kaye, qui eût tant souhaité faire un film fin sur un
sujet dur, tombe vraiment dans l'excès, en assénant au spectateur des
coups brutaux -- si cela avait été suggéré et pas montré, ç'eût été
cent fois plus réussi -- et réellement superfétatoires. Quand on voit
Norton écraser la face du Noir dont les dents sont accollées au
bitume, on a mal ; non pas pour le pauvre homme (enfin si, quand
même !), mais à cause de l'agression qu'on subit en voyant cela, ce
qui n'était pas vraiment nécessaire, puisque cet individu était déjà
quasi-mort. Le metteur en scène se sent aussi obligé dans un tel film
de nous montrer la mise à sac par les extrêmistes d'un supermarché
tenu par des Sud-Américains, filmée d'une façon tellement violente
qu'elle en est désagréable pour le spectateur. Et je ne m'attarderai
pas sur la toute fin du film qui parle d'elle-même. 

En toute objectivité, même dans ce film excessif, je me dois de
rendre hommage à la splendide prestation de l'excellent Edward
Norton, qui joue ici d'une façon remarquable et qui parvient réellement 
à incarner l'extrême extrêmiste que son metteur en scène réclamait
tant. Le jeune Furlong n'est pas mauvais non plus et fait bien passer
son message. Après, les qualités des autres sont bien plus masquées,
à cause de personnages à la base réellement trop caricaturaux. 

Finalement, ce film plutôt prétentieux sombre dans l'outrance, ce qui
était le réel danger du thème abordé, et dans lequel Tony Kaye s'est 
précipité. « American History X », pour n'en retenir que les bons 
côtés, n'est que le terrain idéal pour Edward Norton de montrer tout 
son talent d'acteur. Dans l'absolu, le film est, dirons-nous, passable. 
Pour un film dans ce genre, à cause des trous de scénario et de la mise 
en scène défaillante, il est carrément raté.

David Epelbaum, aka Zyrtox.
-- 
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