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[AVIS] Topsy-Turvy


  • Subject: [AVIS] Topsy-Turvy
  • From: rbuthigieg@free.fr (Romain)
  • Date: Sat, 16 Dec 2000 02:22:50 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Guest of ProXad - France
  • References: <1ellbhc.1teo04geigrqsN%rbuthigieg@free.fr>
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:577

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Après le premier post de Xavier sur le film, je vais en rajouter une
petite couche.

Topsy-Turvy est sorti le 29 décembre 2000 en France. Auparavant, il fut
projeté en avant-première au Forum des Images lors ddu festival du
cinéma britannique.

Sorti sur dix écrans à Paris (dont les fameux UGC Ciné Cités), la
seconde semaine d'exploitation, il ne hantait déjà plus que trois
cinémas (Les Sept Parnassiens, l'Orient Express et le St-Lazare
Pasquier). Cette semaine, il n'est déjà plus à l'affiche sur Paris.
C'est dire son énorme succès.

Et pourtant, sans crier au chef d'oeuvre, ce film est très réussi. Ecrit
et réalisé par Mike Leigh, Topsy-Turvy (traduction "sens dessus dessous"
ou encore "sans queue ni tête") raconte l'histoire de Gilbert &
Sullivan, respectivement libretiste et compositeur de célèbres opérettes
dans les années 1880 (la plus célèbre doit être le "HMS Pinafore"),
ancêtre des comédies musicales. Ces opérettes bien que répétitives,
obsolètes et affublé d'un livret racontant des histoires sans queue ni
tête ont fait le succès de ces deux personnages et ont ancré la
tradition des comédies musicales dans la culture anglaise.

Suite au semi-échec de Princess Ilda, leur dernière oeuvre présentée
comme toujours par la troupe du Savvoy Theater, Sullivan, malade de ses
reins, s'accorde un temps de repos en France, et décide de ne plus
écrire pour les opérettes de Gilbert qu'il juge, à juste titre, sans
queue ni tête (topsy-turvy, donc).

Gilbert n'en sachant rien, et lié par contrat au Savvoy Theater avec
Sullivan pour continuer d'écrire ensemble, planche sur leur future
oeuvre, une sombre histoire en Italie avec mage et potion magique -
bref, encore une pièce du même acabit que les précédentes. Sullivan
revient, revigoré par son séjour en France, et refuse d'en composer la
musique, souhaitant se consacrer à un Opéra avec un grand "O".

Suite à ce désaccord, Gilbert, lors d'une exposition sur l'art Japonais,
écrit un nouveau livret en enlevant toutes fantaisies délirantes - mais
en conservant son style. C'est une histoire d'amour au Japon. Sullivan
séduit par l'abandon d'histoires magiques accepte de se remettre à la
tâche. Ils composent alors leur chef-d'oeuvre : Mikado.

Le film se décompose en trois parties. D'abord, la vision de
Sullivan, ce qu'il pense de ses compositions, de sa maladie et de son
désaccord avec Gilbert. Puis, Gilbert qui apprend que Sullivan ne veut
plus de lui comme partenaire, et s'attelle à la réécriture de son
livret. Et enfin, les répétitions du Mikado avec la présentation au
public.

Intégralement tourné en intérieur (deux scènes sont en extérieur sur un
film de 2h40 !), nous sommes loin d'y retrouver les exubérances de films
comme Oliver Twist et les reconstructions historiques du Londres de
1880. Ici, on reste principalement dans des salons, dans des théâtres et
dans des salles de répétitions. Ce manque d'oxygène finit par étouffer
le spectateur. Le film, c'est certain, en fait les frais. Raccourci
de quelques passages, la dynamique eut été plus forte (surtout pendant
la première partie).

Les décors et les costumes donnent cependant au film un grand réalisme,
et le rendent vivant - comme le disait Xavier dans son post. Maquillage
perfectible des acteurs, décors de théâtre opulent, canicule
londonnienne, etc. tant d'éléments qui aide vraiment le film.

La réalisation est classique. Peu d'effets appuyés, on notera l'emploi
quasi systématique lorsqu'il y a deux personnages dans le champs d'un
plan large (comparer l'affiche de Secrets & Lies avec certains passages
à table chez Gilbert : les deux personnages sont de profil, chacun au
bout de la table, la caméra filme l'intégralité de la table, des pieds
jursqu'au-dessus des têtes).

Quelques regrets tempèrent mon enthousiasme, mais ils sont bénins. Par
exemple, lors des répétitions, on insiste beaucoup plus sur les acteurs
et la mise en scène que sur la répétition de la musique (séquence de 5
mn maxi sur le sujet). Le revirement de Sullivan ("Non, je ne veux plus
composer" - "Bon, d'accord, je veux bien") est à peine expliqué alors
que sa position au début du film est longuement justifiée.

En dehors de l'histoire des deux auteurs, on assiste, en parallèle, aux
répétitions et surtout au cabotinage des acteurs. C'est une pure
jubilation que d'entendre un reproche fait sous la forme d'un
compliment. "Cette opérette est très mauvaise" dit un premier acteur, le
second rajoute "Moi, je l'aime bien", et le premier dit "Oui, pour toi,
elle est bien, mais pour moi, elle n'est pas assez forte : mon rôle dans
la pièce n'est pas assez conséquent", etc.

C'est d'ailleurs avec les acteurs du théâtre qu'on est souvent le plus
ravi d'être et qu'on se sent le plus proche. Car ils sont ceux qui
souffrent le plus dans le film (comme le disait Xavier : la
femme-enfant, l'opiomane, l'égo boulversé de certains, etc.). D'autant
que Gilbert est un véritable ours, quant à Sullivan, il est surjoué par
Allan Corduner (limite si on ne le prendrait pas pour Groucho Marx).

Entre le travail et la difficulté d'écrire de ces deux tâcherons de la
noble angleterre, Mike Leigh nous donne des indices sur le travail de
l'artiste. Non, ils n'ont rien de géniaux : Gilbert a de l'esprit et
Sullivan accouche de chanson facile mais sans originalité.

C'est à force de travail qu'ils fabriquent leur oeuvre, avec maladresse
(voir comme le disait Xavier, l'exotisme japonais tourné en ridicule
dans certaines danses, obligeant Gilbert a convoqué de vrais japonais
pour essayer de les mimer - séquence d'appropriation d'une culture trop
complexe pour être comprise en quelques semaines de répétitions). La
musique de Sullivan et le texte de Gilbert n'ont d'ailleurs pas grand
chose d'orientaux.

Après la première de Mikado, Gilbert trouve d'ailleurs que le succès a
un goût amer. Il sait que ce succès n'est pas forcément celui qu'il
voudrait connaître. De même que Sullivan. L'une des phrases les plus
justes du film a lieu lors de l'essayage d'un costume. Costume japonais
oblige : pas de corset. L'acteur s'offusque : sans corset, il lui est
impossible de chanter ce qui est demandé. Gilbert répond : "Arrêtez !
Nous ne sommes pas à la Scala de Milan en train de préparer un grand
Opéra ! Nous sommes dans un petit théâtre au bord de la tamise, et sans
corset, votre voix et votre talent suffiront amplement".

Voilà ! Personne n'ira plus voir ce film (à moins que vous n'habitiez
Caen, Bordeaux, Avignon, Toulouse ou Aix en provence !), et c'est bien
dommage, il faut croire que Mike Leigh convint plus le public avec des
"Secrets & Mensonges" qu'avec des fresques historiques.

De toute façon, ce post va être noyé dans un océan de Chicken Run !


-- 
Romain
"Life's a piece of shit when you look at it"
              Monty Python - Life of Brian
-- 
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