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[Avis] Merci pour le chocolat, Chabrol


  • Subject: [Avis] Merci pour le chocolat, Chabrol
  • From: "Alexandre Tylski" <alexandre.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: 29 Oct 2000 07:45:05 GMT
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[Avis] MERCI POUR LE CHOCOLAT
Claude Chabrol, France 2000 [Spoilers]
Avec Isabelle Huppert, Jacques Dutronc

S'il y avait une formule pour décrire le cinéma de Claude
Chabrol, ou en tout cas son dernier film, MERCI POUR
LE CHOCOLAT, ce serait peut-être : "l'ironie mordante".
Une ironie si profonde qu'elle en devient parfois invisible.
Isabelle Huppert interprète ici, sans excès, une femme
bien sous tous rapports, publiquement, mais qui cache
derrière son masque un tendre et cru cynisme. On voit
des objets autour d'elle évoquant sa violence intérieure,
à travers le dessus noir et impressionnant de canapé en
forme de toile d'araignée, les toiles abstraites tout en
traits de pinceaux griffés et stridents, les meubles aux
pieds d'insectes monstrueux, l'escalier tortueux, les
escargots. Des jeux autour de l'emprisonnement et de
la spirale mortifère rappelant Alfred Hitchcock.

Loin du cinéma d'Hitchcock pourtant ce film de Chabrol.
Tout semble ici volontairement dédramatiser : absence
d'éclairage expressionniste et de musique symphonique,
MERCI POUR LE CHOCOLAT est un film sobre, sans
fioritures, direct. Loin aussi d'un John Waters avec son
fameux SERIAL MOM. Les couleurs ici sont ternes, le
jeu des acteurs sobres, ils semblent absents, ailleurs,
évoluant chacun dans d'obscurs mondes intimes. Ainsi,
le personnage de pianiste de Dutronc est emblématique
de ce décrochage avec la réalité. Tout le monde vit dans
sa bulle absurde. L'ironie Chabrolienne y fait des ravages,
surtout lorsqu'il se permet de brosser avec humour le
récit d'erreurs d'identification de bébés à la clinique.

Là où le film semble en revanche être plus sérieux, c'est
dans tout ce qui tourne autour de la musique. Véritable
discours sur l'interprétation pianistique, notamment le
morceau "Funérailles" de Liszt. Thème sombre, grave et
brutal. Il traverse le film de part en part, avec des fonctions
différentes suivant les scènes. Il "lie" tout ce petit monde
hétérogène et détruit ce huis clos bourgeois confortable
dans lequel le spectateur est plongé. La dernière image,
magnifique et terrible, débute sur les premières mesures
du morceau, s'exécute alors un panoramique vers le bas,
avec en gros plan le visage en larmes de Huppert, comme
si la musique coulait sur son visage, les larmes découlant
de la musique : la musique comme révélatrice de l'intrigue
et des vrais visages. Un plan qui vaut à lui seul qu'on aille
découvrir ce film radieusement démodé mais d'une ironie
dévorante presque inédite.

-- Alexandre Tylski

-- 
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