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[CRITIQUE] Dancer in the Dark


  • Subject: [CRITIQUE] Dancer in the Dark
  • From: "R.R" <raphael.richard1@libertysurf.fr>
  • Date: 22 Oct 2000 12:10:04 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Cinefilm
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:552

Comme pour nous introduire dans le monde de Selma, l'héroïne de "Dancer in
the Dark", Lars von Trier nous plonge dès le début du film dans une
contrariante cécité. Trois minutes seulement après le panneau de film palmé
à Cannes 2000, les premières images jaillissent. Trois minutes de musique
pour mettre le spectateur en condition, en osmose avec le personnage
principal. Le cinéaste a toujours aimé l'interactivité (dans ses
expositions), le voyeurisme (Dogma en est une sorte). C'est alors qu'un nom
démesurément grand par rapport au titre apparaît : Lars von Trier,
probablement le seul cinéaste dont le nom occupe un tiers d'une affiche de
film.

Vaniteux, névrosé, provocateur-- Mais qui est ce type qui depuis 20 ans sévit
sur grand écran. Jeune rebelle, Lars von Trier n'a pas vieillit. Il entre
dans la plus grande école de cinéma danoise à et y réalise son premier court
métrage primé en 1980. Initiateur de Dogma, Réformateur dans sa façon de
filmer, il fut l'éternel agitateur qui sut se faire connaître pour sa façon
de savoir aller chercher ailleurs que les autres sa matière à film. Il
l'exprime lors d'une interview de Stig Björkman. Le jeune Lars passe le
concours d'entrée de l'école de cinéma de Copenhague : "En trois heures,
nous devions faire un court métrage tourné monté [--] J'étais malin. Au lieu
de réfléchir à ce que j'allais faire d'un point de vue artistique, je me
suis demandé ce que les autres allaient faire. Ils allaient évidemment
installer leurs caméras [--] près de l'école. [--] Je me suis dit pourquoi ne
pas chercher plus loin un décor différent." Et c'est ce que Lars fera toute
sa vie, et aujourd'hui encore. Il travailla sur la matière dans "Element of
Crime", "Europa" et sur la forme dans "Epidemica" et "Les Idiots", "The
Kingdom" ainsi que sa dernière création "Dancer in the Dark". Il
révolutionna tout ce qu'il aura pu toucher, tant l'esthétique que la façon
de concevoir un film. Aujourd'hui, Lars porte tout son travail sur l'émotion
au cinéma. Après l'image, il se tourne vers les acteurs leurs demandant
toujours plus. La méthode de travail du cinéaste est simple : utiliser la
vidéo pour tourner plus, pousser les comédiens à l'identification et les
faire jouer chaque prise d'une façon différente. Le résultat est là, les
plans ne sont pas raccord (voir la rubrique télévision). Le tournage est
principalement fait en caméra à l'épaule : c'est à l'appareil et non pas au
comédien de se situer par rapport à l'action. Mais l'émotion n'est
serait-elle pas plus grande ?

"Dancer in the Dark" est donc le sixième pamphlet de ce grand cinéaste
qu'est Lars von Trier et le troisième volet de la série sur la bonté. Le
film met en scène Selma, une jeune femme qui donnera tout pour que son fils
puisse être opéré afin de ne pas perdre la vue. C'est l'histoire aussi d'une
femme atteinte d'une maladie congénitale et qui entre dans la nuit profonde
avec sa seule volonté, le son des comédies musicales américaines et ce
reproche : pourquoi a-t-elle donné la vie à un être sachant qu'il
deviendrait lui aussi aveugle ?

Œuvre politique, ironique mais surtout profondément humaine où, comme dans
"Breaking the Waves" une femme se retrouve confronté à ce royaume des lâches
qu'est notre monde. Bien triste mélodie que la vie.

Björk, sublime dans son jeu d'innocent et de souffrance est Selma. Lars von
Trier la suit dans tous ses déplacements d'une caméra hésitante, tel le
regard. Puis la réalité fait place à l'onirisme brusquement. Un rythme de
machines et Selma rêve de musique et de danse. Il s'agit bien là de ces
fameuses scènes à cent caméras dont les médias nous rabâchent sans arrêt les
oreilles. Mais il est pourtant vrai que l'apport au film est indéniable.
Tous ces cadres fixes qui s'entremêlent sont d'une force magistrale. Ils
portent les films, permettre de faire luire une lueur dans la pauvre vie de
Selma.

Mélo au possible, le film n'en est pas moins bon. Lars met de côté certaines
des règles du dogme. Mais pas toutes. Ainsi, des personnages qui pleurent à
chaudes larmes dans un plan ont simplement un éclat au font du regard dans
le suivant. Mais ces nuances ne donnent que plus d'émotion, touchant ainsi
au plus près la vérité puisque couvrant un large échantillonnage de
possibilités.

"Bouleversant" s'écrient les affiches dans les couloirs du métro parisien.
Je ne trouve que ce terme à reprendre en cœur pour définir en conclusion ce
grand film.

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