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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Dancer in the Dark
Comme pour nous introduire dans le monde de Selma, l'héroïne de "Dancer in the Dark", Lars von Trier nous plonge dès le début du film dans une contrariante cécité. Trois minutes seulement après le panneau de film palmé à Cannes 2000, les premières images jaillissent. Trois minutes de musique pour mettre le spectateur en condition, en osmose avec le personnage principal. Le cinéaste a toujours aimé l'interactivité (dans ses expositions), le voyeurisme (Dogma en est une sorte). C'est alors qu'un nom démesurément grand par rapport au titre apparaît : Lars von Trier, probablement le seul cinéaste dont le nom occupe un tiers d'une affiche de film. Vaniteux, névrosé, provocateur-- Mais qui est ce type qui depuis 20 ans sévit sur grand écran. Jeune rebelle, Lars von Trier n'a pas vieillit. Il entre dans la plus grande école de cinéma danoise à et y réalise son premier court métrage primé en 1980. Initiateur de Dogma, Réformateur dans sa façon de filmer, il fut l'éternel agitateur qui sut se faire connaître pour sa façon de savoir aller chercher ailleurs que les autres sa matière à film. Il l'exprime lors d'une interview de Stig Björkman. Le jeune Lars passe le concours d'entrée de l'école de cinéma de Copenhague : "En trois heures, nous devions faire un court métrage tourné monté [--] J'étais malin. Au lieu de réfléchir à ce que j'allais faire d'un point de vue artistique, je me suis demandé ce que les autres allaient faire. Ils allaient évidemment installer leurs caméras [--] près de l'école. [--] Je me suis dit pourquoi ne pas chercher plus loin un décor différent." Et c'est ce que Lars fera toute sa vie, et aujourd'hui encore. Il travailla sur la matière dans "Element of Crime", "Europa" et sur la forme dans "Epidemica" et "Les Idiots", "The Kingdom" ainsi que sa dernière création "Dancer in the Dark". Il révolutionna tout ce qu'il aura pu toucher, tant l'esthétique que la façon de concevoir un film. Aujourd'hui, Lars porte tout son travail sur l'émotion au cinéma. Après l'image, il se tourne vers les acteurs leurs demandant toujours plus. La méthode de travail du cinéaste est simple : utiliser la vidéo pour tourner plus, pousser les comédiens à l'identification et les faire jouer chaque prise d'une façon différente. Le résultat est là, les plans ne sont pas raccord (voir la rubrique télévision). Le tournage est principalement fait en caméra à l'épaule : c'est à l'appareil et non pas au comédien de se situer par rapport à l'action. Mais l'émotion n'est serait-elle pas plus grande ? "Dancer in the Dark" est donc le sixième pamphlet de ce grand cinéaste qu'est Lars von Trier et le troisième volet de la série sur la bonté. Le film met en scène Selma, une jeune femme qui donnera tout pour que son fils puisse être opéré afin de ne pas perdre la vue. C'est l'histoire aussi d'une femme atteinte d'une maladie congénitale et qui entre dans la nuit profonde avec sa seule volonté, le son des comédies musicales américaines et ce reproche : pourquoi a-t-elle donné la vie à un être sachant qu'il deviendrait lui aussi aveugle ? Œuvre politique, ironique mais surtout profondément humaine où, comme dans "Breaking the Waves" une femme se retrouve confronté à ce royaume des lâches qu'est notre monde. Bien triste mélodie que la vie. Björk, sublime dans son jeu d'innocent et de souffrance est Selma. Lars von Trier la suit dans tous ses déplacements d'une caméra hésitante, tel le regard. Puis la réalité fait place à l'onirisme brusquement. Un rythme de machines et Selma rêve de musique et de danse. Il s'agit bien là de ces fameuses scènes à cent caméras dont les médias nous rabâchent sans arrêt les oreilles. Mais il est pourtant vrai que l'apport au film est indéniable. Tous ces cadres fixes qui s'entremêlent sont d'une force magistrale. Ils portent les films, permettre de faire luire une lueur dans la pauvre vie de Selma. Mélo au possible, le film n'en est pas moins bon. Lars met de côté certaines des règles du dogme. Mais pas toutes. Ainsi, des personnages qui pleurent à chaudes larmes dans un plan ont simplement un éclat au font du regard dans le suivant. Mais ces nuances ne donnent que plus d'émotion, touchant ainsi au plus près la vérité puisque couvrant un large échantillonnage de possibilités. "Bouleversant" s'écrient les affiches dans les couloirs du métro parisien. Je ne trouve que ce terme à reprendre en cœur pour définir en conclusion ce grand film. ----------------------------------------------------------------------- Cinefilm nouvelle version http://jump.to/cinefilm -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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