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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] THE YARDS James Gray 2000
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THE YARDS de James Gray
Drame/Polar USA 2000 1h50
Avec Mark Whalberg, Charlize Theron, Joaquin Phoenix,
James Caan, Faye Danaway
Image : Harris Savides
Montage : Jeffrey Ford
Musique : Howard Shore
Scénario : James Gray et Matt Reeves
Synopsis : A sa sortie de prison, Léo (Mark Whalberg)
revient chez lui, avec un seul but : rester dans le droit
chemin. Il trouve du travail grâce à son oncle Franck
(James Caan). Son ami, Willie (Joaquin Phoenix) lui
apprend les rouages sur la société. Léo devient alors
témoin de chantages, corruptions et sabotages et
finit accusé de meurtre, il devient alors la cible de sa
propre famille.
Après avoir réalisé un immense premier film en 1994,
LITTLE ODESSA, le deuxième long-métrage du jeune
new-yorkais de 31 ans, James Gray, est toujours fidèle
à un univers sombre, fort et personnel. Retour très attendu
de l'enfant prodige qui poursuit ici sa recherche autour de
la solitude sociale et familiale avec un style toujours aussi
subtil et affirmé. " Il n'était pas question pour moi de tourner
autre chose qu'un drame social. Mes parents ont toujours
pensé en terme de classe. J'ai toujours senti chez mon père
une profonde déception de ne pas avoir su s'élever par la
richesse. Dans le contexte social de l'Amérique, on peut
toujours avoir le sentiment d'être passé à deux doigts de la
vie dont on rêvait. " Propos de James Gray dans un entretien
donné à Libération en mai dernier. Gray porte bien son nom.
Les noms et fonctions sur le générique, comme dans LITTLE
ODESSA, sont notés sans majuscules. Référence directe au
poète américain e. e. Cummings qui revendiquait par là un refus
de l'idée d'héritage. Rébellion contre une certaine forme de
traditionalisme. Et le titrage du générique de THE YARDS est,
qui plus est, en marge de l'image : les personnages eux aussi
sont des marginaux, toujours échoués au bord du précipice,
esseulés et minuscules par rapport au reste.
Gray a un style auquel il reste fidèle, à tel point que parfois on
croirait voir des plans inédits de LITTLE ODESSA, montés dans
THE YARDS à l'insu du spectateur. La rouille et la ferraille du
vieux Queens de New York en écho à l'univers feutré noir et
sépia des intérieurs. Presque autant de fantômes dans les
appartements que dans les rues vétustes. Presque autant de
solitude. Le film s'amorce dans l'obscurité, puis quelques points
blancs de lumière traversent de part en part l'écran, comme la
traversée de l'espace à la vitesse de la lumière dans un film de
science fiction. Mais rapidement, nous voilà bien ancré au sol,
dans la vie concrète contemporaine, au sortir d'un tunnel de métro,
dont les rails et les murs suintent d'une vieillesse et d'une détresse
gelées, inertes, sans âme. Pourtant la force du mouvement est
bien présente, le travelling arrière, décidé, semble vouloir s'arracher
avec vigueur de l'emprise des ténèbres. Un soupçon d'espoir illumine
en demi-teinte le plan. Et c'est là que se situe la trame du film de
Gray. Les thèmes sont lancés. Le film raconte les déraillements
successifs de Léo (Mark Whalberg) qui sort de prison pour tenter
de rester dans le droit chemin. THE YARDS, c'est l'histoire de rails,
de voies.
On regrettera les inévitables mais un peu redondantes références
aux scénarios et aux mise en scène de Coppola et Scorsese. On
regrettera les larmes que Gray avaient refusé de voir couler dans
LITTLE ODESSA. Mais, le film reste une vibrante attaque contre
la famille américaine et la société qui la contamine de l'intérieur.
On retiendra la magnifique interprétation de Charlize Theron (qu'on
avait vu en mannequin sublime dans CELEBRITY), ici émouvante
de noirceur et toujours radieusement belle. THE YARDS est un
des meilleurs films de cette fin d'année 2000, à ne pas manquer.
-- Alexandre Tylski
--
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