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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Critique] Yi-Yi, de Edward Yang (1999)
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Avec Nianzhen Wu, Elaine Jin, Kelly Lee, Johantan Chang, Issey Ogata Directeurs de la photographie : Weihan et Longyu Li Monteur : Bowen Chen son : Duzhi Du Décor et musique : Kaili Peng Produit par Shinya Kawai et Naoko Tsukeda Ecrit et mis en scène : Edward Yang 2h53 NE PAS LIRE SI VOUS N'AVEZ PAS VU LE FILM Edward Yang dont le cinéma s'était révélé jusque là moins maîtrisé que celui de son compère taïwanais Hou Hsiao Hsien, revient avec un film plus sage, plus humain et plus épuré. Mais étrangement, Yi-Yi n'est pas non plus à la hauteur du sujet qu'on pouvait en espérer et malgré ses grandes qualités, il semble difficile de dire, à moins de le surestimer quelque peu, qu'on tient sinon un chef d'oeuvre, du moins un excellent film. C'est un peu dommage. On est ici donc quelque part du coté de Robert Altman dans la manière de croiser différents personnages d'une même famille. Cette famille justement est celle de NJ, homme d'un quarantaine d'années, directeur dans une entreprise d'informatique. On assiste à ses rapports dans son travail, avec sa femme qui subit une grave dépression, avec son ancien amour qu'il rencontre devant un ascenseur et qu'il retrouvera dans un hôtel au Japon lors d'un voyage d'affaires, avec sa fille adolescente (très beau personnage, le plus beau d'ailleurs, délicat et pudique), son beau-frère qui vient de se marier, sa belle-mère tombée dans le coma et dont les membres de la famille se relaient tour à tour à tour son chevet pour lui parler... (il faut paraît-il parler à quelqu'un dans le coma car il entend ce que vous lui dites)... sans trop savoir quoi lui dire. Et avec, aussi bien sûr, son fils de huit ans, Yan-Yan, galopin irrésistible. On a donc un tissu humain et social, à la fois simple, Edward Yang traitant avec respect et sensibilité leurs problèmes, et à la fois un récit narratif assez complexe où s'enchevètre les différents personnages dans leurs rapports les uns avec les autres. Au long de ces presque trois heures, Edward Yang déploie une mise en scène raffinée et élégante, posée, presque transparente de manière à coller au plus près de ses personnages et de leurs difficultés bien humaines et auxquelles personne ne peut échapper, le film atteignant ici tranquillement à l'universel. De surcroît, il ne tombe jamais dans l'effet pour l'effet et filme parfois des moments intimes entre deux personnages derrière une vitre ou une fenêtre ou à une certaine distance (souvent un plan général, un peu à la manière par exemple d'un Woody Allen dans Manhattan) comme s'il craignait lui-même d'être par trop indiscret ou voyeur et cela sans souligner la scène par une musique sirupeuse ou complaisante (à ce propos les deux trois moments où il y a de la musique, celle-ci est assez pauvre). On ne peut que louer l'approche pudique et discrète du metteur en scène dans sa narration. D'autant que cette mise en scène permet de laisser affleurer l'ombre menaçante du temps et de la mort qui gagnent inéluctablement sur la vie au fur et à mesure que l'on avance dans celle-ci. On touche là aux réelles qualités de ce film. A cela, le film ajoute la jolie idée de Yang-Yang qui est de photographier la nuque des gens (elle n'est pas si "originale" que cela, Kawabata l'avait abordée dans une nouvelle intitulée La lune dans l'eau en 1953 sauf que dans cette dernière, il s'agit d'une glace à main qui permettait de voir sa "face" cachée) car ne voyant jamais celle-ci, on n'a que la moitié de la vérité sur nous-mêmes. Malgré toutes ces qualités, mise à part la lumière du film assez quelconque, on peut regretter que Yang s'arrête un peu en chemin parfois. Par exemple, la relation de NJ avec son ancien amour est traitée d'une manière assez superficielle. Si Edward Yang ne tombe pas dans le piège de faire recoucher les anciens amants lors d'un voyage d'affaires de NJ au Japon, d'un autre coté, leurs rapports actuels s'enlisent dans des redites et des regrets sans que la mise en scène nous fasse sentir la nécessité de ces redites et de ces regrets. Le metteur en scène semble hésiter quant à leur parcours et au sens qu'il veut leur donner. La solution de facilité sera de faire partir l'ancienne maîtresse sans crier gare. Edward Yang ose grâce à un montage alterné un parallèle un peu simpliste entre l'ancienne situation évoquée par les amants (la timidité de NJ à l'époque dans une chambre d'hôtel) et ce que vit de son coté la fille de NJ au même moment dans une chambre d'hôtel, signe que dans la vie les situations se répètent d'une génération à une autre. Si cela est peut-être vraie, la manière dont cela est amenée reste un peu faible et convenue. Tout comme aussi le personnage de la mère ou du rituel auprès de la belle-mère. On a ainsi l'impression, par moments, que le film n'ose aller plus loin, que toute cette mise en scène soignée bute contre un scénario qui ne serait pas mené jusqu'au bout, auquel il manquerait une force supplémentaire qui le porterait au niveau au dessus. Reste un sentiment d'inachevé. En tous cas, Yi-Yi est un film à voir ne serait-ce que pour ses grandes qualités, notamment son aspect humain traité avec respect et sensibilité. C'est le plus beau film asiatique du moment, enfin, d'une plus grande importance par exemple que Tigres et Dragons qui, si celui-ci est aussi très bien fait, n'est qu'un très bon spectacle. _______________________________________________ Yannick Rolandeau <yrol@freesurf.fr> Page d'accueil cinema: http://yrol.free.fr/ http://www.multimania.com/yrol/ "La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch." Milan Kundera -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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