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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] La musique dans "Apparences"
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] W W W . M U S I Q U E D E F I L M . C O M TraxZone le 1er site français dédié à la musique de film Problématique sonore dans " WHAT LIES BENEATH " Real: Robert Zemeckis Mus: Alan Silvestri 2000. USA [Avis] [Spoilers] Sans l'onde d'un doute Par Alexandre Tylski Si on fait l'effort de dépasser les clins d'oeil sonores et visuels adressés à Hitchcock et Herrmann dans WHAT LIES BENEATH (APPARENCES), l'expérience du film devient alors très intense et intéressante. Comme tous les cinéastes populaires, Robert Zemeckis a toujours donné de l'importance à la musique, qu'il s'agisse des partitions originales de son fidèle compositeur Alan Silvestri ou des chansons américaines qui sillonnent tous ses films. Dans ce dernier film, Zemeckis va jusqu'à faire de son héroïne une musicienne, une violoncelliste. Le violoncelle, instrument à cordes, rappellera à certains que le mot "harmonia" en grec décrit la façon d'attacher les cordes pour les tendre. Or, l'harmonie, celle du couple, est ici le noeud même du scénario, le coeur des bouleversements du film. Le violoncelle est aussi un instrument idéal pour le trio, trio que nous trouvons dans le film : l'épouse (Michelle Pleiffer), le mari (Harrison Ford) et le fantôme. Lorsqu'on interroge Silvestri à ce sujet, il est clair que cela l'a beaucoup influencé pour sa partition, utilisant du violoncelle, ainsi qu'un motif en trio comme leitmotiv. Et Silvestri de rappeler que sa musique apparaît surtout dans le film lorsque le spectre se manifeste, explorant ainsi musicalement l'invisible et donnant une matérialité fantastique au fantomatique. La musique tient ainsi une place cruciale dans WHAT LIES BENEATH. D'ailleurs, nous pourrions supposer que le titre lui-même sous-entend déjà la musique : cette part inconsciente insondable et âpre à verbaliser " qui réside en dessous " de nos masques, derrière les images et, au fond de nous. Le film démarre dans l'eau, miroir déformant dont on ne connaît pas encore l'envers du dessus. Difficile alors de ne pas voir tout le long de ce film un superbe travail autour de l'eau et donc de l'onde. Les sonores précèdent la naissance : le film s'amorce dans le son avant de proposer la quelconque image. Le son fait naître le film, l'onde donne vie et corps à la pellicule. Par ailleurs, cette vaste maison au bord de l'eau dans le film ne ressemble-t-elle pas parfois à une sorte de bateau ivre ? Un énorme gouvernail trône au milieu du mur dans l'entrée, et Zemeckis nous fait naviguer à travers les couloirs avec sa steadicam. Le spectateur baigne dans un lieu définitivement liquide, la lenteur du montage allant avec la fluidité de la mise en scène. Nous rappeler alors que le premier nom de la musique archaïque (sophia) désignait l'habileté à construire des navires ! Cette maison navire dans WHAT LIES BENEATH a souvent fait l'unanimité dans la presse car elle possède, en écho au manoir de PSYCHO, une vraie force d'évocation ; elle produit toutes sortes de bruits, elle semble vivante. On passera sur tous ces bruits, chuchotements, verres brisés, grincements.etc. Autour de la maison, aussi, se joue par ailleurs des présences sonores singulières, tel le couple des voisins faisant bruyamment l'amour. Le couple vedette décidant alors de faire une compétition des orgasmes les plus sonores ! Les spectateurs, tous comme les protagonistes du film, doivent sans cesse faire face à un environnement sonore brutal, chacun scrutant des oreilles les moindres détails sonores perturbateurs. Et, par cette hyper sensibilité auditive, il devient dès lors compliqué pour l'héroïne de supporter et de contrôler son quotidien. Les ondes sonores deviennent troublantes, envahissantes et finalement étouffantes. Pourtant, ce qu'on retiendra peut-être finalement de telles expériences sonores, ce sont essentiellement les instants denses de silence, notamment la fameuse scène de la baignoire spectaculaire pour son absence de musique et d'effets sonores appuyés à l'opposé de la scène de la douche de PSYCHO avec laquelle on a maladroitement fait la comparaison. L'eau qui monte et noie les oreilles de l'héroïne devient aussi mortifère pour le spectateur plongé lui aussi dans cet enfer d'absences. L'eau dans WHAT LIES BENEATH n'est finalement pas le symbole de vie ou de naissance, mais bel et bien de mort. La dernière séquence dans le lac venant témoigner avec lyrisme de ce paradoxe poétique. Finalement, la neige tombe dans le dernier plan du film : l'onde devient neige, glacée, immortalisée. Mais la musique du film, que Silvestri a voulu très féminine, reprend les reines et borde maternellement le film pour le générique, comme elle l'a ouvert. La musique de film plus forte que la neige et le temps ! -- Alexandre Tylski Rédacteur en Chef TraxZone http://www.musiquedefilm.com Découvrez mi-octobre notre entretien exclusif avec Alan Silvestri et un dossier sur sa longue collaboration avec Robert Zemeckis. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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