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[Avis] La musique dans "Apparences"


  • Subject: [Avis] La musique dans "Apparences"
  • From: "Alexandre Tylski" <alexandre.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: 1 Oct 2000 17:10:05 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


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Problématique sonore dans " WHAT LIES BENEATH "
Real: Robert Zemeckis Mus: Alan Silvestri 2000. USA

[Avis] [Spoilers] Sans l'onde d'un doute

Par Alexandre Tylski



Si on fait l'effort de dépasser les clins d'oeil sonores et visuels
adressés à Hitchcock et Herrmann dans WHAT LIES BENEATH
(APPARENCES), l'expérience du film devient alors très intense
et intéressante. Comme tous les cinéastes populaires, Robert
Zemeckis a toujours donné de l'importance à la musique, qu'il
s'agisse des partitions originales de son fidèle compositeur Alan
Silvestri ou des chansons américaines qui sillonnent tous ses
films. Dans ce dernier film, Zemeckis va jusqu'à faire de son
héroïne une musicienne, une violoncelliste. Le violoncelle,
instrument à cordes, rappellera à certains que le mot "harmonia"
en grec décrit la façon d'attacher les cordes pour les tendre.
Or, l'harmonie, celle du couple, est ici le noeud même du
scénario, le coeur des bouleversements du film. Le violoncelle
est aussi un instrument idéal pour le trio, trio que nous trouvons
dans le film : l'épouse (Michelle Pleiffer), le mari (Harrison Ford)
et le fantôme. Lorsqu'on interroge Silvestri à ce sujet, il est clair
que cela l'a beaucoup influencé pour sa partition, utilisant du
violoncelle, ainsi qu'un motif en trio comme leitmotiv. Et Silvestri
de rappeler que sa musique apparaît surtout dans le film lorsque
le spectre se manifeste, explorant ainsi musicalement l'invisible
et donnant une matérialité fantastique au fantomatique.

La musique tient ainsi une place cruciale dans WHAT LIES
BENEATH. D'ailleurs, nous pourrions supposer que le titre
lui-même sous-entend déjà la musique : cette part inconsciente
insondable et âpre à verbaliser " qui réside en dessous " de
nos masques, derrière les images et, au fond de nous. Le
film démarre dans l'eau, miroir déformant dont on ne connaît
pas encore l'envers du dessus. Difficile alors de ne pas voir
tout le long de ce film un superbe travail autour de l'eau et
donc de l'onde. Les sonores précèdent la naissance : le film
s'amorce dans le son avant de proposer la quelconque image.
Le son fait naître le film, l'onde donne vie et corps à la pellicule.
Par ailleurs, cette vaste maison au bord de l'eau dans le film
ne ressemble-t-elle pas parfois à une sorte de bateau ivre ?
Un énorme gouvernail trône au milieu du mur dans l'entrée,
et Zemeckis nous fait naviguer à travers les couloirs avec sa
steadicam. Le spectateur baigne dans un lieu définitivement
liquide, la lenteur du montage allant avec la fluidité de la mise
en scène.

Nous rappeler alors que le premier nom de la musique archaïque
(sophia) désignait l'habileté à construire des navires ! Cette maison
navire dans WHAT LIES BENEATH a souvent fait l'unanimité dans
la presse car elle possède, en écho au manoir de PSYCHO, une
vraie force d'évocation ; elle produit toutes sortes de bruits, elle
semble vivante. On passera sur tous ces bruits, chuchotements,
verres brisés, grincements.etc. Autour de la maison, aussi, se
joue par ailleurs des présences sonores singulières, tel le couple
des voisins faisant bruyamment l'amour. Le couple vedette décidant
alors de faire une compétition des orgasmes les plus sonores ! Les
spectateurs, tous comme les protagonistes du film, doivent sans
cesse faire face à un environnement sonore brutal, chacun scrutant
des oreilles les moindres détails sonores perturbateurs. Et, par cette
hyper sensibilité auditive, il devient dès lors compliqué pour l'héroïne
de supporter et de contrôler son quotidien. Les ondes sonores
deviennent troublantes, envahissantes et finalement étouffantes.

Pourtant, ce qu'on retiendra peut-être finalement de telles expériences
sonores, ce sont essentiellement les instants denses de silence,
notamment la fameuse scène de la baignoire spectaculaire pour son
absence de musique et d'effets sonores appuyés à l'opposé de la scène
de la douche de PSYCHO avec laquelle on a maladroitement fait la
comparaison. L'eau qui monte et noie les oreilles de l'héroïne devient
aussi mortifère pour le spectateur plongé lui aussi dans cet enfer
d'absences. L'eau dans WHAT LIES BENEATH n'est finalement pas
le symbole de vie ou de naissance, mais bel et bien de mort. La
dernière séquence dans le lac venant témoigner avec lyrisme de ce
paradoxe poétique. Finalement, la neige tombe dans le dernier plan
du film : l'onde devient neige, glacée, immortalisée. Mais la musique
du film, que Silvestri a voulu très féminine, reprend les reines et borde
maternellement le film pour le générique, comme elle l'a ouvert. La
musique de film plus forte que la neige et le temps !

-- 
Alexandre Tylski
Rédacteur en Chef TraxZone
http://www.musiquedefilm.com

Découvrez mi-octobre notre entretien exclusif avec Alan Silvestri
et un dossier sur sa longue collaboration avec Robert Zemeckis.


-- 
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