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[AVIS] Les rivieres pourpres


  • Subject: [AVIS] Les rivieres pourpres
  • From: gmoreau <le_drac@mail.dot.com>
  • Date: 29 Sep 2000 16:35:06 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Keywords: La Guerre, c'est la Paix
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: Club Chanzy http://www.chez.com/sifredius
  • Reply-to: le_drac@mail.dotcom.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:531 fr.rec.cinema.discussion:141263

Film français de Mathieu Kassovitz 1h 45

Sentiments mitigés.

Bon, y'a pas à dire, on tient une bonne histoire, un polar moderne,
avec des meurtres ignobles aux motifs flous. Et la recherche des
motifs est dans ce cas, tout aussi importante que celle du coupable.
C'est l'atteinte de la compréhension qui est réjouissante, pas la
découverte du coupable qui souvent sort d'un chapeau.
Et le film est plutôt efficace au début. Il nous installe dans une
ambiance marquée, les enquêtes parrallèles font monter la sauce.
L'athmosphère hivernale des vallées des Alpes (pas celles où on skie,
mais les vallées de la Houille blanche, comme celle du Drac, de la
Romanche...), leur côté isolé, une Université omnipotente limite
oppressante, et en contrepoint les cimes et glacier dans le ciel bleu
et le soleil, tout ça contribue à nous haper dans le film.

L'image est très bien traitée, Kassovitz l'utilise très bien. Le
plafond nuageux, la lumière dans les vallées, les vieux bâtiments
industriels du XIXe recyclés en hôpital, université, un couvent
frigorifique comme même la Grande Chartreuse n'est plus, etc. Bon
alors on a donc, une bonne intrigue, un bon décor, un belle photo,
bref, une ambiance très bien amenée et posée...

Mais voilà, la durée du film m'avait mis la puce à l'oreille : une
heure trois-quarts, c'est court pour un polar. C'est la durée d'un
Navarro, pas d'un film dont la qualité tient surtout à l'ambiance.
En fait, Kassovitz n'a pas le temps de développer véritablement, le
producteur TF1 a dû lui faire sabrer une grande partie. Le fameux
service d'où est détaché le commissaire ? Le fait qu'un inspecteur
pique une bagnole ? Pas plus de nouvelles...
Du coup, beaucoup des choses qui ont contribuées à l'athmosphère du
film deviennent caricaturales. L'université en est l'exemple type. À
être survolé, elle devient risible. Tout le monde en survêtement, la
vieille bibliothèque, tout cela devient poncifs quand on en reste à ce
stade ! Et c'est là la grosse déception, on en reste là ! Plutôt que
d'approfondir le rôle et le poids social de cette institution, on en
reste à une description sommaire de ce qui finalement est le centre de
l'intrigue et autour de quoi tout tourne !!!!
Je n'ai pas lu l'ouvrage dont est tiré le film, mais Kassovitz aurait
dû savoir que maintenant on a vu X-files, Millenium et autres
gentillesses télévisées, et quand on démarre un film avec des
accidents horribles, des meurtres rituels, des bonnes sœurs parlant de
démons, des thèses universitaires titrées en latin, une université
réputée et perdue dans les montagnes on s'attend à autres choses comme
dénouement.

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[SPOILERS et jantes alus]
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Parce qu'en fait il ne s'agit que d'une banale substitution
d'enfants ! On a beau dire nazi, nazi, nazi, on est loin de cela ! Les
profs ont pris conscience que leurs gosses devenaient malfinis à force
de consanguinité, ils ont donc pris les enfants des habitants ! Big
deal ! En plus on est loin d'un Lebensraum où justement le sang tenait
pour avoir toutes les vertus (d'où la radicale impossibilité de la
substitution d'enfants). 
Ils poussent leurs gosses à se marier entre eux (malgré le fait qu'ils
savent déjà qu'à force, ça finit par dégénérer) ! Big deal ! N'importe
quel prof de socio montrera par a + b que les gens se marient dans
leur milieu socio-professionnel, alors une fac posée au milieu des
montagnes, y'aura 95 % de chances pour que ça se fasse naturellement.
Le kidnapping d'une jumelle et pas d'une autre ? Débile ! Quel est le
dégénéré qui n'a pas pensé au moment de séparer des jumelles à la
naissance du problème que cela engendrerait plus tard  !?!!?!

Bref, on a une bonne enquête qui nous mène à une déception. La
révélation n'est pas du tout à la hauteur, et même très loin de ce à
quoi on pouvait s'attendre. 
On nous parle d'eugénisme, à l'heure des manipulations génétiques, on
pouvait s'attendre à mieux qu'à un simple croisement sélectif une fois
tous les 25 ans (et oui, c'est le désavantage par rapport au chien,
pour obtenir un beau chien, il faut beaucoup moins de temps pour un
nombre X de croisements que pour les hommes). 
Bref, quand on veut nous fabriquer un polar qui flirte avec l'horreur,
il faut savoir se rendre compte qu'aujourd'hui, l'horreur au cinéma ce
n'est pas de substituer des gosses dans les maternités ! Ça, c'est
l'horreur dans la colonne faits divers des journaux, mais justement,
là on est au cinéma !

Enfin, pour la bonne bouche, je garde la réplique crétine du film, qui
ne peut qu'être made in Paris top mod. La jolie Nadia explique au
gentil Jean que son refuge c'est la classe, parce que vachement isolé,
la preuve :
« y a pas la radio, pas la tv, même les téléphones portables ne
marchent pas...»

Gaëtan
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"There're two kinds of people in this life, my friend -- those who have
loaded guns and those who dig.  You dig." 
The Good, The Bad and The Ugly [1966]

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