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[CRITIQUE] Mission impossible 2 de John Woo


  • Subject: [CRITIQUE] Mission impossible 2 de John Woo
  • From: Dob <bouchet1@club-internet.fr>
  • Date: 20 Aug 2000 20:55:05 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet (France)
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:519

        Après un premier épisode réalisé de main de maître par Brian De
Palma, où le réalisateur avait réussi à insérer à l'intérieur même d'une
grosse machine Hollywoodienne une réflexion poussée sur les rapports
étroits et mouvants de l'image et de la vérité, Mission : Impossible
nous revient aujourd'hui sous la houlette du réalisateur bien en vue du
moment ; John Woo.

La réussite n'est pas la même, et visiblement le réalisateur hongkongais
a eu autant de démêlés avec Tom Cruise (le producteur) que Brian De
Palma lors du premier épisode, mais peut être plus de mal à imposer ses
choix...
Le réalisateur doit en effet, depuis son arrivée à Hollywood, faire
preuve de diplomatie dans cet univers cinématographique où originalité
et innovation ne sont pas vraiment de mises.
     Pourtant, malgré la bêtise du scénario, se profile dans "Mission
Impossible : 2" une réflexion que John Woo peaufine un peu plus à
travers chacun de ses films depuis son arrivée aux Etats-Unis. Une
réflexion sur le Bien et le Mal qui lui permet, non seulement de pouvoir
utiliser les scénarios classiques du "blockbuster" à savoir,
l'affrontement d'un gentil et d'un méchant, mais également de faire étal
de son goût pour des scènes d'actions à la violence spectaculaire, mise
en valeur par des ralentis et une chorégraphie millimétrés...



Le Bien et le Mal, deux notions versatiles

Dans "Mission Impossible : 2", et pour le public américain, le Bien et
le Mal resteront deux notions aussi distinctes que le blanc et le noir.
Cependant, aussi distinctes ces notions soient-elles, la frontière entre
les deux est ici particulièrement mouvante : le réalisateur Hongkongais
multiplie les ressemblances entre les deux notions : ainsi Tom Cruise
"gentil héros" est doté d'un sosie (plus méchant) également membre de
l'unité mission impossible, souvent utilisé pour doubler notre héros
lorsque celui-ci est afféré ailleurs à sauver le monde... et qui partage
les mêmes goûts que lui : une jolie jeune femme appelée "Naya"
(interprétée par Thandie Newton).
On voit ainsi nos héros prendre successivement l'identité de l'autre :
Sean Ambrose (le méchant) revêt par deux fois le masque de Ethan Hunt
(dans l'avion puis dans sa villa pour tromper Naya), et Ethan Hunt prend
celui du "méchant assistant". La versatilité du Bien et du Mal, une
thématique déjà abordée par le réalisateur dans son précédent film
"Volte Face" (où Travolta, le gentil, échangeait son visage contre celui
de Nicolas Cage, le méchant, avant que ce dernier ne lui vole le sien).
Dans ces deux films, le Bien et le Mal deviennent deux notions si
facilement et rapidement interchangeable que les personnages, en perdent
leurs certitudes...et il serait
 sûrement bon de prendre comme une tentative de renier le manichéisme
latent des blockbusters à l'américaine plutôt que comme une astuce de
scénario.



Le Bien et le Mal, deux notions dépendantes l'une de l'autre

     Une nouvelle thématique, plus propre à Mission Impossible : 2, nous
montre que le bien et le mal, si différents soient-ils, vont de pair et
l'un ne va bien entendu pas sans l'autre, comme les deux faces d'une
pièce de monnaie. Le récit du film commence en effet par une petite
histoire tirée, soit disant, de l'antiquité grecque, qui veut que pour
imaginer nos héros (le bélérophron), il nous a d'abord fallu faire états
de nos démons, matérialisés sous la forme de Chimères.
Ainsi le vaccin (appelé le bélérophron) inventé par un grand laboratoire
pharmaceutique a nécessité la création d'un nouveau virus (la Chimère)
et n'a d'avenir que si le virus existe, ainsi Ethan Hunt, ne devient
véritablement un héros de film d'action (lorsque celui-ci a failli chuté
en escaladant les falaises du colorado, ils tient aux rochers d'une
façon similaire à celle du Christ) qu'après que sa doublure ait accompli
les pires méfaits en abandonnant le poste de pilotage d'un avion pour
qu'il aille se crasher sur des montagnes, tuant des centaines de
passagers... Ceci fait, les deux protagonistes, séparés, vont
irrémédiablement tenter de se retrouver et de s'affronter.
      La mise en scène des combats de John Woo va les montrer comme deux
atomes quis'attirent, se repoussent, tentent de fusionner (lorsque les
deux personnages s'éjectent de leurs motos roulant à toute vitesse pour
se battre juste avant qu'elles ne se rentrent dedans et qu'elles
n"explosent). Un "phénomène physique" souligné par une caméra
extrêmement mouvante faite de cercles, de brusques zoom sur les visages
des personnages, et dont la rapidité ne peut être captée que par les
ralentis qui sont la marque du réalisateur.



    Difficile, de premier abord, d'adhérer à un film "grand public"
aussi manichéen qui ne fait pas dans la subtilité... Il est vrai que
nous autres occidentaux sommes plus habitués à mêler intimement le bien
et le mal sous un même personnage, au plus profond de ce dernier,
donnant généralement des films plus troubles, noirs et introspectifs
faits de conflits intérieurs et forcément moins spectaculaires....
    Toutefois, force est de constater que la dialectique résolument plus
asiatique, adoptant la forme connue du Yin et du Yang, choisie par John
Woo bénéficie grandement de la mise en scène qui se donne les moyens
d'illustrer cette réflexion.
Ce qui est, somme toute, la base même du travail de tout réalisateur ou
artiste qui se respecte...


Dob, qui n'a tout de même pas supporté la bêtise du scénario.
http://www.multimania.com/elements/

-- 
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