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[CRITIQUE] Baise-moi


  • Subject: [CRITIQUE] Baise-moi
  • From: kahn@nef.ens.fr (Francois Kahn)
  • Date: Thu, 06 Jul 2000 01:39:00 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Ecole Normale Superieure, Paris
  • References: <8jvcqc$ou0$1@nef.ens.fr>
  • Reply-to: francois.kahn@ens.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:492

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

"Baise-moi", dit le spectateur benêt/pervers/curieux à la caisse du cinéma.
Et il ne sera pas déçu : il se fait effectivement baiser.

Baise-moi fait parler de lui à cause de la polémique sur son classement.
Autant le dire tout de suite, c¹est à peu près le seul intérêt du film.

Je passerai sur les réactions positives de certains critiques concernant le
jeu des deux actrices principales : il ne dépasse pas le niveau des acteurs
de sitcom comme Hélène et les garçons mais ça en surprend visiblement
quelques uns que ces actrices soient aussi capables de parler.

Mais parlons du truc proprement dit : l¹histoire de deux filles qui se
mettent à réagir et à prendre le dessus sur les autres, en particulier en
tuant les salauds. Un traitement simpliste, souvent volontairement, mais qui
ne tient pas la distance : le film est répétitif. Les scènes de meurtre ou
de sexe se répètent avec simplement une évolution sur le fond : les filles
étaient au départ aux ordres des mecs, vers la fin ce sont elles qui
commandent et qui dominent. Cette évolution est lourdement soulignée par la
valeur phallique du revolver (" Cette arme est très masculine ", dit
l¹armurier) et par le fait que ce sont les filles qui choisissent et jettent
les mecs à l¹inverse du début.

Pour faire passer la pilule, tout est tourné comme un film pornographique,
scènes de sexe et autres, comme cela a été dit. Par rapport à un film
pornographique proprement dit, la valeur de ces scènes est très différente,
évidemment : la femme finit par avoir le dessus (à tous les sens du terme)
et cela se termine généralement par une balle dans le crâne du type. Mais si
l¹on retire le début et la conclusion, on a l¹impression d¹assister
effectivement à une scène d¹un porno classique. Sans compter que la volonté
de crudité et de réalisme du film tombe un peu à l¹eau face à des scènes qui
sont tournés conformément aux règles très précises (situations, cadrages) du
cinéma X.

Le point sur lequel repose le film est cependant cette affirmation ²No
Future² avec tout ce qui va avec. On plonge dans un univers Noir Corbeau de
quelqu¹un qui aurait trop écouté Cure ou les Sisters of Mercy dans son
adolescence sans y mettre de distance. Le spectateur a en conséquence droit
à la totale : musique alternative française (punk, techno hardcore pour film
du même nom), présence inévitable du crade, drogues, refus de toute valeur
autre que l¹amitié (ce qui est déjà beaucoup ici).

On repère certes un autocollant CNT à un endroit, une vague histoire de
passeport pour un sans papiers ou le fait qu¹une fille se fait une ligne de
coke sur le magazine de Canal + mais il y a avant tout une volonté de
retirer toute perspective précise aux gestes des deux héroïnes. C¹est
simplement une réaction au monde. Bref, la réalisatrice semble avoir poussé
un cri de dégoût envers tout ce qui est choquant de façon générale (et plus
précisément les mecs salauds, les bourgeois salauds et les vieux salauds).
Je signale quand même que quand je crie, moi, ça ne dure pas une heure et
demie.

Le film cherche en fait à rester désincarné et absolument nihiliste. Ça ne
rend que plus risibles certaines des répliques du film et le schématisme de
certains situations censées nous rendre sympathique les deux filles. Ça se
retrouve dans la réalisation, la plupart du temps crue et plate mais qui
tente quand même un ou deux effets à des moments clefs du film. Les effets
ne sont pas extraordinaires par rapport à un film classique mais évidemment
ils se distinguent bien du reste de Baise-moi et sont efficaces de ce point
de vue.

En somme, rien ne distingue donc Baise-moi d¹un produit de la culture
underground et alternative, jusque dans ses manifestations les plus
caricaturales. Il y a du porno parce que c¹est anti-bourgeois et que le cul
ça choque. Les femmes se font sauter parce que de toute façon avec les mecs
c¹est de la prostitution donc autant l¹assumer et que si les mecs ils ont
leur corps, elles, elles gardent leur tête.

A la sortie, j¹ai presque eu peur de me faire buter pour cause de port de
pénis. Mais si vous n¹êtes pas d¹accord avec cet avis sur Baise-Moi, c¹est
que vous êtes un sale bourgeois phallocrate et ce qu¹il vous faudrait, c¹est
vous faire éclater la tête par un flingue à bout portant.

François Kahn
-- 
Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html
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