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[AVIS] Saint Cyr, de Patricia Mazuy


  • Subject: [AVIS] Saint Cyr, de Patricia Mazuy
  • From: Frederique Voisin-Demery <voisin@icps.u-strasbg.fr>
  • Date: 15 Jun 2000 09:10:04 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
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Saint-Cyr de Patricia Mazuy (2000)
avec Isabelle Huppert, Jean-Pierre Kalfon, Nina Meurisse, Morgane
Moré...   http://us.imdb.com/Title?0187474

<SPOILER, je raconte le film>

Le film nous raconte l'histoire de Saint-Cyr, une école montée par
Madame de Maintenon (I. Huppert) pour éduquer les jeunes filles
pauvres de la noblesse. L'histoire est vue par le biais de deux
élèves : Lucie de Fontenelle (N. Meurisse) et Anne de Grandcamp
(M. Meuré). La première tente de s'échapper dans les marais quand on
l'emmène à St Cyr alors que la deuxième va la réconforter : c'est le
début de leur amitié. Elles grandissent et on assiste à leurs séances
d'apprentissage du français (après une scène assez savoureuse de
divers patois), à leurs séances de simulation de divers métiers
(avocat,...), et à leur répétition de théâtre.

Et c'est là que tout commence à basculer : alors que Mme de Maintenon
commence à avoir des états d'âme sur sa conduite passée, ses jeunes
filles commencent à faire montre d'émotions qui lui paraisse de
mauvais augure. Racine est alors chargée d'écrire une pièce ("Esther")
vantant la bonne morale pour rattraper le coup. La pièce est
présentée devant la cour, et c'est l'occasion de présenter les jeunes
filles au monde. C'est le moment des désillusions : les jeunes filles
intelligentes élevées par Mme Maintenon ne sont finalement que de la
chaire fraîche et innocente dans les yeux des spectateurs masculins
dont les regards ne trompent personne. Désillusions pour Mme de
Maintenon : son projet a mal tourné ; désillusions pour les quelques
jeunes filles qui partent se marier à des vieux nobles riches.

Peu à peu, l'école change : moins de fioritures sur les robes, on
brûle les livres, et les cours d'apprentissage de la liberté de
penser se transforme en sermon et lecture de la bible. Dur pour nos
jeunes filles à qui on apprend désormais le contraire de ce qu'on
leur a enseigné jusqu'à présent, tout ça parce que Madame a décidé de
se repentir et de sauver son âme. Nos deux héroïnes sont déchirées :
Lucie suit aveuglément les nouvelles recommandations de Madame de
Maintenon et plonge dans une espèce de ferveur assez malsaine alors
qu'Anne, moins influençable finalement, tente de raisonner tout le
monde et de sauver son amie (il y a une scène dans une église qui
illustre assez bien ces deux positions). Tout ça ne se terminera pas
très bien comme on peut s'en douter.



Le film me semble assez ambitieux, montrant assez bien le fossé qu'il
y a entre les ambitions de départ de l'école, le vent de liberté qui
y souffle au début et l'enfermement religieux dans lequel tout se
termine. Le passage progressif d'un état à l'autre est bien
décrit. D'autre part, de nombreux détails donne beaucoup de
crédibilité et font un film assez riche : l'insalubrité des marais
nous ramènent constamment dans l'époque ; les patois,
l'apprentissage du français pour tous, cette idée de liberté, tout
cela pose le film dans un contexte (qu'est-ce que la France ?) ; on
aborde finalement des problèmes actuels.

Le film ne se limite pas à une simple opposition liberté/enfermement
religieux (bien/mal). On voit aussi que ce qui est considéré comme un
échec de l'école est en partie une conséquence de son
fonctionnement-même (coupé de la réalité). Les problèmes se
produisent lorsque l'école est confrontée au monde extérieur : voir
la scène avec les autruches ou celle de la représentation de
théâtre. Les jeunes filles telles que les forment l'école ne sont pas
faites pour vivre dans le monde tel qu'il est. Triste constat...

On notera aussi le jeu excellent des actrices, que ce soit Isabelle
Huppert ou les deux jeunes filles, ainsi que des bonnes idées : la
scène impressionnante des confessions qui montre le basculement total
de l'école, ou encore ce qui me semble être un parallèle entre Mme de
Maintenon et Anne de Grandcamp (scène du début dans le carosse/scène
de la fin sur le cheval), et j'en passe. D'autre part, le film nous
présente des personnages ambigüs, étoffés, et des situations très
réelles et concrètes où les grandes idées se heurtent à la réalité.

Néanmoins, il y a quelques lourdeurs dans le film, en particulier
l'utilisation des chevaux comme une sorte de symbole récurrent, ou
des scènes qui apparaissent inutiles (le meurtre dans le jardin, la
fin peu originale). Et c'est parfois un peu longuet : je pense à
certaines scènes avec les fillettes, ou à la fin, quand on a bien
compris que les religieux ont pris le dessus.

Enfin, le plus regrettable à mon sens est qu'on ne comprend pas
pourquoi l'école bascule, pourquoi le personnage d'Isabelle Huppert
sombre dans la bigoterie. On nous le dit au début, mais ce n'est pas
du tout explicité dans le film, et plutôt que de comprendre le
comportement de Mme Maintenon (qui guide tout le film, qui influe sur
tous les personnages) on se demande plutôt "mais quelle mouche l'a
piquée". Dommage, car le film en sort morcelé, il lui manque une
unité et tout cela nous donne un sentiment d'inachevé. 
Ceci dit, une partie du film m'a sans doute échappée et je suis
sortie en me disant "c'est bien beau tout ça, mais qu'est-ce que le
film voulait nous dire ?".

-- 
fvd * voisin@icps.u-strasbg.fr * http://www.lumiere.org

-- 
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