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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Saint Cyr, de Patricia Mazuy
Saint-Cyr de Patricia Mazuy (2000) avec Isabelle Huppert, Jean-Pierre Kalfon, Nina Meurisse, Morgane Moré... http://us.imdb.com/Title?0187474 <SPOILER, je raconte le film> Le film nous raconte l'histoire de Saint-Cyr, une école montée par Madame de Maintenon (I. Huppert) pour éduquer les jeunes filles pauvres de la noblesse. L'histoire est vue par le biais de deux élèves : Lucie de Fontenelle (N. Meurisse) et Anne de Grandcamp (M. Meuré). La première tente de s'échapper dans les marais quand on l'emmène à St Cyr alors que la deuxième va la réconforter : c'est le début de leur amitié. Elles grandissent et on assiste à leurs séances d'apprentissage du français (après une scène assez savoureuse de divers patois), à leurs séances de simulation de divers métiers (avocat,...), et à leur répétition de théâtre. Et c'est là que tout commence à basculer : alors que Mme de Maintenon commence à avoir des états d'âme sur sa conduite passée, ses jeunes filles commencent à faire montre d'émotions qui lui paraisse de mauvais augure. Racine est alors chargée d'écrire une pièce ("Esther") vantant la bonne morale pour rattraper le coup. La pièce est présentée devant la cour, et c'est l'occasion de présenter les jeunes filles au monde. C'est le moment des désillusions : les jeunes filles intelligentes élevées par Mme Maintenon ne sont finalement que de la chaire fraîche et innocente dans les yeux des spectateurs masculins dont les regards ne trompent personne. Désillusions pour Mme de Maintenon : son projet a mal tourné ; désillusions pour les quelques jeunes filles qui partent se marier à des vieux nobles riches. Peu à peu, l'école change : moins de fioritures sur les robes, on brûle les livres, et les cours d'apprentissage de la liberté de penser se transforme en sermon et lecture de la bible. Dur pour nos jeunes filles à qui on apprend désormais le contraire de ce qu'on leur a enseigné jusqu'à présent, tout ça parce que Madame a décidé de se repentir et de sauver son âme. Nos deux héroïnes sont déchirées : Lucie suit aveuglément les nouvelles recommandations de Madame de Maintenon et plonge dans une espèce de ferveur assez malsaine alors qu'Anne, moins influençable finalement, tente de raisonner tout le monde et de sauver son amie (il y a une scène dans une église qui illustre assez bien ces deux positions). Tout ça ne se terminera pas très bien comme on peut s'en douter. Le film me semble assez ambitieux, montrant assez bien le fossé qu'il y a entre les ambitions de départ de l'école, le vent de liberté qui y souffle au début et l'enfermement religieux dans lequel tout se termine. Le passage progressif d'un état à l'autre est bien décrit. D'autre part, de nombreux détails donne beaucoup de crédibilité et font un film assez riche : l'insalubrité des marais nous ramènent constamment dans l'époque ; les patois, l'apprentissage du français pour tous, cette idée de liberté, tout cela pose le film dans un contexte (qu'est-ce que la France ?) ; on aborde finalement des problèmes actuels. Le film ne se limite pas à une simple opposition liberté/enfermement religieux (bien/mal). On voit aussi que ce qui est considéré comme un échec de l'école est en partie une conséquence de son fonctionnement-même (coupé de la réalité). Les problèmes se produisent lorsque l'école est confrontée au monde extérieur : voir la scène avec les autruches ou celle de la représentation de théâtre. Les jeunes filles telles que les forment l'école ne sont pas faites pour vivre dans le monde tel qu'il est. Triste constat... On notera aussi le jeu excellent des actrices, que ce soit Isabelle Huppert ou les deux jeunes filles, ainsi que des bonnes idées : la scène impressionnante des confessions qui montre le basculement total de l'école, ou encore ce qui me semble être un parallèle entre Mme de Maintenon et Anne de Grandcamp (scène du début dans le carosse/scène de la fin sur le cheval), et j'en passe. D'autre part, le film nous présente des personnages ambigüs, étoffés, et des situations très réelles et concrètes où les grandes idées se heurtent à la réalité. Néanmoins, il y a quelques lourdeurs dans le film, en particulier l'utilisation des chevaux comme une sorte de symbole récurrent, ou des scènes qui apparaissent inutiles (le meurtre dans le jardin, la fin peu originale). Et c'est parfois un peu longuet : je pense à certaines scènes avec les fillettes, ou à la fin, quand on a bien compris que les religieux ont pris le dessus. Enfin, le plus regrettable à mon sens est qu'on ne comprend pas pourquoi l'école bascule, pourquoi le personnage d'Isabelle Huppert sombre dans la bigoterie. On nous le dit au début, mais ce n'est pas du tout explicité dans le film, et plutôt que de comprendre le comportement de Mme Maintenon (qui guide tout le film, qui influe sur tous les personnages) on se demande plutôt "mais quelle mouche l'a piquée". Dommage, car le film en sort morcelé, il lui manque une unité et tout cela nous donne un sentiment d'inachevé. Ceci dit, une partie du film m'a sans doute échappée et je suis sortie en me disant "c'est bien beau tout ça, mais qu'est-ce que le film voulait nous dire ?". -- fvd * voisin@icps.u-strasbg.fr * http://www.lumiere.org -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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