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[CRITIQUE] Sept contre la mort (The Cavern), d'Edgar G. Ulmer


  • Subject: [CRITIQUE] Sept contre la mort (The Cavern), d'Edgar G. Ulmer
  • From: Thierry Bezecourt <thbz@thbz.cx>
  • Date: 13 Jun 2000 16:10:06 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: Rubis Ltd
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:483 fr.rec.cinema.discussion:125410

Parfois, on écrit sur un film en sachant parfaitement que personne ne
va nous lire. Qui, en effet, peut bien s'intéresser à ces 70 lignes
sur "Sept contre la mort", un film des années 60 signé d'Edgar
G. Ulmer, qui n'est pas vraiment le réalisateur américain le plus
connu de l'époque, même dans la série B ? Qui, d'abord, a vu ce film,
à part les soixante personnes qui sont venues samedi soir à la
Cinémathèque du palais de Chaillot, et qui ne sont pas parties après
"The man from Planet X" ?

C'est pourtant rudement bien, "Sept contre la mort", ou "The cavern"
(le titre américain, comme d'habitude, est nettement
meilleur). D'après le générique, le film est co-réalisé par Paolo
Bianchini, mais je doute qu'il y ait fait grand chose vu le reste de
sa filmographie ("Hypnos follia di un massacro", "Super Andy, il
fratello brutto di Superman"...). "The Cavern" est un film plutôt
sérieux, qui raconte l'histoire de sept personnages de nationalités
différentes, bloqués dans une caverne par les caprices de la guerre,
du hasard et de la coproduction américano-italo-allemande. Comme en
plus il y a une femme parmi eux, on prévoit que la vie en commun n'ira
pas sans quelques tensions.

Dans ce genre de huis-clos ("Cube"), on s'attend à ce que les
personnages se déchirent et s'entre-tuent rapidement. Pas ici, car
c'est la première qualité du film de ne pas se laisser trop entraîner
aux scènes attendues. Contrairement à la plupart des huis clos où
l'absence de vivres réduit l'action à une poignée de jours, ici la
caverne se trouve être un dépôt de nourritures, et cela dure donc des
mois, des années même. Les cartons qui indiquent "96 jours après" ou
"245 jours plus tard" font sourire par la précision dérisoire avec
laquelle ils rendent compte de sauts dans le temps aussi
considérables.

On a tout de même droit à l'inévitable succession des espoirs avortés
et des querelles naissantes, mais le scénario parvient à ne pas se
répéter malgré les contraintes imposées par le cadre de l'intrigue. Et
la réalisation parvient régulièrement à faire croire au spectateur que
ça y est, cette fois les captifs ont trouvé la sortie. La sortie
éventuelle de la grotte prend ainsi des allures de terre promise,
montrée, presque donnée puis refusée au dernier moment. La frustration
du spectateur est considérable, autrement dit il est comblé...

Et puis, au-delà de ces qualités qui font un film solide, c'est par
quelques scènes de grâce cinématographique absolue que le film s'élève
au-dessus de la moyenne des films de genre. Je citerai juste le vieux
général, un personnage bien attachant (quoique militaire), qui a
l'habitude de lire chaque soir, dans son lit, un chapitre de la
Bible. Un soir, il est invité à faire sa lecture à voix haute, pour
l'ensemble de la communauté. Il choisit le début de la Genèse. Dieu
crée le jour et la nuit, l'eau et la terre, il voit que le jour est
bon, et pendant ce temps la caméra glisse sur les prisonniers, sur la
grotte, sur une rivière souterraine, et scrute la nuit qui,
contrairement au texte biblique, n'est pas suivie par le jour. Pendant
deux minutes, Ulmer filme les personnages comme des éléments de la
création au même titre que les rochers ou les rivières, et souffrant
de ne pas avoir accès à l'élément primordial du monde, la lumière qui
leur est nécessaire. Croyez-moi si vous le voulez, c'est beau comme du
Straub.

De toute manière, vous n'allez pas me démentir, parce que vous n'avez
pas vu le film, vous ne le verrez pas avant longtemps, et d'ailleurs
vous n'avez pas lu jusqu'ici.

Je suis sorti de la caverne du Palais de Chaillot vers 10 heures et
demie. En face, la Tour Eiffel était rouge, ou peut-être verte. Johnny
Wacances, fameux chanteur populaire de la fin des années 50, y donnait
paraît-il un concert à grand spectacle.

-- 
Thierry Bézecourt

-- 
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