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[CRITIQUE] Mission To Mars, de Brian DePalma (E.U. 2000)


  • Subject: [CRITIQUE] Mission To Mars, de Brian DePalma (E.U. 2000)
  • From: "Philippe Stimamiglio" <axys@club-internet.fr>
  • Date: 29 May 2000 16:20:04 GMT
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Salut
Mon frère Alain, pourtant grand fan de DePalma n'ayant pu voir son dernier
opus (pas osé, à cause du tollé critique? ;-))
Si vous le voulez bien, je vais vous en causer à sa place!

ATTENTION: cet article contient des REVELATIONS !!!


L'ORIGINE DU MONDE
Mission To Mars (Etats-Unis 2000)
Réalisé par Brian DePalma



Le dernier film de Brian De Palma est un ratage. Voilà, c'est dit. Et ce
n'est pas très agréable d'admettre que le génial réalisateur d' Obsession,
Phantom of the Paradise, Casualties of War  et Carlito's Way, se soit planté
en beauté. En beauté? Oui, heureusement, "en beauté", puisque dans ce petit
film mal fichu susbsistent encore quelques éclats du talent de l'auteur de
The Fury ou Snake Eyes. Ainsi, la première moitié du film contient quelques
splendides moments "De palmiens" comme par exemple cette première séquence
de repas entre amis filmée de façon assez virtuose, ou bien encore cette
très belle idée à la David Lean (l'une des idoles de De Palma) qui nous
montre une empreinte de pied sur la terre d'un jardin banal se transformer
grâce à la mise en scène en sol martien. Et puis surtout il y a cette
magnifique scène de danse Rock' n roll en apesanteur, moment d'une poésie
simple et généreuse où De Palma communique au spectateur l'immense plaisir
qu'il a à filmer. Enfin, De Palma sait encore prendre le public au piège
d'un bon suspense avec cette remarquable séquence où l'oxygène commence à
manquer à l'intérieur du vaisseau spatial tandis qu'il faut déterminer les
endroits précis d'impact de mini météorites qui ont fait de dangereux trous
dans la carlingue de l'engin. A voir, la belle idée de conclusion de cette
scène palpitante où on pourrait croire que c'est le sourire d'une femme qui
ramène à la vie le personnage interprété par Gary Sinise (Seul acteur du
film à croire visiblement un peu à son rôle, celui d'un gars anéanti par la
disparition de sa femme à la suite d'une terrible maladie). A souligner
également, une scène tout à la fois angoissante et émouvante de sacrifice où
encore une fois, c'est le visage d'une femme qui sera le miroir des
agissements des personnages (Koulechov est l'une des influences principales
de l'auteur de Blow out et des Incorruptibles). Mais question sacrifice et
beau rôle féminin, le film de De Palma a l'air minable comparé au grandiose
The Abyss de Cameron, grand film de sf "féministe". Toutefois, "cherchez la
femme", dit-on parfois, et c'est bien un visage féminin qui est la clé du
film de De Palma: Par exemple, c'est une sorte de visage androgyne
(féminin?) géant qui symbolise la présence extraterrestre sur Mars (et aussi
un ouragan destructeur provoqué par cette présence, ouragans dont on disait
d'ailleurs dans The Abyss qu'ils devraient presque toujours avoir des
prénoms féminins!). C'est dans cette symbolique féminine que De Palma se
révèle intéressant, en tout cas c'est à travers elle qu'il nous parle un peu
de lui-même et de sa vision du monde,  vision hélas rendue maladroite par la
faute d'un scénario bâclé pour un film qui clairement n'était pas fait pour
lui. C'est cette symbolique qui fait que Mission to Mars, plus qu'un film
sur les origines de la vie, est un film sur l'Origine du Monde chère à
Courbet (même si le titre n'est paraît-il pas du peintre lui-même). En
effet, il faut avoir à l'esprit que Courbet est le premier artiste à avoir à
l'époque moderne de façon manifeste "sexualisé" tout son travail pictural:
Parfois de manière assez subtile, concernant par exemple des vues de grottes
avec des sources passant sous celles-ci, grottes dont les parois par leur
matière quasi sensuelle proche de l'organique évoquent l'intérieur du corps
féminin, d'autre fois de façon moins détournée pour justement L'origine du
monde où un sexe féminin en "très gros plan" fait face au spectateur avec
aplomb. Le mystère de la sexualité féminine: voilà le vrai thème de Mission
to Mars, opus morbide bouffé de l'intérieur par la mélancolie d'un cinéaste
qui vraisemblablement ne sait pas quoi faire de son film.  Ainsi, on ne
compte plus les allusions au corps et au sexe féminin écrasant la
masculinité du monde, retournant la présumée force de cette dernière contre
elle-même: ridicules petites formes phalliques (petites navettes genre
spermatozoïdes en déroute!), visage géant aux traits plus féminins que
masculins, fente (!) gigantesque qui s'ouvre et laisse passer de la lumière--
Contrairement au 2001 de Kubrick (dont on va trop facilement rapprocher
Mission to Mars) qui voyait le triomphe (?) d'un monde sans femme et dans
lequel on pouvait renaître principalement grâce à un phallus géant et noir,
le film de De Palma est un film de sf "féministe": par exemple, assez proche
en cela du personnage de Sean Connery dans Red october de Mac Tiernan qui
avait perdu sa femme et qui agissait comme guidé en permanence par son
souvenir (idée très western, genre dont Mission to Mars n'est pas loin
dans -heureusement, il y en a!- ses meilleurs moments), le rôle tenu par
Gary Sinise est celui d'un homme qui (comme Carlito de Carlito's way) est
lassé de la vie, rongé par la tristesse, une sorte de mort-vivant qui
cherche peut-être à renaître dans La Femme ("dans" une femme, comme Michael
Caine dans Dressed to Kill?), qui cherche à transcender la mort pour
connaître la vérité de la sexualité et de la pensée féminines. En fait,
Mission to Mars est un film sur l'impossibilité du retour vers le ventre
maternel (les cordons ombilicaux suggérés abondent dans le film--),
l'impossibilité de la renaissance. Cette idée finalement assez mythologique
de renaissance à travers quelqu'un ou quelque chose est au cœur du cinéma de
De Palma, depuis The Fury (les dernières scènes qui montrent le sacrifice
d'un personnage qui vivra ensuite, on le pense, d'une certaine façon dans le
corps d'un autre) jusqu'à Carlito's way ou comme dans Spartacus de Kubrick,
un enfant du héros (malgré la mort prématurée de ce dernier) assurera la
déscendance. Toute cette symbolique est dans le film, soit. Mais s'agit-il
d'autre chose qu'un film malade au sens propre du terme? En définitive, non:
Vers la fin, on sent surtout De Palma pressé de terminer son film. Malgré
l'image étrange d'un Gary Sinise baignant dans un liquide proche du liquide
amniotique, la conclusion grotesque et bâclée signifie clairement que le
réalisateur a avant tout envie de finir ce film et de passer à autre chose.
Dommage dans une carrière riche en bons films (on ne dira jamais assez de
bien du sous-estimé -par le grand public- Mission: Impossible). Gageons que
Brian De Palma se resaisira et nous fera enfin son deuxième grand film de la
maturité après ce premier chef-d'œuvre qu'était Carlito's way. Un coup pour
rien, comme on dit, ou presque rien, juste la découverte d'un cinéaste plus
romantique et féministe que d'habitude (de façon ambiguë, ok, la femme
signifiant aussi bien ici la mort qu'une possible renaissance, mais quand
même)  et surtout trop maladroit et absent pour convaincre réellement.

Merci de m'avoir lu

Philippe Stimamiglio

-- 
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